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Accueil > Résistances | Par Nicolas Kssis | 21 juin 2013

Brésil, les footballeurs supporters de la révolte

Le mouvement social qui agite en ce moment le Brésil est en partie né du scandale lié au coût faramineux de l’organisation de la prochaine coupe du monde de football. Et loin de provoquer une union sacrée pour sauver le dieu du ballon rond, certains des plus grands joueurs du pays, comme Neymar notamment (pourtant souvent pris pour cible dans les slogans), ont apporté leur soutien aux manifestants. Une fois de plus, contrairement aux idées reçues, le sport révèle plus qu’il ne cache les maux d’une société.

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L’onde de choc qui semble secouer les pays du sud n’en finit pas de se propager. Après les pays arabes, avec des suites parfois préoccupantes, c’est donc au tour de la Turquie puis du Brésil d’encaisser des soubresauts contestataires, souvent provoqués par des sujets apparemment secondaires. A Istanbul ce fut la défense d’un parc qui servit de détonateur. Mais parmi les occupants de la place Taksim, tout comme en Égypte, ceux qui s’avérèrent les plus déterminés, disposant en outre de la plus grande expérience de la confrontation avec les forces de l’ordre, furent sans conteste les supporters des grands clubs de la ville. Ces ennemis de toujours se retrouvaient provisoirement dans une hostilité commune envers le régime d’Erdogan et de la police. Loin de fabriquer des imbécile béats à coup de dose massive « d’opium du peuple », le foot, peut-être à son corps défendant, incube la fermentation un partie des bacilles de la révolte.

A bien y regarder, un mécanisme assez similaire, bien que sur un autre plan, s’observe au Brésil. Le mondial devait en principe offrir à la face du monde le visage resplendissant du succès économique d’un pays qui aspire désormais à occuper les premières places parmi les puissances de la planète – au sein des fameux BRIC (et ce n’est pas un hasard si la Russie a aussi eu ses JO et son mondial ). Or, au fur et à mesure, il a d’abord contribué à éclairer crument la face cachée de la croissance et du modèle brésilien : corruption (avec démissions de ministre à la clé), faiblesse des services publics, des droits des travailleurs (notamment chez les ouvriers des chantiers des stades), etc.

Loin de remplir d’une allégresse aveugle le cœur d’un peuple dont l’amour pour le ballon rond est souvent apparenté à une seconde religion (voire la première), c’est à l’inverse un véritable processus de laïcisation des consciences qui s’opère au fil du temps. Les exigences sociales ou démocratiques s’emparent d’une question qui passionne tout le monde (par exemple le nouveau Maracana) pour pointer l’absence de concertation, l’engloutissement de sommes monstrueuses dans des infrastructures dont l’utilité pour le bien commun est pour le moins contestable, etc. Souvent caricaturée sur le chapitre de son rapport au football, le peuple de Sao Paulo ou Brasilia nous assène une petite leçon d’humilité. Il suffit d’observer en contrechamps chez nous l’absence quasi totale de réaction face à la gabegie des stades de l’Euro (et l’escroquerie quasi légale des PPP) pour mesurer le fossé.

Autre enseignement, la réaction des premiers concernés, à savoir les membres de la sélection nationale du Seleçao. Alors que se déroule sur place en ce moment la coupe des confédérations, ses stars, dont on blâme souvent l’égoïsme ou l’aveuglement mystique (cf. leur délire évangéliste), ont globalement réagi de manière extrêmement solidaire envers les manifestants. Ainsi Givanildo Vieira de Souza, surnommé Hulk, originaire du Nordeste, explique : « Aujourd’hui, j’ai une position sociale privilégiée, mais je n’oublie pas que je viens d’un milieu pauvre. Ils ont raison de protester, ce qu’ils disent et ce qu’ils souhaitent est de bon sens. Le Brésil a besoin de progresser dans beaucoup d’aspects, c’est pourquoi nous les soutenons. Nous savons qu’ils disent vrai. » Dani Alves, qui évolue au Barça, s’exprime dans le même sens sur les réseaux sociaux : « Ordre et progrès sans violence, en paix, pour un Brésil éduqué, pour la santé au Brésil, pour un Brésil honnête, pour un Brésil heureux. » On attend autant de nos bleus lors des prochains mouvements sur les retraites ou contre l’ANI. Ce serait un peu plus crucial que de savoir s’ils chantent la Marseillaise ou non…

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  • Enfin une revue non-spécialisée qui reconnaît la dimension hautement politique (de quelque bord que soient les supporters) du football.

    Ce n’est d’ailleurs pas sans raison qu’en France ou ailleurs, les dirigeants des grands clubs nettoient les stades de leurs ultras (rien de péjoratif dans ce terme) à coups de hausse de coûts, pour laisser la place à de dociles consommateurs venus voir le spectacle et non plus le vivre.

    On l’a vu avec le PSG, on le verra moins avec l’AS Monaco qui n’a pas de base populaire. Par contre il serait bon qu’un journaliste "généraliste" ou extérieur au monde sportif s’intéresse au rachat projeté du RC Lens par un richissime azéri. Le choc entre l’authentique ferveur populaire lensoise (appelée beaufitude-paternalisée par trop de microcosmes prétentieux) et de hautes ambitions économico-sportives risquent de faire plus de dégâts que de bien au sein du meilleur public de France.

    Karel Le 22 juin 2013 à 12:34
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