Accueil > Economie | Par Bernard Marx | 18 décembre 2013

Compléments d’enquête... sur le coût du capital

Revue de presse périodique de ce que disent les économistes sur le monde tel qu’il va et tel qu’il pourrait aller mieux.

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Ce graphique-là ne vient pas de la CGT mais du livre The road to recovery publié cet automne (Wiley editor) dontl’auteur Andrew Smithers, est, dixit le Financial Times, « l’un des plus connus et des plus respectés analystes de la City de Londres ». Pas vraiment le genre révolutionnaire. Néanmoins ce graphique illustre lui aussi la question centrale du coût du capital. On y lit le rapport entre le montant du cash flow distribué par les entreprises en dividendes pour les actionnaires et celui dépensé en investissements productifs. Le graphique montre que s’il y avait 1$ de cash flow distribué aux actionnaires pour 15$ d’investissements en 1970, il n’y en a plus qu’1 pour 2 en 2012. Cela traduit à la fois le gonflement exorbitant des dividendes et la faiblesse quasi structurelle des investissements productifs des entreprises. Les données utilisées par Andrew Smithers concernent les USA et le Royaume Uni. Mais la réalité décrite s’applique de la même façon à la France et à la plupart des économies capitalistes développées. Dernier exemple en date, parmi d’autres, le plan de suppression de 5800 emplois annoncé par le patron d’EADS Tom Enders : « Le président exécutif du groupe dont les deux tiers du chiffre d’affaires viennent d’Airbus souhaite en réalité que ses activités défenses et spatiales soient
« au moins aussi rentables » que ses activités civiles explique Jean-Baptiste Jaquin dans Le Monde le 12 décembre 2013. C’est l’objectif qu’il a fixé devant les investisseurs réunis à Londres mercredi 11 décembre. Il leur a également promis qu’il augmenterait sa politique de distribution de dividendes jusqu’à ce que ceux-ci représentent 30 à 40% des bénéfices du groupe... La réaction de la Bourse à ces annonces ajoute au malaise. L’action EADS était en tête des hausses du CAC 40 jeudi matin, après avoir déjà surclassé le marché la veille avec un bond de 7,5%. La valeur dont le cours a triplé en trois ans et qui affiche un gain de 82% depuis le début de l’année ne donne pas vraiment l’impression d’un groupe qui a des problèmes de compétitivité ».

Domination de la finance

« La domination de la finance sur l’économie s’est inscrite profondément dans la régulation des revenus et de la richesse et elle a transformé le « business model » des entreprises », analyse sur le blog du CEPII Michel Aglietta qui avait alerté en 2005 « dans l’indifférence générale » sur « les dérives du capitalisme financier ».

« L’objectif d’un rendement financier très élevé pour les actionnaires, explique-t-il aujourd’hui, a provoqué une attaque en règle contre les coûts salariaux dont l’effet est une aggravation des inégalités de revenus. En conséquence, la demande agrégée des ménages a été asservie à leur endettement. Plus spectaculaire encore, on observe un phénomène opposé à tout ce qu’on voyait auparavant dans les périodes de basse croissance. Aux États-Unis, la part des salaires dans le PIB est passée de 62% en 2007 à 59% en 2012. En Europe c’est le chômage de masse qui produit le même phénomène. C’est pourquoi la reprise conjoncturelle dans les pays anglo-saxons ne fait que retrouver les errements qui ont conduit à la crise : montée de la richesse immobilière financée par dette grâce à l’inondation de liquidités par les banques centrales et atonie de l’investissement productif.
Les rendements exigés sur les fonds propres des entreprises étant complètement déconnectés du rythme de croissance de l’économie, le coût du capital reste trop élevé par rapport aux rendements ajustés du risque des investissements d’innovation en dépit des faibles taux d’intérêt. Il est bien plus intéressant pour les directeurs financiers d’employer le cash flow à acheter des actifs existants qui sont dans une spirale haussière que de produire des actifs réels nouveaux »
.

Conclusion : « Il n’est pas raisonnable de chercher à en sortir par des expédients monétaires (les politiques très expansives des banques centrales des Etats -Unis du Japon ou du Royaume Uni) qui nourrissent l’instabilité financière. Mais il faudrait recourir à des révisions déchirantes sur la gouvernance du capitalisme dans les trente dernières années. Le cœur de la question est l’augmentation des salaires réels pour rétablir une certaine concordance avec les progrès de productivité. Parce que les rapports de force sur le marché du travail s’y opposent, il faudrait une réforme fiscale suffisamment ambitieuse pour dissuader les pratiques de la valeur actionnariale. Enfin et surtout il faudrait engager la vague d’innovations environnementales par des investissements publics financés par l’épargne institutionnelle grâce à une intermédiation financière associant les secteurs publics et privés ». Vaste programme.

... Sur les risques de déflation en Europe

L’Office français des conjonctures économiques (OFCE) vient de rendre public le rapport annuel indépendant sur la croissance en Europe (iAGS 2014) élaboré en collaboration avec l’IMK, institut allemand et l’ECLM, institut économique danois (www.iags-project.org).

Le rapport chiffre à 3,2%, l’amputation en 2013, de l’activité (mesurée par le PIB) dans la zone euro dû à la politique d’austérité suivie simultanément par la plupart des pays de la zone. Il pointe également le « piège de la déflation salariale » dans lequel s’enferre la zone euro. Les inégalités augmentent, la pauvreté s’accroît de façon considérable dans les pays les plus touchés par la récession et le niveau élevé du chômage entraîne certains pays (l’Espagne, le Portugal et la Grèce) dans la déflation salariale. « Cette déflation salariale se traduira par des gains de compétitivité-coût. Mais, en retour, explique Xavier Timbeau, cela conduira leurs partenaires à s’engager aussi sur la voie de la déflation salariale ou de la dévaluation fiscale. Au total, l’ajustement des taux de change effectifs ne se produira pas, ou à un rythme si lent, que ce sont les effets de la déflation qui domineront, d’autant que l’appréciation de l’euro ruinera les espoirs d’une compétitivité accrue par rapport au reste du monde. L’effet principal de la déflation salariale sera un alourdissement réel (ou rapporté au revenu) de la dette privée et publique. Cela remettra au centre de l’actualité les défauts massifs, publics comme privés, ainsi que les risques d’éclatement de la zone euro ».

... Sur un changement de cap de l’Europe

Alors que la contribution du Front de gauche pour un changement de cap de l’Europe articulé à un changement de cap et de politique pour la France est, de façon totalement irresponsable, remise à une date ultérieure et incertaine, on pourra utilement prendre connaissance de la contribution de la CGT au séminaire gouvernemental du 19 août 2013 sur « Quelle France dans dix ans ? », contribution publiée il y a quelques jours sur le site du Commissariat général à la Stratégie et la Prospective. C’est en effet par une série d’intéressantes propositions sur l’Europe et la zone euro que commence cette contribution.

« Tout projet de refondation du marché intérieur appelle nécessairement une réflexion sur sa dimension sociale » souligne ainsi la CGT et cela implique de régler quelques questions clés, telles que la non soumission des droits sociaux fondamentaux au droit de la concurrence, la modification du régime européen de détachement des travailleurs qui créent de facto du dumping social ( et pas seulement la révision de son application) ou encore la sécurisation des services publics par une nouvelle directive cadre.

Le document de la CGT soutient également la proposition de plan élaborée par la Confédération européenne des syndicats pour relancer la croissance en Europe de façon coopérative « à l’aide d’une politique de développement intégrée se donnant comme objectifs l’investissement, la création massive d’emplois de qualité, la solidarité pan européenne et la transition vers une économie bas carbone, en vue de changer de modèle productif ».

« Ce plan, explique la CGT, consiste à investir 2 % du PIB européen, chaque année pendant dix ans. Les domaines ciblés concernent la transition énergétique, les réseaux et infrastructures de transport, le développement des réseaux à large bande, l’avenir industriel (soutien aux PME, efficacité énergétique, micro crédit, etc.), les services publics et privés (rénovation urbaine, santé et protection sociale, infrastructures et logements adaptés pour personnes âgées, logements sociaux etc.) sans oublier les investissements dans la formation qualification, essentiels pour une revalorisation du travail. Il est proposé de mettre en place un fond de développement spécifique
et/ou de faire appel à la Banque européenne d’investissement... La gouvernance du dispositif devra permettre le contrôle social et l’implication des partenaires sociaux les plus larges possibles, afin notamment de garantir la localisation optimale des activités productives et ainsi éviter leur polarisation comme c’est le cas actuellement, en l’absence de politique industrielle au niveau de l’Union ».

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