Accueil > Politique | Par Pierre Khalfa | 12 août 2013

« C’est à la société qu’il faut s’adresser », par Pierre Khalfa

La montée du FN, les évolutions des partis socialistes et sociaux démocrates, l’émergence de nouveaux mouvements populaire à l’échelle internationale…interrogent nos cadres politiques et questionnent la stratégie d’union de la gauche qui organise en profondeur la gauche française depuis 1965. Union de la gauche, break ou rupture ? Le débat doit s’organiser. Dans le numéro d’été de Regards, Jean-Luc Mélenchon livre sa vision. Ici, Pierre Khalfa, coprésident de la Fondation Copernic, nous donne son point de vue.

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L’Union de la gauche a une histoire très conflictuelle. Vivons-nous aujourd’hui le énième épisode de cette histoire ou entrons-nous dans une période nouvelle des relations à gauche ? Et d’abord qu’est-ce qui a fait que la gauche existe et se reconnaisse comme telle ? Deux éléments apparaissent immédiatement : d’une part, le fait de partager des réflexes similaires basés sur la primauté donnée à la justice et à l’égalité et, en conséquence, d’autre part, le fait de se retrouver du même côté de la barrière lors de moments décisifs. Mais ces deux éléments, pour importants qu’ils soient, auraient été insuffisants sans l’existence d’une convergence stratégique, plus ou moins explicite suivant les époques, entre les différentes forces de gauche et ce malgré le fait que le lien indéfectible du Parti communiste à l’URSS ait longtemps pesé lourd. Rappelons-nous la phrase de Guy Mollet : « Le parti communiste n’est ni à droite ni à gauche, il est à l’est ».

Cette convergence possible renvoie au projet social-démocrate. Si celui-ci se situe explicitement, ou de fait, dans le cadre du capitalisme, cela ne signifie pas qu’il est au service du capital tel que celui-ci existe à un moment donné. La social-démocratie vise à un compromis entre le travail et le capital. Elle vise donc à remettre en cause la domination de ce dernier et à limiter son emprise sur le monde du travail et sur la société. Le projet social-démocrate suppose donc un certain degré d’affrontement avec la logique capitaliste, avec comme objectif de borner l’activité du capital. D’où, par exemple la promotion des services publics et de la protection sociale. La social-démocratie est donc historiquement anti-libérale, même si in fine elle accepte le capitalisme. C’est ce rapport conflictuel au capital qui a permis que l’Union de la gauche puisse voir le jour. Cela permet aux courants radicaux, qui remettent en cause l’existence même du capitalisme, de pouvoir faire un bout de chemin avec les partis sociaux-démocrates et d’envisager des alliances avec eux.

La conversion dans les années 1980 de la social-démocratie au social-libéralisme change du tout au tout la situation. Ce dernier ne vise pas à bâtir un compromis entre le travail et le capital. Il s’agit au contraire pour lui d’accompagner, voire d’anticiper, les transformations du capitalisme globalisé. Les sociaux-libéraux partagent avec les néolibéraux un certain nombre d’idées fondamentales comme, par exemple, la croyance en l’efficience des marchés financiers dont il suffirait d’empêcher certaines dérives, ou encore la nécessaire baisse du coût du travail… En période « normale », ils essayent de pratiquer un aménagement social du néolibéralisme et cherchent à en atténuer un peu les conséquences sans le remettre en cause. En période de crise, ils appliquent sans hésiter des politiques d’austérité drastique.

Les conséquences du basculement de la social-démocratie vers le social-libéralisme sont très importantes. Il s’agissait auparavant pour les forces anticapitalistes de pousser la social-démocratie en la faisant aller plus loin et plus vite qu’elle ne l’aurait voulu. Aujourd’hui il paraît difficile de faire un bout de chemin avec elle, car nous ne sommes plus sur le même chemin. Les mouvements qui s’opposent au néolibéralisme ont donc du mal à passer des alliances politiques avec d’autres forces. Ainsi, malgré sa volonté, Syriza n’a pu passer aucune alliance avec les autres forces de gauche, ce qui l’a empêché d’arriver au pouvoir, et toute la social-démocratie européenne s’est félicitée de la victoire de la droite en Grèce. Certes, cette situation nourrit une crise larvée au sein des partis sociaux-démocrates et, la situation se détériorant, il n’est pas impossible que des ruptures voient le jour, comme cela s’est d’ailleurs déjà produit, ou que ces partis voient leur influence s’éroder sérieusement comme en Grèce.

Un autre élément important entre aujourd’hui en ligne de compte, ce qu’il est convenu d’appeler « la crise de la forme parti » qui renvoie à trois aspects : d’une part l’inefficacité de la lutte politique partidaire pour changer les choses ; d’autre part, le discrédit, qui a touché le stalinisme et la conception totalitaire du parti qui s’y rattache, n’a pas épargné les partis qui s’y sont opposés et qui, de plus, n’étaient pas totalement vaccinés contre cette conception ; enfin, et surtout, la montée de l’individualisme contemporain qui renvoie à une augmentation extraordinaire du niveau d’éducation, à la volonté d’être maître de son destin et à la remise en question des structures de domination. Cette crise prend des formes différentes suivant les pays et la France semble être, pour le moment, un peu moins touchée que d’autres, notamment l’Espagne ou le Portugal où les mouvements populaires considérables n’ont pas abouti, contrairement à la Grèce, à un changement d’échelle des forces de la gauche radicale.

Cette « crise de la forme parti » rend problématique une stratégie politique qui se déploierait essentiellement sur le terrain des rapports entre les partis. C’est à la société qu’il faut s’adresser avec une opposition radicale au néolibéralisme s’adossant à un projet de transformation sociale. Cela suppose, par exemple, pour une force politique comme le Front de gauche, de tisser des rapports nouveaux avec les mouvements sociaux et d’avoir un comportement modeste loin de toute tentative hégémonique.

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  • Bonjour,

    Locution nominale
    Singulier Pluriel
    parti politique partis politiques
    /paʁ.ti pɔ.li.tik/

    parti politique /paʁ.ti pɔ.li.tik/ masculin

    (Politique) Organisation politique, regroupant des citoyens ayant une certaine idéologie ou certains idéaux en commun, et cherchant à obtenir le pouvoir dans le but de gouverner selon leurs principes.

    Je révèlerai ici un secret bien connu et pourtant bien gardé (paradoxe de l’inconscient) : tout dirigeant d’un parti politique poursuit un intérêt personnel ; on peut le dire aussi comme ça : il n’y a pas de dirigeant d’un parti qui ne poursuive (pas) un intérêt personnel.
    C’est un théorème de l’action politique, qui découle de l’expérience ; Platon a buté sur cette question ; nous en sommes toujours là.
    Ce théorème est valable pour toutes les formations politiques : de droite, de gauche, d’extrême gauche, d’extrême droite, etc ...
    Ce secret, que tout le bla bla des hommes politiques s’efforce d’habiller en sa version contraire : (je porte des idées, je veux servir la France, je fais don de ma personne à la France), ne dupe plus grand monde, tant les événements démontrent que les politiciens poursuivent une carrière et qu’ils entendent la rentabiliser en profits divers (financier, symbolique, etc...). Il est constant que cette vérité, que tout un chacun peut expérimenter, est toujours tue dans les prêches que l’on peut lire ici et là : il en va ainsi dans l’article de Pierre Khalfa. Dès lors toutes les grandes dissertations sur la démocratie sociale, les stratégies d’alliance, etc.., ont toujours un ressort comique qui semblent échapper à leur auteur : il en va ainsi dans l’article de Pierre Khalfa.
    Je pense donc qu’il faut davantage s’interroger sur les stratégies de résistance populaire à l’injustice mise en oeuvre par les détenteurs du pouvoir, sachant que toute volonté de le prendre, ce pouvoir, repose forcément sur des motifs impurs. S.T.

    TABOURET Stéphane Le 12 août 2013 à 11:44
  •  
  • Je crois que les gens ont toujours besoin de partis politiques puisque la majorité du peuple admet toujours - jusqu’à preuve du contraire , même en dépit du discrédit - qu’"ils concourent à l’expression" de la souveraineté...ILS ONT PARTICULIEREMENT BESOIN DE REVOLUTIONNAIRES ORGANISES QUI NE SE REGARDENT PAS LE NOMBRIL OU LE NOMBRIL DU PARTI GROUPUSCULAIRE VOISIN . Moi, la seule question qui désormais m’intéresse car de sa réponse dépend tout le reste, c’est de savoir quand les différentes composantes du Front de Gauche se transformeront en une organisation unique non par addition de chapelles mais par addition de volontés individuelles qui réunies - dans des formes à débattre -en Etats Generaux ouvriront une page nouvelle de l’Histoire . J’attends de JLM une initiative sur cette question pour moi centrale.

    CINCINATUS Le 12 août 2013 à 17:52
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  • Article très juste de Pierre Khalfa sur le basculement de la social-démocratie d’après-guerre vers le social-libéralisme. Effectivement, l’évolution du capitalisme globalisé et la disparition de la "menace" communiste ont conduit à défaire le compromis établi entre capital et travail, entre efficacité économique et justice sociale au profit d’une conception totalement débridé du capitalisme dans lequel toute entrave au libre-échange apparaît inacceptable. Désormais, profitant de la concurrence généralisée, le capital ne négocie plus avec le travail, il impose sa vision du monde.
    Pour ce qui est de la stratégie, bien sûr il faut davantage se tourner vers les mouvements sociaux et créé une dynamique autour du Front de Gauche. Mais je reste persuadé que c’est dans la confrontation politique que peut naître le désir d’alternative de la population. Le travail de pédagogie menée par JLM sur le basculement social-libéral des partis socialistes ou sociaux-démocrates et l’Europe ultra-libérale fait avancer les choses. Il doit être accompagné par une refondation de la gauche sur des bases claires en distinguant les forces qui soutiennent la politique du gouvernement actuel et celles qui souhaitent offrir un projet émancipateur au peuple. Pour cela, nous aurons besoin de tout le monde : les socialistes et écologistes de gauche, les communistes, les altermondialistes... La société civile et les mouvements sociaux doivent aussi y avoir leur place.

    Cyril Le 13 août 2013 à 14:57
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  • citation C’est à la société qu’il faut s’adresser avec une opposition radicale au néolibéralisme s’adossant à un projet de transformation sociale

    .....et pourquoi pas ?
    C’est à la société qu’il faut s’adresser avec une opposition radicale au néolibéralisme s’adossant à des transformations sociales qui ne doivent pas dépendre pour leur existence de la Prise de Pouvoir !

    PrNIC Le 24 août 2013 à 12:45
  •  
  • Le Parti Socialiste et le gouvernement nous proposent épisodiquement une orientation stratégique : L’Union de la Gauche.
    L’Union de la Gauche, version PS, est un appel à se rassembler derrière le gouvernement et le PS car « il n’y a pas d’alternative », car « une défaite de F. Hollande serait une défaite de toute la gauche ». Or, une alliance avec un PS hégémonique se ferait inévitablement sur ses bases. Et ceci alors qu’une part croissante du peuple rejette la politique qu’il met en œuvre. Ce qui a finalement échoué à des époques pourtant plus favorables, celle du Programme commun puis celle de la Gauche Plurielle, ne peut qu’échouer à nouveau. On ne peut rassembler le peuple et voir sa mobilisation se maintenir que par la mise en œuvre d’une politique en laquelle il se reconnait pleinement. Ce n’est évidemment pas le cas de la politique du gouvernement Hollande/Ayrault.
    Quel est aujourd’hui notre cible principale ? Qui est au pouvoir au triple plan politique, économique et médiatique ? La réponse est claire pour tous : le capital, ou la finance, comme on veut, car aujourd’hui, c’est la même chose. La pensée politique correspondant aux intérêts de la finance est le libéralisme. C’est cette pensée qui inspire les partis et gouvernements actuels en Europe. C’est le cas en France, avant comme après les présidentielles de 2012, avant comme après ce nouvel épisode de ces alternances bidons.
    Le Front National ne présente pas un programme économique correspondant aux intérêts du capital. Son rôle actuel est de diviser le peuple et ainsi de le neutraliser. Il peut devenir un recours pour le capital si celui-ci voit son pouvoir menacé. Nous le savons bien, ce n’est pas encore le cas. A ceux qui s’inquiètent, il y en a, de voir « la gauche » ne pas tirer les leçons de années 30 et qui appellent à l’unité avec le PS, nous devons dire et montrer que la situation actuelle est très différente de celle des années 30 : Le monde a beaucoup changé (ainsi, l’URSS, obsession alors des capitalistes, n’existe plus), le capitalisme est mondialisé, la crise est différente, l’offensive antipopulaire est menée par les libéraux incluant « notre » parti socialiste.
    Que l’on me comprenne bien. Il faut accepter tous les républicains à des rassemblements contre l’extrême droite comme ce fut le cas après l’assassinat de Clément Méric. Mais l’idée d’un front antifasciste réunissant pour gouverner tous les républicains, fussent-ils les libéraux qui massacrent nos vies, est une absurdité. Nous n’aurions aucun programme, aucun objectif commun, et le peuple ne nous suivrait pas dans pareille construction purement intellectuelle.
    Il ne serait pas sérieux de parler du Front National sans noter que sa présence constitue un espoir pour le PS. Avec un Front National fort, F. Hollande peut espérer ranimer le réflexe du vote utile dès le premier tour. Vous savez, la peur que « la gauche » ne soit pas présente au deuxième tour, pour Hollande, ça devient l’espoir d’un avril 2002 à l’envers : le choix entre lui et le FN.
    A cet appel du PS à reconstituer une Union de la Gauche derrière lui, le Front de Gauche, dans toutes ses composantes, répond non et refuse cette stratégie mortifère, pour lui et pour le peuple.
    Alors quelle stratégie ? Concrètement et immédiatement, le Front de gauche hésite entre deux propositions pour une transformation réelle donc radicale de la société. Deux propositions car coexistent en son sein deux analyses différentes et de là deux stratégies. Ma conviction est que ces propositions ne correspondent pas vraiment à des appartenances à telle ou telle organisation, même si ce facteur intervient.
    Les deux logiques :
    1. une union de la gauche sur des bases réellement de gauche
    2. une union populaire
    Avec la logique 1, il s’agit de gagner l’électorat, les militants, des cadres, des élus du PS et d’EELV, que ceux-ci restent organisés « chez eux » ou nous rejoignent, d’arriver ainsi à une majorité électorale du type 51/49, voire 52/48, et, il faut le souligner, d’œuvrer à une mobilisation populaire pour soutenir et garantir la mise en œuvre d’un programme vraiment à gauche.
    Avec la logique 2, il faut s’attacher à rassembler le peuple sur ses véritables intérêts (viser 90% ! même si nous savons que nous n’obtiendrons pas tant), dépasser la vieille dichotomie gauche/droite, passer du Front de Gauche au Front du Peuple que je préfère quant à moi appeler Union Populaire pour éviter un terme trop proche de celui de Front Populaire qui appartient à l’histoire et correspond à une autre époque, une autre situation, d’autres objectifs. Il faut finalement en appeler à ce qu’ « ils » partent tous. « Ils », c’est-à-dire tous les dominants, autrement dit l’oligarchie financière au pouvoir (la classe capitaliste et son personnel politique et médiatique).
    Nous voyons qu’avec l’orientation 1, il s’agit d’arriver à en finir avec les contre-réformes, de repartir vers de nouvelles conquêtes. Le but n’est pas de rompre avec le capitalisme, du moins pas à ce stade. En effet, ouvrir une voie vers le socialisme nécessite bien plus qu’une majorité électorale de 51 ou 52%. Cela nécessite un nouveau paysage politique où, de fait, les cartes seraient rebattues. Utopiques cette ligne 2 ? Et si c’était la ligne 1 qui l’était ? Et si sans perspectives crédibles de vrais et grands changements, nous nous condamnions à des majorités étriquées ne permettant que quelques réformes et conduisant d’une manière ou d’une autre, faute d’une mobilisation suffisamment large, à une nouvelle alternance ?
    Je conçois l’inquiétude face au défi : Il ne s’agit pas seulement de gagner les élections et de gouverner « à gauche » mais de remettre en cause le capitalisme. Mais ne nous trompons pas, il n’est pas plus facile de vouloir moins. Je m’explique.
    Il nous faut comprendre que l’histoire n’est pas et n’a jamais été un long et inéluctable déroulement linéaire. Les changements se font par bond ou ne se font pas (ou si peu). Cette considération de nature historique et philosophique étant faite, regardons le capitalisme contemporain. Il est devenu totalement parasitaire, détruisant les forces productives pour des profits immédiats. Le capital vit sur le dos des entreprises et non plus seulement des travailleurs. Il suscite dès lors un rejet comme jamais. La majorité des Français pensent désormais qu’il y a quelque chose qui ne va pas avec le capitalisme. C’est un fait nouveau qui doit nous alerter.
    Dans le même temps, le capitalisme contemporain n’a que faire de passer des compromis. Finis les accords capital travail où sans remettre en cause le capitalisme mais par un certain rapport de force, des organisations ouvrières obtenaient un partage négocié des richesses produites. On appelait cela la social-démocratie. Pour négocier, il faut être deux. Le capital, à l’heure de la mondialisation et de la financiarisation, n’a plus besoin de négocier dans les cadres nationaux. Aujourd’hui l’exploitation se fait plus brutale et les sociaux-démocrates n’ont plus d’espace pour exister. Le PS que l’on a connu, c’est donc fini. C’est d’ailleurs ce ressenti qui a conduit les partis sociaux-démocrates ou socialistes à devenir à leur tour des libéraux (on dit des sociaux-libéraux, à cause de l’emballage).
    Note : Pourquoi, prenant acte de l’impasse contemporaine de la social-démocratie, ce parti n’est-il pas devenu ou ne pourrait-il pas devenir anticapitaliste ? La chose est simple et s’est observée dans tous les pays. Après des années de réformisme tranquille, le parti socialiste n’avait plus les forces internes suffisantes pour faire ce choix. Il est devenu libéral, « démocrate » préférait proposer F. Hollande dès le milieu des années 80, se revendiquant d’un soit disant « intérêt général » commun au capital et au travail, et non plus des intérêts du peuple, des intérêts de la classe ouvrière. Certains de ses cadres et beaucoup de militants restent attachés à ce qu’il fut. La vie leur révèle chaque jour un peu plus leur illusion. Mais le chemin est long. Il n’est pas rare que les conceptions, les idées retardent sur les réalités. Il faut du temps et nous ne devons pas confondre ces camarades avec leur direction qui, tenant avec elle le parti, est maintenant « passée de l’autre côté ».
    Nous avons donc constaté l’arrivée à maturation des conditions matérielles du rejet du capitalisme. Bien évidemment, il reste les conditions idéologiques puis politiques. Ça, c’est notre boulot. Nous le mènerons bien si nous adhérons à la logique 2.
    Si nous en restons à la logique 1, c’est-à-dire rechercher une « Union de la Gauche sur des bases réellement de gauche », nous en arrivons à rechercher, certes sur des bases vraiment à gauche, de « larges rassemblements à gauche avec toutes ses forces politiques ». J’ai lu avec beaucoup d’inquiétude cette expression très récemment. Pour tous ceux qui ne sont pas ou plus sous l’influence du PS et qui doutent de son inscription « à gauche », doit-on risquer de redonner des illusions ? Pour ceux du peuple qui ont déjà compris, ne risque-t-on pas d’apparaitre comme des rabatteurs d’un PS désormais à droite et, ainsi, de se décrédibiliser ? Par ailleurs et surtout, nous nous engageons alors dans un processus sans issue (au regard de nos objectifs) car nous minorons notre réserve par avance au « peuple de gauche », et surtout, de fait, nous courrons après un mirage, le possible retour de l’époque où la social-démocratie obtenait du « grain à moudre ». Pas d’illusion, nous ne pourrons pas être les « nouveaux socio-démocrates ». L’histoire ne repasse pas les plats. Attention alors à ne pas finir nous-mêmes, comme la social-démocratie, par disparaitre par manque d’un espace politique pour exister. Croire que le capital pourrait nous laisser « du grain à moudre » alors que la lutte des classes s’aiguise peut se payer « cash ».
    Puisque la voie social-démocrate nous est désormais fermée, seule la remise en cause du pouvoir et de l’économie capitalistes est réaliste. Et cela ne peut se faire sans une large mobilisation allant bien au-delà du « Peuple de Gauche » et de ses composantes politiques. Cela ne peut se faire sans sortir de la Vème République. Cette condition indispensable démontre à elle seule la nécessité de rassembler et de garder mobilisée une majorité bien plus nombreuse que ce que « la gauche » a pu obtenir par le passé. Le centre de gravité de notre action, ses mots d’ordre, ses mesures tactiques doivent être déterminés par cet impératif plus que par la recherche d’accord avec les composantes de la gauche actuelle. Qui peut croire que la mise en œuvre de notre programme « L’Humain d’abord » ne serait pas déclarée inconstitutionnelle ? Qui peut croire qu’une assemblée constituante peut être convoquée et créer du radicalement nouveau sans l’intervention massive et maintenue du peuple ?
    Mais, me dira-t-on, que fais-tu de tous ces militants aujourd’hui rassemblés au Parti Socialiste, à EELV ? Les progrès du mouvement social et les avancées de notre travail selon la logique 2 feront, de fait, apparaitre, au sein du PS et d’EELV, comme dans certaines centrales syndicales, le clivage entre ceux des réformistes qui veulent vraiment que ça change et ceux qui se rallient à l’ordre établi, contre le mouvement social, car le peuple, finalement, ce n’est pas leur truc. C’est dans l’ordre des choses et, pour le PS, je pronostique que ces courants conserveront l’appareil, donc le parti. Bien évidemment, faire cette analyse ne doit nullement conduire à stigmatiser nos interlocuteurs lorsqu’ils sont encore sous influence du PS (ou d’EELV). Laissons-leur du temps mais hâtons-les. Le temps presse.
    Dans les faits, actuellement sur l’orientation 1 ou sur la 2, union de la gauche ou union populaire, débattons, car, pour avancer, nous finirons par devoir trancher et, vous l’avez compris, je pense que l’orientation 2 est la seule qui puisse être victorieuse. Mais, surtout, ne nous divisons pas. Au plan pratique, travaillons à rapprocher de nous le maximum de militants et de sympathisants du PS et d’EELV, et travaillons dans le même temps et fondamentalement à politiser, mobiliser la majorité du peuple, qui est ailleurs, qui semble donc très éloignée de nous, mais qui est finalement probablement très proche tant le capitalisme lui pèse de plus en plus. Il faut dire qu’il y met du sien. Veillons à la compatibilité de ces deux objectifs, ce qui n’est pas sans incidence sur le choix de nos tactiques et de nos mots d’ordre. Travaillons en direction de nos deux « réserves » mais sachons où nous allons : pour imager sportivement, marchons sur nos deux jambes, mais choisissons bien notre pied d’appel.

    Pour se résumer : Le capitalisme financiarisé et mondialisé est devenue parasitaire de l’économie réelle. Il n’est plus astreint à accepter des compromis avec les organisations ouvrières. La social-démocratie est de ce fait devenue une politique impossible. Dans cette situation, le Parti Socialiste, comme tous les partis socio-démocrates, s’est rallié au libéralisme ; il est en ce sens devenu un parti « de droite », ce dont témoigne la politique gouvernementale.
    Dans ce contexte, il est illusoire pour nous de vouloir mener une politique favorable au peuple sans remettre en cause le capitalisme. Nous ne ferions alors que tenter de faire de la social-démocratie, ce qui conduit invariablement à l’échec.
    Mettre en cause le pouvoir et l’économie capitalistes nécessite une mobilisation populaire allant bien au-delà de ce que l’on appelle « le peuple de gauche ». Elle ne s’obtiendra pas en tentant de ressusciter une « Union de la Gauche », fut-elle plurielle et sur des bases bien à gauche. Elle ne devra pas se focaliser sur le rassemblement des différentes composantes de « la gauche », elle devra adopter des mots d’ordre clairs sur le caractère des politiques libérales, incluant celle du gouvernement, sur la nécessité qu’ « ils s’en aillent tous » pour laisser la place au peuple.

    alain31 Le 25 août 2013 à 23:00
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  • ORIENTATION 2 : Version 2013 "démocratisée" ...mise à jour de la dictature du prolétariat...et le triomphe c’est pour après l’arrivée sur Mars...bien après...

    CINCINATUS Le 27 août 2013 à 08:01
       
    • C’est un point de vue mais qui ne me permet pas de progresser car quelque peu caricatural, sans réel effort, me semble-t-il, de comprendre ce que je mets en débat, et surtout sans argument. Il y en a peut-être ; je ne demande qu’à les connaître. La situation est suffisamment grave et complexe pour que nous ayons l’audace de réfléchir et d’échanger.

      alain31 Le 27 août 2013 à 17:20
  •  
  • Il faut à mon avis unir d’abord le peuple de gauche et ses différentes composantes politiques celles qui ne relèvent pas du champ solférinien - il y a longtemps que les solfériniens ne sont plus à gauche - ; pour cela,à mon sens, il faut :
     continuer à parler cru et dru ( y compris aux apparatchiks du PCF ou de ce qu’il en reste )
     être dans toutes les luttes -si "petites" soient-elles
     proposer le moment venu ( celà ne peut se faire "à froid") à l’occasion d’une suite de mouvements sociaux, d’une dynamique électorale ( au lendemain des prochaines élections européennes par exemple) la tenue d’Etats Généraux de la gauche au niveau local, régional, national où viendra qui veut apporter sa pierre.J’attends çà de JLM, de Clémentine Autain et de tant d’autres car les partis qu’ils dirigent concourent à l’expression de la souveraineté.
    C’est dans la dynamique ainsi créée que pourront se joindre dans un front du peuple ceux qui sont pour l’instant à l’écart. Tout le reste n’est, à mon avis, qu’incantation stérile.

    CINCINATUS Le 27 août 2013 à 18:17
  •  
  • Merci Cincinatus. Là, je comprends ton point de vue, qui ne m’apparait sur beaucoup d’aspect pas très différent du mien : J’insiste quant à moi sur le fait qu’il ne faut pas définir nos mots d’ordre ou la tonalité de nos discours en fonction de la nécessité de réunir la gauche (c’est-à-dire ceux qui dans le, ou proche du PS ont néanmoins quelques sérieux problèmes avec la politique de F.Hollande) mais en s’adressant plus largement à tous ceux qui n’en peuvent plus. Je peux me tromper, mais je pense que cette cible est plus large et surtout que nos attitudes sont alors plus claires, moins ambigües et, j’espère plus efficaces. Car vouloir se centrer sur la nécessité de rassembler la gauche tend, me semble-t-il, à nous conduire à mettre de l’eau dans notre vin. C’est peut-être bien pour les sénatoriales mais pas pour la bataille des idées contre la politique libérale, austéritaire, pas pour apparaitre une force réellement différente, autonome vis-à-vis du PS, pas pour être crédible or c’est pour le Front de Gauche un objectif vital.
    La contribution de Pierre Khalfa, dans sa première partie, qui situait désormais le PS à droite, analysait la social-démocratie comme désormais sans perspective, notait les difficultés à "faire un bout de chemin avec elle" m’avait incité à exposer mon ressenti.

    alain31 Le 27 août 2013 à 21:31
       
    • C’est bien pour cela qu’une clarification avec le PCF est inéluctable et ESSENTIELLE car lui , pour le moins, met de l’eau dans son vin. Je ne suis pas loin de penser qu’il ne voit en JLM qu’une "divine surprise" pour le sortir de la mouise où il était sans renoncer à lui "tirer dans le dos" dès qu’il risque de perdre des mairies...Les institutions même moribondes sont des monstres froids...

      CINCINATUS Le 28 août 2013 à 10:23
  •  
  • Je souscris à la citation suivante : "La conversion dans les années 1980 de la social-démocratie au social-libéralisme change du tout au tout la situation. Ce dernier ne vise pas à bâtir un compromis entre le travail et le capital. Il s’agit au contraire pour lui d’accompagner, voire d’anticiper, les transformations du capitalisme globalisé". "Aujourd’hui il paraît difficile de faire un bout de chemin avec elle, car nous ne sommes plus sur le même chemin". En revanche, j’ai des doutes sur la conclusion de l’article : "C’est à la société qu’il faut s’adresser avec une opposition radicale au néolibéralisme s’adossant à un projet de transformation sociale. Cela suppose, par exemple, pour une force politique comme le Front de gauche, de tisser des rapports nouveaux avec les mouvements sociaux et d’avoir un comportement modeste loin de toute tentative hégémonique." Je crois pour ma part que nous avons vocation à devenir hégémonique à gauche. Pour cela, il suffirait qu’un quart des sympathisants et militants socialistes nous rejoignent, ainsi que EELV... Au train où vont les choses, nous pourrions être optimistes quand aux futures désaffections des hommes et femmes de gauche vis-à-vis du parti solférinien...

    Jean-François Deluchey Le 29 août 2013 à 18:07
  •  
  • L’hégémonie, me semble-t-il, c’est beaucoup plus que 25% des voix....car il ne faut pas se leurrer, ceux qui continueraient à voter PS c’est à dire Valls -et tout ce que la ligne qu’il incarne signifie- ne pourraient plus être classés à gauche ... et , en tout cas, ne reporteraient pas leurs voix sur le candidat de gauche le mieux placé. C’est triste à constater mais une partie des classes moyennes qui votaient traditionnellement à gauche EST sociale-libérale. C’est donc bien à la société qu’il faut s’adresser.

    CINCINATUS Le 1er septembre 2013 à 10:14
  •  
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