Accueil > Société | Par Jean Sébastien Mora | 9 octobre 2013

Alternatiba, le redémarrage d’une mobilisation climatique

Depuis l’échec du sommet de Copenhague en 2009, la lutte contre le réchauffement climatique semblait dans l’impasse. A Bayonne, la réussite d’Alternatiba, littéralement alternative en langue basque, inaugure une reprise des actions citoyennes et ouvre la voie aux mobilisations futures.

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Le fiasco de Copenhague, marqué par l’incapacité des chefs d’État à statuer sur un accord même à minima, a étouffé la question du réchauffement climatique pendant presque quatre ans. Les collectifs écologistes planétaires, qui avaient fondé leur stratégie sur la conviction que l’immense pression internationale déboucherait sur un accord ambitieux, ont depuis été tenus à l’écart des feux médiatiques.

Or sans réelle transition énergétique et écologique, les émissions de CO2 poursuivent leur escalade. Communiqué le vendredi 27 septembre, le 5e rapport du GIEC, le Groupe d’experts intergouvernemental sur l’évolution du climat (GIEC), aggrave son diagnostic : selon les scénarios, il faut désormais compter sur une augmentation de 0,3°C à 4,8 °C supplémentaires d’ici à la fin du siècle. Le niveau des mers est le point immédiatement le plus préoccupant, puisque le GIEC prévoit désormais de 26 à 82cm de hausse avant 2100, au lieu de 18 à 59 cm estimé en 2007 [1].

Dans ce contexte, la question de l’urgence climatique risque de revenir sur le devant de la scène. En Europe, les mouvements militant entrevoient une opportunité de relancer la question dans l’agenda politique : en 2015, la France sera l’hôte du sommet onusien annuel sur le climat, dont l’objectif sera ni plus ni moins d’effacer l’échec de Copenhague. François Hollande a d’ailleurs récemment exprimé sa volonté de « réussir ce pari » en concluant un accord international à la hauteur des enjeux.

Appel à multiplier les villages des alternatives

Dimanche 6 octobre à Bayonne, l’organisation écologique basque Bizi !, quant à elle, a déjà réussi son pari en mobilisant pour le forum Alternatiba plus de 10 000 personnes sur la question d’urgence et de justice climatique. Le petit Bayonne, jusqu’ici connu comme place forte du nationalisme basque, a été pour l’occasion entièrement transformé en espace piéton, accueillant en musique des dizaines de stands et de débats, où il était question d’agriculture paysanne, de relocalisation de l’économie, d’aménagement maîtrisé du territoire, de sobriété énergétique, d’éco-habitat, de reconversion sociale et écologique, etc [2].

Alternatiba a été lancée localement, dans la continuité des initiatives portées par la gauche souverainiste basque depuis une quinzaine d’années (lire ci-contre). Rapidement Alternatiba a été relayé par 90 organisations internationales (Greenpeace, Attac, les Amis de la Terre, Solidaire ou encore la FSU) et soutenu par des figures de premier plan comme Susan Georges, Geneviève Azam, Edgar Morin ou Michel Rocard. L’objectif est affiché : propulser la lutte contre les changements climatiques sur de nouveaux rails, avec pour étape finale la 21ème Conférence internationale (COP21) sur le climat en 2015. «   Notre ambition est, d’ici là, de faire converger les luttes pour que les citoyens puissent peser sur les décisions   », résume Jonathan Palais, porte-parole de Bizi !.

La réussite d’Alternatiba ouvrira-t-elle la voie aux mobilisations futures ? Clôturant l’évènement, un manifeste, rédigé par les organisateurs d’Alternatiba, a été lu en basque par Juan Lopez de Uralde, figure écologiste de Greenpeace, incarcéré au Sommet de Copenhague en 2009 après l’action réalisée au diner de Gala des chefs d’Etat. Ce manifeste déjà traduit en 11 langues européennes se veut un appel à créer « 10, 100, 1000 villages des alternatives dans toutes les villes et régions de France et d’Europe » d’ici à la COP21. De quoi sortir de la résignation et raviver la lutte climatique d’ici 2015.

A la trêve d’ETA de 1998 (connue aussi sous le nom de Lizarra-Garazi) comme alternative à la violence, Iparralde (le Pays Basque français) voit naître un important processus souverainiste civil, notamment l’émergence de groupes de désobéissance civile comme DEMO, mais aussi l’hégémonie du syndicat ELB, affiliée à la confédération paysanne basque, (www.lejpb.com) et le succès grandissant du festival de musique EHZ, fondé en 1996. Cette dynamique portée principalement par le parti politique Abertzaleen Batasuna rejette la solution armée et suit une stratégie : d’une part, reconquérir l’opinion public, et d’autre part, à construire de facto, depuis la base, un Pays Basque et ses institutions, dans une logique de justice sociale et environnementale. Depuis, EHLG, la Chambre d’agriculture alternative du Pays Basque s’est crée en 2005 (www.ehlgbai.org) ; l’organisation écologiste BIZI ! en 2008, l’Eusko la monnaie complémentaire locale en 2012, etc…

Notes

[1En cause : la fonte accélérée des glaciers du Groenland et de l’Antarctique Ouest, dont la dynamique pourrait encore révéler des surprises à court terme. Selon le GIEC, les dix années les plus chaudes jamais mesurées sont toutes postérieures à 1998

[2Programme complet : www.bizimugi.eu.

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