Accueil > Culture | Entretien par Marion Rousset | 11 octobre 2013

Bernard Hasquenoph, « Il faut multiplier les expériences de dialogue entre les musées et les visiteurs »

Les luttes dans la culture, épisode 2 - Avant que Bernard Hasquenoph ne monte le site www.louvrepourtous.fr, la parole des visiteurs de musées était peu relayée [1].

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Regards.fr. Quelle est la mission de Louvrepourtous ?

Bernard Hasquenoph. Elle est évolutive. Au départ, j’ai lancé ce site pour protester contre la tentative du Louvre de supprimer la gratuité pour certaines professions comme les artistes et les enseignants. Puis, je me suis intéressé à la question de l’accès aux musées, du point de vue du visiteur. Je suis un observateur critique des pratiques mises en œuvre par les musées.

Quelles réalités recouvre cette question de l’accès ?

Il existe un discours politique autour de la démocratisation culturelle, repris par la ministre Aurélie Filippetti, qui transcende les frontières entre partis. En posant la question de l’accès aux musées, j’interroge ce concept de démocratisation dans sa dimension pragmatique. Les musées sont de plus en plus chers, jusqu’à atteindre des tarifs prohibitifs comme au Louvre où le billet s’élève à 12 euros. A ce prix-là, les gens ne reviennent pas. L’autre problème, ce sont les conditions de visite dans le cadre d’une fréquentation en augmentation, même si les chiffres officiels sont souvent gonflés, dans les lieux les plus connus. Rien n’est aménagé en conséquence, la ministre de la Culture l’a pointé dans sa conférence sur le patrimoine sans toutefois apporter de réponse globale. Il existe en effet un seuil critique au-delà duquel un musée ne peut plus accueillir correctement les visiteurs. A Versailles, les files d’attente peuvent durer quatre heures ! Dans l’ordre des priorités des établissements, les conditions de visite arrivent en dernier. Le Château a étudié la possibilité d’imposer des réservations horaires pour réguler les flux comme à Grenade pour l’Alhambra. Limiter le nombre de visiteurs est nécessaire pour que l’accueil soit acceptable et que la sécurité soit maintenue. Or un document interne auquel j’ai eu accès explique que cela ferait diminuer les recettes. Le Château y a alors renoncé. D’où un conflit entre le confort de visite et des enjeux économiques.

Qu’en est-il de réalisations comme le Louvre Lens ou le Centre Pompidou Metz qui se veulent emblématiques d’un projet de démocratisation ?

La décentralisation ne suffit pas. Ces musées mettent en avant une forte composante régionale du public, mais le profil socioculturel des visiteurs change peu. S’il est un peu plus divers, c’est que Paris concentre davantage de cadres et de professions intellectuelles que la province.

Avez-vous des homologues étrangers ?

En Belgique, Bernard Hennebert a lancé un mouvement de défense des usagers de la culture, y compris des musées. Il a réussi à obtenir un « Code de respect des usagers culturels », qui oblige les établissements à mieux accueillir les visiteurs et à prendre en compte leurs plaintes, sous peine de perdre leurs subventions.

En France aussi, une charte a été élaborée à l’initiative d’un groupe dont vous êtes à l’origine…

Moi et d’autres. Nous avons trouvé une écoute auprès du ministère de la Culture qui a accepté d’organiser des réunions de travail autour de la question de l’usage de l’appareil photo dans les musées suite à l’interdiction absurde de la pratique au musée d’Orsay. Pour la première fois, des visiteurs étaient associés à la réflexion. Ce fut une expérience inédite, une instance de dialogue, qui a abouti à une charte non coercitive, en demie teinte, rédigée par la Direction du patrimoine. A force de vouloir ménager la susceptibilité d’établissements, ce texte reste assez timide. Reste qu’il faut multiplier les expériences de dialogue avec les visiteurs.

Les luttes dans la culture, épisode précédent.

Notes

[1Bernard Hasquenoph est par ailleurs salarié et collaborateur de Regards. A lire sa dernière chronique « Le Centre Pompidou immobile » dans le trimestriel Automne 2013.

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