Accueil > Politique | Par Antoine Châtelain | 6 novembre 2013

Bretagne, deux manifs, deux ambiances

Derrière les deux manifestations de ce week-end en Bretagne se cachent des organisations et des revendications différentes. Décryptage.

Vos réactions
  • envoyer l'article par mail envoyer par mail
  • Version imprimable de cet article Version imprimable

La manifestation bretonne de ce week-end à Quimper a été savamment quadrillée par la droite. Les objectifs énoncées au fil des jours ont été multiples, et loin d’être tous conciliables : le refus de l’écotaxe a joué le rôle de déclencheur mais s’est doublé d’une propension classique au refus général de l’impôt, la défense salariale de l’emploi régional a coexisté avec la demande patronale de dégrèvements fiscaux et d’aides publiques plus ou moins indifférenciées. Le tout étant assorti d’une hostilité au gouvernement allant jusqu’à la demande de démission du Président de la République… Le mouvement lui-même est particulièrement composite. Droite, extrême gauche, mouvements régionalistes, organisations syndicales et professionnelles, grandes entreprises, petits patrons, salariés de sociétés en difficulté… Beaucoup ont décelé dans le processus des « convergences équivoques ».

Il est vrai que ce n’est pas la première fois que le phénomène apparaît. À plusieurs reprises, depuis l’émergence du régionalisme au milieu de la décennie 1960, en Bretagne ou ailleurs, des mobilisations tout aussi massives que disparates idéologiquement se sont déployées pour la défense du tissu productif et de l’équipement régional. Mais il est tout aussi vrai que, à l’époque, c’est la gauche régionale qui se trouvait au cœur du mouvement…

Cette situation nouvelle, dans un contexte général de crise politique, ne pouvait que relancer le vieux problème : faut-il s’adjoindre à des dynamiques aussi redoutablement ambiguës ? Que faire dans ces conditions ? Jean-Luc Mélenchon, parmi les premiers, n’a pas mâché ses mots. Ceux qui vont manifester à Quimper sont des « nigauds », a-t-il déclaré le 2 novembre ; « les esclaves », a-t-il ajouté, « manifesteront pour les droits de leurs maîtres ». Le point de vue du député européen n’a pas été universellement apprécié. Certains ont critiqué la dureté de la formule, tout en approuvant le fond du propos. D’autres ont choisi une démarche franchement différente. En fait, à la gauche de la gauche, deux attitudes se sont exprimées.

La première consiste à dire qu’il faut être là où se retrouvent « les masses », pour y porter la revendication et la solution jugée la plus juste. Un certain nombre d’élus PCF, le NPA, quelques organisations syndicales locales, des associations de défense locale ou écologistes ont donc manifesté à Quimper, avec leurs mots d’ordre, distincts de ceux portés par le courant majoritaire incarné par la FNSEA, le Medef et la droite bretonne. Manifestement, cette attitude s’est trouvée minorée à la gauche du Parti socialiste.

Beaucoup ont ainsi jugé que la participation à la manifestation de Quimper brouillait le message nécessaire à gauche. Pas question de défiler avec le Medef, même sous le bonnet rouge… Une intersyndicale de fédérations régionales Solidaires, FSU et CGT a donc décidé d’appeler à un rassemblement séparé, à Carhaix, autour du thème de l’emploi, mêlant ainsi la critique du gouvernement actuel, de la droite et du patronat, jugés co-responsables de la crise. Cette manifestation a été soutenue par le Front de gauche et par EELV, représentée par le secrétaire national, Pascal Durand.

La visibilité et le nombre ont été sans surprise du côté de la manifestation quimpéroise. Mais la manifestation de l’intersyndicale, préparée dans la hâte, n’a pas été ridicule. Quel que soit le choix tactique de la fin de semaine dernière, demeure la question centrale : autour de quel projet rassembler, dans quelle dynamique de rassemblement ?

Vos réactions
  • envoyer l'article par mail envoyer par mail
  • Version imprimable de cet article Version imprimable

Vos réactions

Forum sur abonnement

Pour poster un commentaire, vous devez vous enregistrer au préalable. Merci d'indiquer ci-dessous l'identifiant personnel qui vous a été fourni. Si vous n'êtes pas encore enregistré, vous devez vous inscrire.

Connexions’inscriremot de passe oublié ?