Accueil > Monde | Par Catherine Tricot | 18 octobre 2013

La sociale traîtrise de la semaine. Allemagne. Le SPD repique à la grande coalition.

Après un score historiquement bas, le SPD allemand s’engage dans un retour au gouvernement avec Merkel. Cette décision doit encore être ratifiée par les adhérents. Françoise Diehlmann nous a fait un panorama de la situation politique au lendemain des élections allemandes. Propos recueillis le 7 octobre 2013.

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Au lendemain du scrutin
du 22 septembre
2013, ce qui occupe
l’Allemagne c’est la
création d’une coalition
en vue de la
constitution de son
gouvernement. La constitution allemande
stipule que le nouveau gouvernement
doit être formé au plus tard 30
jours après l’élection. Mais le Président
de la République peut demander
à l’ancien gouvernement de rester en
place pour expédier les affaires courantes,
jusqu’à ce qu’un nouveau gouvernement
soit nommé. Aucune date
limite n’est fixée.

Merkel fait un très bon résultat mais rate
d’une poignée de députés (7) la majorité
absolue à la chambre, la CDU-CSU
restant le seul parti de droite présent
au Bundestag. Les alliés libéraux sont
éliminés faute d’avoir atteint les 5 %,
subissant une déculottée en passant de
14,6 % à 4,8 %. De même que le tout
jeune parti anti-européen qui rate d’un
cheveu son entrée au parlement.

Symétriquement, le total SPD+Grünen+
Die Linke est majoritaire au Bundestag.
Sur le papier, il y a donc trois possibilités :
une alliance CDU+Grünen, une alliance
CDU+SPD (la grande coalition) et une
coalition rouge-rouge-verte ou SPDLinke-
Grün. Vue de France, la troisième
hypothèse semble la plus crédible.
On verra qu’il n’en est rien.

Le SPD : faire ou ne pas faire la grande coalition ?

En réunissant 25,7 % des voix, le
SPD fait un score historiquement bas.
Certes, il regagne trois points sur son
résultat précédent, mais il perd l’élection.
Ce gain est obtenu au terme d’un
mandat dans la crise pour Merkel qui
s’est traduit pour tous les autres gouvernements
européens par une défaite
des sortants. Retourneront-ils au pouvoir
avec la CDU comme ils l’avaient
fait entre 2005 et 2009 ? C’était l’objet
de la convention du parti qui s’est réuni
cinq jours après le scrutin.

Cette convention réunissait 250 délégués
venus de tous les Länder. À
l’ouverture, un sondage indiquait que
65 % des 470 000 adhérents du SPD
sont opposés à une nouvelle participation
gouvernementale sous la houlette
de Merkel. Cependant, la convention a
donné son accord pour que s’ouvre une
concertation avec la CDU. C’est sans
surprise : il faut savoir que la culture
politique allemande place l’intérêt national
au-dessus des intérêts politiques
« partisans ». Il est très difficile au SPD
de créer de son propre chef une situation
de blocage [1]. Donc ils ont accepté
la première concertation qui a eu lieu en présence d’Angela Merkel. Le SPD
a renoncé à exiger l’augmentation des
impôts pour les hauts revenus, la CDU
n’en voulant pas. Il maintient trois autres
exigences : l’introduction d’un salaire
minimum, la réforme du marché du travail
permettant l’obtention d’un travail
de qualité avec un salaire équitable et
mettre les moyens dans l’éducation.

La convention a décidé, sur proposition
de Sigmar Gabriel, le président du SPD,
de faire voter les 470 000 militants sur
le résultat des négociations, à la veille
du Congrès qui se tiendra du 14 au
16 novembre. Reste à savoir si les négociations
seront terminées, certains
prétendant qu’elles pourraient durer
jusqu’en janvier 2014.

Le souvenir cuisant de la première coalition
reste dans tous les esprits. En
2005, le SPD rentre au gouvernement
fort de 34 % des voix. Il perd 11 % en
quatre ans et enregistre son plus bas
résultat en 2009.

Si le choix final du SPD est incertain,
c’est que beaucoup n’ont pas envie
d’une grande coalition avec Merkel. Et
le disent ouvertement. Le ton vient surtout
de Hannelore Kraft, la ministre-président
du Land de Rhénanie du Nord-
Westphalie comprenant le bassin de
la Ruhr également présidente du SPD
de ce Land le plus important d’Allemagne.
Comme 90 % des dirigeants
SPD de son Land, elle a affirmé son
opposition à la grande coalition affirmant
« qu’il n’y a donc aucune honte
à aller dans l’opposition »
. Ce point
de vue est partagé massivement dans
les Länder du Rhénanie Palatinat et du
Bade Württemberg. Hannelore Kraft
s’affirme comme le nouveau visage de
l’opposition à Merkel.

Même si Sigmar Gabriel n’a pas dit
son dernier mot, beaucoup réclament
un changement de génération à la
tête du SPD. Cette direction a plutôt
donné l’image d’une équipe masculine,
vieillissante qui n’a surtout pas attiré
de nouveaux électeurs.

Donc tout est à repenser au sein du
SPD, car par son histoire de plus vieux
parti d’Europe et par la place qu’il occupe
en Allemagne, il n’a pas le droit
de descendre en dessous des 30 %. Et
comme le dit Gregor Gysi, leader charismatique
de Die Linke, en participant
à une grande coalition, une tempête
interne au sein du SPD ne tardera pas
et le vent se lèvera très vite.

Les Grünen : s’allier à la CDU ?

Les Grünen sont sonnés par leur résultat.
Ils reculent finalement modestement
(-2,6 %) par rapport à 2009. Mais leur
résultat est lu à l’aune des élections
intermédiaires et des sondages qui
les créditaient plutôt de 24 % des suffrages
en 2011. Être sous la barre des
9 %, derrière Die Linke, est vécu comme
une défaite cinglante.

Elle provoque des discussions de plusieurs
ordres au sein des Grünen.
Un débat porte sur la place d’un parti
écologiste en Allemagne alors même
que Merkel a amorcé la sortie du nucléaire.
On dira que cette interrogation
est plus française qu’allemande : les
bons résultats des Grünen se sont poursuivis
après la décision de sortie du nucléaire.
Le nucléaire n’est plus vraiment
un thème de campagne de l’autre côté
du Rhin. Mais l’augmentation du coût de
l’énergie leur a été imputée, alors même
qu’ils ne sont pas au gouvernement.

La stratégie de campagne fait l’objet
de critique : elle n’a pas gagné de
nouveaux électeurs, et a même rebuté
beaucoup de leur électorat traditionnel.
Au lieu de parler d’environnement, de
l’Europe, de l’éducation, ce qui fait leur
force et leur originalité, ils ont parlé de
réforme fiscale, thème déjà occupé par
le SPD et par Die Linke.

Je retiens pour ma part que les Grünen
ont été les plus influents lorsqu’ils ont
été moteurs dans la mobilisation en
2011 contre un projet pharaonique
autour de la gare de Stuttgart. Ils
parvenaient à allier les thèmes environnementaux,
sociaux et démocratiques.
Ils étaient alors crédités de 24 %. C’est
à cette époque qu’ils ont remporté une
de leur plus belle victoire en gagnant la
direction du Land, le plus riche d’Allemagne,
dirigé par la CDU depuis la
création de la RFA en 1949.

Le débat interne après les élections se
traduit par des tensions entre les réalos
et les fundi. La direction du parti et la
présidence du groupe au Bundestag
ont remis leur mandat. Une nouvelle direction
sera élue lors d’un congrès des
Grünen qui se tiendra les 18 et 20 octobre.
C’est dans ce contexte qu’une concertation s’ouvrira le 10 octobre
entre la CDU et les Grünen à laquelle
participeront Angela Merkel et une
délégation de la direction des Grünen
à laquelle s’ajoutera le ministre-président
du Land de Bad Württemberg,
Winfried Kretschmann, un « realo »
très CDU compatible.

Les Grünen considèrent qu’il est nécessaire
de rencontrer l’ensemble des partis
démocratiques, y compris Die Linke
et ce, pour la première fois. Aux yeux
de Joschka Fischer, ces élections ont
fait sauter tous les tabous. Pour lui, en
2017 une coalition CDU-Grün comme
une coalition SPD-Linke-Grün feront
partie des possibilités.

Die Linke, l’espoir d’une alliance des gauches

Die Linke est certes le parti de gauche
qui a le plus perdu depuis les dernières
élections en 2009, à savoir -3,3 %.
Pourtant, il apparaît comme un des
gagnants de cette élection. En effet,
après des conflits internes, il était descendu
à 5 % en 2011. Oskar Lafontaine
et son courant s’étaient prononcés
pour la sortie de l’Euro et contre toute
participation gouvernementale, à l’inverse
de Gregor Gysi et d’une grande
partie de Die Linke.

Aujourd’hui, c’est principalement grâce
à Gregor Gysi, figure populaire et
médiatique du parti, que Die Linke a
pu obtenir 8,6 %. Gysi savoure cette
victoire et insiste sur le changement
intervenu depuis 1990 : qui aurait pu
croire alors que ce parti deviendrait
la troisième force politique d’Allemagne
 ? Gysi pousse le SPD dans
ses retranchements en se disant prêt à
ouvrir des négociations pour une participation
gouvernementale sur la base
de trois revendications :
• plus de justice sociale dans le programme
du SPD. Die Linke apparaît
comme le parti de la justice sociale ;
• égalité des retraites entre l’Est et l’Ouest ;
• pas d’intervention de la Bundeswehr
(l’armée allemande) à l’étranger.

Tout ceci est simple et très lisible
pour les Allemands. Sur les deux premiers points, des rapprochements
sont possibles entre les
deux partis. Sur le dernier point, des voix
se font entendre au sein de Die Linke
pour des interventions humanitaires au
sein de l’ONU par exemple.

Pour le moment, le SPD refuse toute
coalition avec Die Linke à l’échelon national
et ce, près d’un quart de siècle
après la chute du mur de Berlin. Gregor
Gysi, lui, sait que nous sommes bien au
XXIe siècle et compte tirer politiquement
les dividendes de cette victoire avec les
coprésidents du parti Bernd Riexinger
et Katja Kipping. Ils tracent leur route,
occupent le terrain et créent une inquiétude
au SPD : s’il y a une grande coalition,
Die Linke, avec le trio Gysi-Rixienger-
Kipping, incarnera l’opposition à
Merkel et placera ce parti en position de
force pour les élections de 2017.

Notes

[172 % des Allemands se disent en faveur
d’une grande coalition.

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Vos réactions

  • arriver à une grande coalition avec des libéraux, c’est mortifère...
    L’espoir est l’espèrance du Peuple remis en cause ..
    Comme en France ???...

    Michel GUENOT Le 21 octobre 2013 à 08:07
  •  
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