Accueil > Politique | Par Emmanuel Riondé | 6 mai 2013

Montebourg, fais pas trop ton gauchiste, quand même

Après l’échec du rachat de Dailymotion par Yahoo !, à grand bruit, la presse s’alarme : Montebourg serait-il pas en train de fausser les lois du marché ? Les gazettes sont moins bruyantes quand il s’agit de faire écho aux silences piteux du gouvernement face aux abus des multinationales.

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Arnaud Montebourg est donc intervenu la semaine dernière pour que le rachat du site français de vidéo en ligne Dailymotion par l’américain Yahoo ! n’ait pas lieu. Une position qui :

• a donné lieu à une embrouille avec son collègue Pierre Moscovici et à une réponse contradictoire et nuancée de sa collègue Fleur Pellerin ;

• a permis au PDG de Dailymotion Cédric Tournay de s’épancher dans la presse pour dire combien il regrettait que le ministre du redressement productif ait ainsi pesé dans le dossier ;

• et a dévoilé qu’en temps de crise, ce type de posture recueille des soutiens divers et variés de Guaino à Mélenchon.

La plupart des grands médias ont choisi, de chroniques en éditos, d’angler le sujet en fouillant sans relâche cette angoissante question : Tiens-tiens, Arnaud serait-il pas un petit salopard de soviétique masqué qui fait rien qu’à empêcher la libre concurrence et le marché de s’épanouir joyeusement ?

C’est pas que ce soit une mauvaise question. Mais bon. On note juste que les mêmes médias ne se demandent jamais : Tiens-tiens, Arnaud serait-il pas une petite danseuse du capital qui sous couvert de redresser virilement le productif laisse les ouvriers français se faire enfiler mois après mois par des firmes multinationales ? Dans Le Monde de ce week-end, le ministre débat avec des représentants des salariés de PSA, d’Arcelor et des chantiers de Saint-Nazaire. Eux lui ont posé la question, plus poliment. S’inquiétant du « silence complice du gouvernement » (J-P. Mercier, PSA) ; de son incapacité à « terminer le job » (E. Martin, ArcelorMittal) ; ou lui demandant« pourquoi le gouvernement reste-il muet (...) ? » (N. Durand-Prinborgne, St-Nazaire). Montebourg, bravache comme à son habitude, rétorque « On ne s’écrase devant personne ». C’est la phrase qu’a choisi le quotidien pour titrer la rencontre entre le ministre et les syndicalistes.

En contrepoint, il aurait pu rappeler que récemment du côté de Fralib, il y a eu un petit incident à propos duquel ledit Arnaud, qu’on soupçonne donc d’œuvrer violemment pour la révolution prolétarienne, s’est montré carrément discret. Deux mois après que, le 28 février dernier, la Cour d’appel d’Aix ait annulé le troisième PSE d’Unilever pour les Fralib de Gémenos, jeudi 25 avril, les salariés se sont retrouvés aux prud’hommes de Marseille. Pour une audience durant laquelle la direction du groupe a demandé au juge de statuer sur le montant des indemnités versées aux « anciens salariés » licenciés dans le cadre du... troisième PSE. Celui-là même qui a été annulé deux mois avant. En d’autres termes, le mastodonte anglo-néerlandais continue de s’essuyer les fesses avec les décisions de la justice française. Il fait ça depuis plus de deux ans, prolongeant indéfiniment les tribulations judiciaires du « dossier » Fralib, et ce semble-t-il avec d’autant plus de vigueur qu’il a face à lui des travailleurs qui se sont organisés et se battent comme des chiens pour reprendre et faire revivre leur outil de production.

A son arrivée au gouvernement, Montebourg avait fait de Fralib une sorte de symbole de son action ministérielle à venir. Les mois ont passé et il s’est montré de moins en moins offensif sur le sujet. Et du côté de Gémenos, conforté par les décisions de justice successives, on attend toujours avec impatience une prise de position ferme et radicale du gouvernement qui pousse Unilever à se montrer un peu plus coopératif. On attend toujours, précisément que dans cette affaire, il démontre qu’il ne « s’écrase devant personne ».

Alors, on voulait juste rassurer tous ceux de nos confrères qui s’inquiètent de savoir si Arnaud serait pas un peu trop dur avec l’économie de marché. Quand même. Et leur dire qu’on aimerait bien aussi, dès fois, qu’ils s’inquiètent un tout petit peu de savoir si le ministre machin ou truc, il aurait pas un peu trop souvent tendance à s’abriter derrière la crise pour justifier le bruyant silence gouvernemental quand un groupe licencie des salariés tout en engraissant ses actionnaires. Un silence dont beaucoup d’ouvriers, employés, précaires et chômeurs du pays semblent penser, eux, qu’il est assourdissant. Quand même.

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