Accueil > Monde | Par Emmanuel Riondé | 1er juillet 2013

Egypte, la légitimité révolutionnaire

La mobilisation attendue hier en Egypte pour demander le départ du Président Morsi a tenu ses promesses.

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Selon le décompte de l’armée egyptienne, 14 millions de personne ont défilé dimanche 30 juin pour demander à Morsi de « dégager ». Et les responsables de la campagne Tamarod (Rebelle), à l’origine des ces manifestations, avancent le chiffre de 22 millions de signature recueillies sur cette même exigence. L’Egypte compte environ 85 millions d’habitants. Rapporté à la France (65 millions), il s’agirait donc, grosso modo, de manifestations rassemblant 10,5 millions de personnes et d’une pétition qui recueillerait 17 millions de signatures de citoyens. Ces chiffres suffisent à dire l’ampleur inouïe du mouvement. Et règlent la question de sa légitimité.

Car la question, bien sûr, doit être posée : à partir du moment ou Mohamed Morsi a été élu (en juin 2012) président de la République egyptienne au terme d’un scrutin dont la validité n’a pas été contestée, sur quoi se fonde un mouvement qui descend dans la rue un an plus tard pour exiger son départ ? C’est la légitimité de la révolution, que les commentateurs et analystes, aspirés par la prééminence de l’agenda politique ces derniers mois, ont un peu vite relégué au second plan. Elle balaie pourtant tout et ce qui s’est passé hier au Caire vaut piqûre de rappel : l’Egypte, le plus grand pays du monde arabe, est toujours au cœur d’un processus révolutionnaire qui n’est pas achevé. Un processus dans lequel la légitimité des urnes ne peut pas suffire. Surtout quand on l’utilise, comme l’ont fait Morsi et les Frères musulmans en novembre et décembre dernier, pour s’arroger des pouvoirs indûs.

Elu au cours d’une élection conforme aux canons d’une démocratie moderne et bien en place, Mohamed Morsi n’est aujourd’hui pas légitime parce que la démocratie egyptienne ne l’est pas. Pas encore ou déjà plus, tant il est vrai que c’est toute la grâce d’un mouvement révolutionnaire que d’aller vers l’horizon démocratique tout en l’ayant déjà dépassé de par la radicalités de ses exigences. « Il faut en amont [d’un tel scrutin] une entente sur les fondements, les grands principes, une Constitution. L’Egypte a besoin d’un consensus qui va au-delà de simples élections législatives. Et ce n’est pas encore le cas. », nous résumait en milieu de semaine dernière une militante de la gauche egyptienne.

Derrière le ras-de-marée d’hier, se pose bien sûr la question du recours politique. Les forces opposées aux Frères musulmans sont multiples et loin d’être unifiées. Un travail de co-construction politique plus achevé est probablement le chantier le plus important qui attend celles qui entendent, à terme, pouvoir proposer un projet alternatif crédible. Mais la campagne Tamarod a montré hier avec éclat que la capacité de mobilisation des organisations révolutionnaires était intacte. Et que la rage du peuple n’est pas éteinte. Mohamed Morsi a désormais « jusqu’à mardi 2 juillet à 17 heures pour quitter le pouvoir et permettre aux institutions étatiques de préparer une élection présidentielle anticipée ». Sans quoi, promet l’opposition, « mardi 17 heures sera le début d’une campagne de désobéissance civile totale ». Au regard de ce qui s’est passé hier au Caire, on est tenté de les croire.

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