Photo David Monniaux
Accueil > Politique | Par Marion Rousset | 3 juillet 2013

Batho-Filippetti : le match

Sur le terrain de l’austérité, l’une a choisi de parler, l’autre de se taire. Résultat : hors jeu pour Delphine Batho.

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Même fonction, même famille politique, même âge, même sexe. Delphine Batho et Aurélie Fillipetti ont des points communs. Symboles de la parité, elles font partie de la jeune garde du Parti socialiste, ont été proches de Ségolène Royal avant d’arriver à 39 ans à la tête de ministères importants. Chemin faisant, elles ont su gravir les échelons du pouvoir, mais voilà que face à l’austérité gouvernementale leurs routes ont soudain divergé. La première vient d’être virée pour avoir eu l’outrecuidance de critiquer la rigueur budgétaire imposée à l’Ecologie, tandis que la seconde s’évertue à assumer en bloc les coupes dans la Culture.

On n’en attendait pas tant de Delphine Batho qu’on imagine rompue à l’art d’avaler des couleuvres. Ainsi n’avait-elle pas rechigné à remplacer Nicole Bricq, débarquée pour avoir refusé d’accorder à Shell des autorisations de forage pétrolier au large de la Guyane. Avant d’être limogée à son tour… Ce n’est pourtant pas une novice. L’ex-ministre de l’Environnement est tombée très tôt dans la marmite politique. Ses classes, elle les a faites dans un syndicat lycéen (la Fidl), puis comme vice-présidente de SOS Racisme. A 21 ans, elle prend sa carte au PS dans l’Essonne et devient membre du courant la « Gauche socialiste » fondé par Julien Dray et Jean-Luc Mélenchon, avant de se rapprocher de Ségolène Royal, puis de s’engager aux côtés de François Hollande. Un parcours aussi studieux qu’exemplaire. Quelle mouche a donc piqué ce mardi 2 juillet celle qui affirmait encore fin mai « Je ne suis pas là pour faire des couacs » ? Pourquoi cette plainte subite contre un « mauvais budget » [une baisse de 7% des crédits accordés à l’Environnement en 2014, ndlr] sortie sur RTL ? Cri du cœur ou coup de com’, au fond peu importe. Ce qu’on retiendra surtout, c’est que la loi du silence (pardon, de la solidarité) a encore frappé. Et que décidément François Hollande a retenu la leçon du sondage Ifop réalisé en avril 2013 : 86% des Français trouveraient que le Président manque d’autorité et 87% désireraient un « vrai chef pour remettre de l’ordre ». Alors, c’est qui le chef ?

Pendant ce temps-là, Aurélie Filippetti se la boucle. Mieux, elle assume la nécessité de baisser les crédits alloués à son ministère qui ne représentent que 1% du budget de l’Etat. Cette fille de sidérurgiste, auteure des Derniers jours de la classe ouvrière, n’a pas toujours été au PS. Adhérente des Verts à 26 ans, elle rejoint sept ans plus tard l’équipe de campagne de Ségolène Royal puis soutient Hollande dès 2011. Aujourd’hui, la pilule est d’autant plus difficile à avaler que le candidat socialiste avait annoncé pendant la campagne, en janvier 2012, sa volonté de « sanctuariser » entièrement le budget de la Culture. Quelques mois plus tard, la donne a changé. « C’est surtout la première fois qu’un ministre de la Culture assume de dire publiquement que son budget est en baisse, quand d’autres le dissimulaient par de subtils habillages, se défend la ministre dans un entretien accordé à la revue Mouvement en janvier 2013. J’ai effectivement choisi d’affirmer que le ministère participait de l’effort budgétaire. » Et de marteler : « Nous ne sommes pas dans un monde où l’on dépense sans compter ». Pourtant, quand elle veut... Aurélie Filippetti a ainsi obtenu gain de cause contre Bercy qui voulait réduire les avantages fiscaux des entreprises mécènes. En même temps c’est logique : elle n’allait pas en plus décourager le privé de pallier le désengagement de l’Etat…

Dans le rôle de l’arbitre, Europe Ecologie peine à trancher dans le vif. Les écolos se tâtent. Rester ou partir, that is the question. La balle est dans leur camp.

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