Photo Valentine V
Accueil > Société | Par Rokhaya Diallo | 30 novembre 2013

Et la gauche découvrit le racisme...

Vos réactions (12)
  • envoyer l'article par mail envoyer par mail
  • Version imprimable de cet article Version imprimable

Depuis quelques semaines, la France entière est saisie d’une immense stupeur : elle découvre avec effroi l’horrible visage du racisme.

Les injures racistes visant la Garde des Sceaux Christiane Taubira, la Une du journal Minute jouant des clichés racistes la comparant à un singe où l’invitant à manger des bananes exposent au grand jour des préjugés dont beaucoup semblaient croire qu’ils avaient été éradiqués de notre société.

Alors que certains déplorent le « retour » d’une France raciste, c’est un immense élan « républicain » qui meut la sphère politique. C’est ainsi que le Parti Socialiste a convoqué un grand meeting pour « défendre la République contre les extrémismes » talonné par les associations antiracistes historiques qui s’empressent de marcher contre le racisme alors que les plus jeunes générations encartées mobilisent une « marche des Républicains ». A les entendre, un racisme nouveau aurait ressurgi d’on ne sait où, après des années de silence.

Pourtant, si certains semblent penser que le racisme avait déserté la France, la plupart des personnes qui y sont quotidiennement exposées, n’avaient jamais remarqué son départ.

Plusieurs faits divers couverts par la presse sans susciter l’indignation générale illustrent la cruelle banalité d’un racisme jamais disparu mettant à jour l’indifférence dans laquelle il s’exprimait jusqu’alors. En octobre dernier, une famille d’origine africaine de Garges-les-Gonesse a dénoncé une descente policière au cours de laquelle un des représentants des forces de l’ordre a qualifié un enfant de 5 ans de « sale macaque » avant de le bousculer. Quelques jours plutôt, un chef de chantier était condamné pour avoir violenté et humilié un ouvrier noir qu’il qualifiait régulièrement de « singe » et de « macaque ».

Lors de son meeting le Parti Socialiste a choisi s’en prendre à l’« offensive réactionnaire et antirépublicaine de la part d’un bloc droitier » selon les termes de son premier secrétaire Harlem Désir sans jamais questionner ses propres pratiques.
L’ancien président de SOS Racisme a-t-il déjà oublié les propos de Manuel Valls déplorant le manque de « Blancs, de White, de Blancos » nuisant à « l’image » de la ville d’Evry dont il était le maire ? N’est-ce pas lui qui il y a quelques semaines déclarait que les Roms n’avaient pas vocation à rester en France ? C’est pourtant le même qui aujourd’hui tel un pompier pyromane condamne fermement toute expression du racisme.

A l’issue de l’événement, Harlem Désir affirme « Nous avons vu et entendu trop de choses inacceptables ces dernières semaines ! Je n’ai pas connu un tel déferlement de la parole haineuse et raciste depuis trente ans ». Mais où se trouvait-t-il lorsqu’en septembre 2012 des habitants des quartiers nord ont détruit et brûlé un campement de Roms avec la bénédiction de l’élue socialiste Samia Ghali qui affirmait les « comprendre » ? Personne dans les rangs de son parti n’a alors cru bon de marcher pour protester contre ces intolérables violences racistes.

"Cet islam sans gêne", "Le spectre islamiste", "La peur de l’islam", "Islam : ces vérités qui dérangent", "L’Occident face à l’islam", "Les islamistes et nous", "Pourquoi l’islam fait peur" "Les nouvelles tribus du crime" etc. depuis bien des années, les préjugés racistes s’étalent allègrement en une des magazines mainstream. Dans un paysage médiatique normalisant la parole offensive contre les minorités, pouvait-on attendre d’un journal d’extrême droite comme Minute autre chose qu’une surenchère ?

En réalité ce n’est pas le racisme qui avait disparu mais la vigilance des acteurs politiques et médiatiques. Au plus fort de la polémique relative au racisme visant Christiane Taubira, la journaliste Caroline Fourest se fendait d’une tribune dans laquelle, elle annonçait « nous sommes réveillés ».

Tandis que la gauche dormait ce sont des millions des Français anonymes qui les yeux bien ouverts ont subi un racisme quotidien alimenté par les unes anxiogènes des hebdomadaires d’information, les déclarations virulentes des politiques ou la violence des institutions républicaines.

L’habileté du racisme c’est d’avoir su se déguiser en se faisant rebaptiser « dérapage » justifiant ainsi l’inaction politique. Un pays qui accepte sans sourciller que ses citoyens noirs et d’origine maghrébine soient six à huit fois plus souvent exposés aux contrôles policiers que leurs concitoyens blancs ne peut raisonnablement croire que la question du racisme a été correctement traitée.

C’est parce que la République ferme les yeux sur les expressions les plus courantes du racisme, parce que le gouvernement n’a toujours pas conçu de plan national pour lutter concrètement contre le racisme, que celui ci s’affirme aujourd’hui de manière aussi choquante.

Vos réactions (12)
  • envoyer l'article par mail envoyer par mail
  • Version imprimable de cet article Version imprimable

Vos réactions

  • Cependant, nous sommes le pays d’ Europe qui compte le plus de mariages mixtes. Il ne faut pas confondre des comportements inacceptables de certains avec l’ ensemble des Français. Il faut combattre le racisme mais dire que la France est un pays raciste, c’est exagéré.

    Khadija Le 1er décembre 2013 à 15:13
       
    • Non, ce n’est pas exagéré Khadija, le fait que maints citoyens s’autorisent plus à s’aimer en France qu’ailleurs en dépit de la différence de leurs origines est sûrement une réalité, je ne veux pas remettre en question cette assertion qui me parait plausible.
      Mais cette réalité ne couvre en rien le ronronnement tranquille de pratiques policières tellement vieilles que nous les avons assimilées (en tant que Khadija, j’imagine que vous savez de quel systématisme fait preuve la police dans un contrôle routier par exemple, et que si un mâle à la peau foncé et aux cheveux bruns circule au travers d’un de ceux là, il a été, est et sera systématiquement contrôlé), de locations soudaines d’appartement au moment où l’on en passe le seuil, d’aggripage nerveux de sac à main au premier coup d’œil, d’absence criante de personnels noirs et arabes dans les commerces des centres-villes de province, de pourvoiements de postes à l’audition d’un nom ou la vue d’un visage, de biens d’autres vétilles loin d’être mortelles mais qui, mises bout à bout, composent un continuum comportemental authentiquement raciste dans notre pays depuis... Depuis longtemps.
      Les français individuellement ne sont pas racistes pour la plupart ou ne se le déclarent pas, mais les mêmes français vivent en profonde et innocente ignorance des humiliations citées ci-devant et peuvent sans soucis se persuader de leurs caractère affabulatoire. Nous savons vous et moi qu’il n’en est rien, que nous sommes également français mais dans une France un peu différente, où ces comportements existent et de longue date.
      Ces mêmes français ingénus sont en ce moment exposés à une très sévère campagne de rassemblement grégaire autour des valeurs racistes au sein de laquelle on a coutume d’affirmer non seulement qu’il est normal d’avoir des idées austracistes mais qu’en outre, il est criminel de se le voir reprocher. Cette campagne a été rendu possible par la banalisation de ce type de propos au cours des 10 dernières années dans les sphères les plus hautes de l’état, des sphères supposées exemplaires, et dans le même temps par l’abandon par la gauche de la défense de l’anti-racisme. En ne prenant plus la parole sur cette question, elle n’a d’abord plus osé le faire puis a terminé par reprendre elle-même la parole dans ce sens.
      La France est raciste mais ce n’est pas grave, les français eux, ne le sont pas nécessairement individuellement et lorsqu’il le deviennent, alors c’est la France qui ne doit plus l’être et c’est ce qui semble se passer.

      François-Jean Le 1er décembre 2013 à 21:49
    •  
    • Merci Khadija de rappeler que les comportements abjects d’une minorité ne sont pas les comportements de tous. Nous sommes 65 millions et 1% de racistes extrémistes un peu déséquilibrés, cela fait 650000 personnes, comme 1% d’islamistes sanguinaires cela fait 10 millions de personnes dans le monde...Oui, les gens se méfient les uns des autres, comme dans certains pays les urbains se méfient des ruraux et réciproquement. oui, les contrôles au faciès sont inadmissibles, oui, il y a des discriminations contre lesquelles les gens de bonne volonté essaient de lutter.
      Ce sont les contacts et les échanges, les rencontres, le partage de nos cultures, de nos fêtes, de nos célébrations, les invitations réciproques pour les repas , le baptêmes, l’aïd ou Noel qui nous rendront plus fraternels, pas les déclarations tonitruantes.
      .

      Dan Le 2 décembre 2013 à 13:41
    •  
    • NON, la France est un pays raciste depuis trés longtemps. Comme rien n’est fait, ni à l’école ni au travail, ni bien sur, dans la Police pour lutter contre, et bien en temps de crise (fausse et organisée) la plupart des gens "qui sont racistes" rejettent leur problèmes sur les gens de couleurs vu comme étrangers !

      Biojm2 Le 4 décembre 2013 à 01:26
  •  
  • Beau papier, mais une petite coquille à corriger : " si certains sembler penser" (4e paragraphe)

    Hélène Le 1er décembre 2013 à 16:03
       
    • HEUUU...... et sinon ???? à PART LA SEULe FAUTE HUMAINEMENT TROUVER Y A QUOI D’AUTRE CONSERNANT LE SUJET ?????

      n’auriez -vous pas une petite coquille à nous faire partager ?????

      Sinon à quoi ca vous à servie ????

      Etienne Le 2 décembre 2013 à 10:30
  •  
  • Merci Hélène. Désolé pour cet oubli. Corrigé !

    La rédaction Le 2 décembre 2013 à 10:05
  •  
  • Rokhaya Diallo mélange, sans doute volontairement, deux choses très différentes : l’aversion pour l’Islam comme religion et le racisme.Le racisme conssite à détester une personne pour une caractéristique à laquelle elle ne peut rien : sa naissance, son origine, sa couleur de peau. Etre antisémite, c’est du racisme. Etre antisioniste, c’est un choix politique (c’est le mien). De même, être anti-arabe, berbère, noir ou vert ou blanc, c’est du racisme. Etre anticlérical ou anti-islam, ou anti-hindouiste, c’est une opinion : on a le droit de penser que la religion chrétienne est dangereuse - ou non - pour la société, idem pour la religion musulmane , juive ou bouddhiste. Quand Rokhaya Diallo écrit poiur dénoncer les magazines qui titrent "Cet islam sans gêne", "Le spectre islamiste", "La peur de l’islam", "Islam : ces vérités qui dérangent", "L’Occident face à l’islam", "Les islamistes et nous", "Pourquoi l’islam fait peur", elle refuse de voir la réalité : AQMI, Boko Haram, Al Nosra, les morts quotidiens à Bagdad, les Talibans et les écolières, les zones tribales du Pakistan, les lois sur le blasphème, ...

    Dan Le 2 décembre 2013 à 13:50
       
    • et vous ? N’oubliez vous pas un peu vite l’état dans lequel "nos valeureux guerriers" ont mis ces pays ? C’est se foutre du monde que de répondre comme vous le faites. Les mouvements "terroristes" ne sont que le résultat des comportements des occidentaux. Rien d’autre !

      Biojm2 Le 4 décembre 2013 à 01:32
  •  
  • Je suis la plupart du temps d’accord avec Mme DIALLO. Sauf quand elle défend l’indéfendable Hamou Bouakkaz à Paris, qui a usé de 7 directeurs de cabinet et autant de collaborateurs en un seul mandat.

    Mickael Le 2 décembre 2013 à 16:21
  •  
  • Réponse à Biojm2.
    Ah bon, les lois sur le blasphème sont le résultat des comportements occidentaux ? Expliquez-moi, je suis ignard, j’aimerai comprendre. J’aimerai, rien que sur cet exemple, une argumentation de votre part fine et approfondie car vraiment je ne vois aucun lien -à priori- entre une loi sur le blasphème et le comportement des Occidentaux. Mais pour commencer dîtes-moi qui sont les Occidentaux, qu’est-ce qui les caractérise, qu’est-ce qui oriente leur politique ? Merci pour votre réponse car je ne demande qu’à être éclairée.

    Marif Le 21 décembre 2013 à 10:55
  •  
  • A Madame Diallo,

    Il n’y a pas eu une baisse de la vigilance des acteurs politiques et médiatiques, puisque ce sont ces mêmes acteurs qui exacerbent le racisme depuis des années. Donc il ne faut pas feindre de croire naïvement que celles et ceux, politiciens, journalistes voire militants associatifs pseudo humanistes à l’origine de toutes ces propagandes, apologies et incitations à la haine dans les médias dont vous avez compilé une partie vont soudainement dénoncer des faits divers violents et criminels qu’ils encouragent eux mêmes quotidiennement et dont ils sont d’une certaine façon idéologiquement complices.

    La seule raison de cette "indignation" hypocrite exprimée par des personnalités telles que Caroline Fourest à qui votre association a décerné ces dernières années un prix est de servir des intérêts politiques, ceux du ps notamment et de l’ump aussi à la veille des élections municipales. Ca n’est pas un hasard si seules les organisations d’extrême droite sont visées par ces accusations.

    On ne peut tout de même pas faire comme si la seule faute de ces institutions était la négligence, au pire l’indifférence alors qu’elles ont très largement participé à la propagation des idées nationalistes. Les expressions employées "la gauche dormait" ou "la république ferme les yeux" sont tout à fait inappropriées quand on sait que cette même république est à l’origine de la planification de la lepénisation des esprits.

    babeil Le 29 décembre 2013 à 00:56
  •  
Forum sur abonnement

Pour poster un commentaire, vous devez vous enregistrer au préalable. Merci d'indiquer ci-dessous l'identifiant personnel qui vous a été fourni. Si vous n'êtes pas encore enregistré, vous devez vous inscrire.

Connexions’inscriremot de passe oublié ?