Accueil > Politique | Par Guillaume Liégard | 14 octobre 2013

Brignoles, le FN en marche ?

Le candidat du FN, Laurent Lopez, a obtenu avec 53,91% une victoire nette et sans bavure. Le succès d’un candidat frontiste dans cette cantonale partielle n’est pas une surprise. Lors des scrutins de 2011 et 2012, le candidat FN avait réalisé 50,03% puis 49,9% ce qui démontre l’ancrage de ce parti à Brignoles. Les résultats du premier tour, la semaine dernière, laissaient peu de doutes sur l’issue du scrutin. Avec 40% des votants pour Laurent Lopez auquel il fallait ajouter les 9,10% du candidat d’extrême dissident, la victoire de l’extrême-droite relevait d’une quasi certitude.

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Tout au long de la semaine, il n’a pas manqué d’analystes pour expliquer à satiété que les résultats du premier tour n’avaient aucune signification et que la seule raison en était l’abstention. La constance du nombre de suffrages obtenus par les candidats du FN au premier tour est incontestable, mais comment expliquer alors que seul ce parti ne soit pas touché par l’abstention croissante des électeurs ? Même de ce point de vue, il y avait là un fait politique qui méritait argumentation.

Les résultats du second tour sont sans appel (cf le tableau ci-dessous). Dans le cadre d’une remobilisation partielle de l’électorat qui a vu la participation progresser de 12%, le candidat FN réalise son meilleur score des trois élections en pourcentage … et en voix.

En gagnant plus de 2300 voix entre le premier et le second tour, l’électorat frontiste a progressé de 85%. Il est évidemment difficile d’expliciter dans le détail la réalité de cette augmentation mais des tendances lourdes peuvent être dégagées. La première, la plus naturelle, c’est que Laurent Lopez a dû bénéficier d’un excellent report de voix du candidat d’extrême-droite dissident. La seconde, c’est qu’une fraction non négligeable des abstentionnistes du premier tour s’est déplacée au second pour voter en faveur du candidat frontiste. Enfin, plus difficile à apprécier, est le comportement des électeurs de gauche. Ceux-ci se sont répartis entre le vote pour la candidate UMP, l’abstention ou le vote blanc et le vote pour le candidat FN, dans quelles proportions, c’est impossible à dire. Mais toutes les études des différentes partielles depuis un an montrent qu’une partie de l’électorat de gauche se reporte sur l’extrême-droite lors d’un second tour FN/UMP. Ce fait nouveau, s’il demeure minoritaire, n’est pas pour autant marginal et doit être une source d’inquiétude.

Cette élection marque, aussi, l’échec du « front républicain ». Malgré l’appel du PS et du PCF à voter UMP, malgré l’hyper médiatisation de cette cantonale partielle, le candidat FN a été élu. Faire de l’UMP du Var un rempart à l’extrême droite relevait de la tartufferie. Mais en se fourvoyant ainsi, la gauche aura eu le déshonneur et la défaite. Pire, elle permet au Front National de pointer du doigt l’unité de tous les partis contre lui et de se poser en seul opposant d’un système à bout de souffle. Loin des alliances contre-nature, s’opposer réellement au Front National, c’est ne pas valider les présupposés de ses discours racistes et offrir une perspective alternative aux politique d’austérité et de restrictions budgétaires menées ces dernières années.

Enfin, cette élection fait apparaître un autre échec, celui qui consiste à combattre le Front National en lui attribuant des qualificatifs infamants. « Parti National-fasciste » [1], a-t-on entendu cette semaine. Il ne s’agit pas ici de discuter la justesse ou non du propos mais de son efficacité. Comme beaucoup de militants de gauche, l’auteur de ces lignes a scandé « F comme fasciste, N comme nazi ... » et si ce slogan n’a jamais empêché quiconque de voter FN, au moins cela avait-il la vertu de mobiliser ceux qui étaient hostiles au parti d’extrême droite. La portée de ce mot d’ordre est désormais pour le moins émoussée. Deux éléments au moins concourent à cette évolution : la modification du discours du FN d’une part, l’approfondissement de la crise et l’ampleur de la désespérance sociale d’autre part. La mutation du FN version Marine Le Pen est parfois niée dans les rangs de la gauche. Pourtant, affronter le discours d’un Florian Philipot plutôt qu’un Bruno Gollnisch ne peut se faire avec la même argumentation. Il existe de ce point de vue un retard à l’allumage au sein même de la gauche radicale.

La cantonale partielle de Brignoles doit être prise pour un avertissement sérieux. Certes, il s’agit d’une partielle dans un département où le FN bénéficie d’un fort ancrage depuis maintenant de nombreuses années. Mais la dynamique électorale et militante dont bénéficie ce parti est réelle. "Notre priorité est de préparer notre arrivée au pouvoir" déclarait Marine Le Pen dimanche soir. Face au danger et prisonnier de tous petits calculs électoraux, le Parti Socialiste n’a qu’une seule réponse, l’unité derrière lui. Sans remise en cause des politiques menées, ce positionnement est la garantie de désastres d’une toute autre ampleur dans les années à venir.

Notes

[1Déclaration de Thierry Mandon, porte-parole des députés socialistes le 8 octobre.

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  • Le FN s’accroche à ses idées et auront des postes . Le PC s’accroche à ses postes en oubliant leurs idées et joue la stratégie avec le PS qui lui aussi s’accroche à ses postes comme l’UMP d’ailleurs ou les verts . Défendons bec et ongle nos idées avant d’avoir des postes bien rémunérés .
    Quand aurons nous un démocrate gestionnaire qui fait participer la population aux décisions locales , régionales , puis nationales . Desréférendums toutes les semaines dans les villages .

    Jacques Le 16 octobre 2013 à 11:26
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