Accueil > Politique | Par Nathanaël Uhl | 16 mai 2013

Amnistie sociale : un jour « grave » pour la gauche

A l’appel de la CGT, militants syndicaux et politiques se sont rassemblés jeudi 16 mai pour soutenir la proposition de loi sur l’amnistie sociale. Le texte revenait, le matin même, en débat à l’Assemblée nationale. La gauche est profondément divisée.

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Les mines sont sévères ce midi, le ciel est gris et bas, le jour – lui-même – est « grave » selon les mots partagés des militants syndicaux et politiques qui ont répondu à l’appel de la CGT. Ce jeudi 16 mai, devant l’Assemblée nationale où le texte fait plus que débat, la confédération de Montreuil a appelé au rassemblement. Il s’agit de soutenir la proposition de loi portant amnistie des faits commis à l’occasion de mouvements sociaux. Plus tôt, dans la matinée, les députés ont commencé à examiner le projet déjà voté par le Sénat à l’initiative des sénateurs du Front de Gauche.

Une première fois, le gouvernement a fait savoir son opposition au texte qui amnistie les militants syndicaux condamnés pour des faits commis dans le cadre de conflits du travail. Les écologistes, les « coupables de délit de solidarité », ont déjà exclus du champ de l’application de la loi au Sénat. Ce 16 au matin, les représentants du gouvernement ont multiplié « les amalgames douteux », selon Eliane Assassi, présidente du groupe Front de Gauche au Sénat. Les incidents survenus au Trocadéro à l’occasion des festivités données pour le sacre du Paris Saint-Germain comme champion de France de football ont été utilisés pour refuser l’examen du texte.

Pour le secrétaire national du Parti de Gauche, Eric Coquerel, les propos sont plus graves encore. « Les représentants du gouvernement utilisent les mêmes mots que la droite et le Front national pour refuser l’amnistie », explique le conseiller régional d’Île-de-France. Il trouve un écho auprès de l’animateur du Front des luttes Didier Le Reste : « Le gouvernement et la droite font un choix de société et manifestent un vote de classe ». Autre facteur alarmant, la gauche est profondément divisée sur la question de l’amnistie sociale.

Jean-Vincent Placé (EELV) appelle les députés PS à la « désobéissance »

Ce n’est pas les partis de gouvernement contre le Front de Gauche. Dans une tribune, le patron des sénateurs Europe Ecologie–Les Verts, Jean-Vincent Placé et d’autres dirigeants écolos appellent les députés socialistes à la « désobéissance » et donc à voter l’amnistie sociale et écologique. Des parlementaires socialistes aussi ont fait connaître leur incompréhension quant au refus opposé par le gouvernement à un texte qualifié, un temps, d’« œuvre utile » par la Garde des sceaux.

Du côté de la CGT, organisatrice du rassemblement, ce qui inquiète c’est une forme de continuité entre ce gouvernement et celui sorti par les élections de mai et juin 2012. « Dès le début, nous avons dit qu’il n’y a aucune raison de continuer à valider la période Sarkozy et, notamment, la défiance vis-à-vis des syndicats qui l’a marquée », insiste Agnès Le Bot, secrétaire confédérale alors qu’à la tribune se succèdent les témoignages de militants trainés devant les tribunaux. La dirigeante CGT questionne encore : « Le droit à se syndiquer s’accompagne de libertés dans les modes d’exercice de ce droit. Quand on voit les libertés que s’accordent les entreprises avec les plans sociaux pour motifs financiers, les délocalisations sauvages, où sont les formes de délinquance les plus violentes ? »

Dans l’hémicycle, la proposition de loi sur l’amnistie sociale a finalement été renvoyée en commission, sur l’initiative du patron des députés PS Bruno Le Roux. Le vote a donné 95 voix pour, 17 contre. Pour André Chassaigne, président des députés Front de Gauche, ce geste est une manœuvre qui « s’inscrit dans la suite des reculades et renoncements par rapport à ce qu’on attend d’une majorité de gauche ».

Les syndicalistes se dispersent, rangent drapeaux et plaquent leurs autocollants là où ils pourront tenir. Les visages sont plus fermés encore mais la détermination s’y lit. Ils sont prêts à ne rien lâcher en perspective de la prochaine conférence sociale.

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