Accueil > Economie | Par Bernard Marx | 5 décembre 2013

Europe : rien de bon à attendre de la grande coalition allemande

Les économistes ne sont pas tous des sales types... Revue de presse périodique de ce que disent les économistes sur le monde tel qu’il va et tel qu’il pourrait aller mieux.

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La politique européenne du futur gouvernement allemand de grande coalition dirigé par Angela Merkel fait l’objet d’une dizaine de pages sur les 185 de l’accord conclu entre la CDU, la CSU bavaroise et le SPD. Un programme qu’il faut considérer avec attention car contrairement aux programmes électoraux à la française, il s’agit d’une feuille de route détaillée destinée à être vraiment appliquée.
Or, il est clair que l’Europe n’a rien de bon à en attendre de cette future politique européenne de l’Allemagne qui ressemble à s’y méprendre à celle d’aujourd’hui. A ceci près qu’elle se fera avec la participation active de la composante la plus puissante du parti socialiste européen.

Voici ce qu’en dit Andrew Watt, chef du département de politique macroéconomique à l’institut allemand indépendant IMK, partenaire de l’Office Français des Conjonctures Economiques : « La partie sur l’Europe qui porte le titre "l’Europe Forte" s’ouvre avec une section sur "la responsabilité de l’Allemagne pour l’Europe", deux titres éminemment trompeurs. Les politiques prévues visent à s’assurer que l’Europe restera faible et "la responsabilité" de l’Allemagne limitée...
Le diagnostic des causes de la crise se concentre sur les dérapages budgétaires et le manque de compétitivité dans certains États membres et les solutions se focalisent sur "des réformes structurelles pour plus de compétitivité et sur un assainissement rigoureux des budgets publics" »
. Certes, note Andrew Watt « quelques os sont jetés aux sociaux-démocrates : la consolidation devrait être accompagnée par "des investissements socialement équilibrés dans la croissance et l’emploi", mais c’est une promesse gratuite, car l’accord ne contient aucun engagement clair sur des mécanismes pour de tels investissements supplémentaires... Dans cet ordre d’idées, on trouve aussi des mots de la langue social-démocrate sur la dimension sociale de l’intégration européenne comme « l’équilibre à trouver entre les libertés du marché et les droits sociaux fondamentaux », mais très peu de contenu concret ».

Selon l’accord, l’Allemagne se dit prête à accorder des prêts et une « assistance technique » pour aider des pays engagés dans les réformes structurelles de dévaluation interne supposées permettre de regagner de la compétitivité. « Voici certainement ce dont les pays de crise ont besoin, ironise Andrew Watt  : le parachutage des experts allemands de la réforme du marché du travail des années 2000, réforme dont les conséquences négatives sont maintenant avérées et partiellement reconnues dans le programme de la grande coalition ». « Pire encore, selon lui, l’accord rejette toute idée de mutualisation européenne de la dette publique. Au contraire, il réaffirme avec insistance qu’une aide européenne est un recours ultime qui doit être soumise à une stricte conditionnalité et à une approbation parlementaire ». « Entendez par là l’approbation du Bundestag », précise Andrew Watt.

La ligne est claire. La politique européenne de la grande coalition sera la même que celle conduite par le précédent gouvernement de Madame Merkel : « la poursuite des réformes brutales dans les pays en crise du fait de leur frénésie passée ; un peu d’aide de l’irréprochable Allemagne, mais seulement en dernier ressort et soumise à de strictes conditions ; Des règles européennes durcies pour éviter de récidiver dans l’avenir ».

Selon Andrew Watt, tout dans l’accord de gouvernement de coalition ne serait cependant pas négatif pour l’Europe. Des dispositions prévues en matière de politique intérieure qui s’écartent de la politique économique et sociale du précédent gouvernement « profiteront en réalité à l’Europe toute entière, en particulier l’introduction d’un salaire minimal national de 8,5 euros de l’heure à partir du début 2015 ». « Il ne faut pas sous-estimer l’importance de ces changements, écrit-il … Près de six millions de travailleurs allemands soit davantage que l’emploi total du Portugal, l’équivalent des 2/3 des Pays-Bas, vont bénéficier directement de hausses de salaire, parfois substantielles. Celles-ci renforceront la demande intérieure en Allemagne avec des retombées positives sur les exportations d’autres pays européens. D’autre part, les coûts salariaux plus élevés auront un impact positif sur la compétitivité des pays de la périphérie européenne, ce qui devrait permettre d’alléger les politiques d’austérité exigées d’eux ».

Il s’en faut cependant de beaucoup que la politique économique prévue par la grande coalition soit une véritable politique de relance qui bénéficierait à l’ensemble de la zone euro et ceci alors même que l’Allemagne a l’un des taux d’investissement (rapport entre l’investissement et la production intérieure) parmi les plus bas du monde, comme le souligne une récente étude de l’Institut DIW un autre institut économique allemand indépendant. « La plus grande faiblesse de l’Allemagne est un manque d’investissement, explique Marcel Fratzscher, le Président de cet institut. Une augmentation de trois points du taux de l’investissement serait nécessaire pour améliorer les perspectives de croissance du pays » Il faut, selon lui, accroitre aussi bien l’investissement dans le secteur public, particulièrement dans les infrastructures de transport et d’éducation, particulièrement vétustes, que dans le secteur privé, notamment pour mettre en œuvre la transition d’énergie.

Reste donc qu’un changement de cap en Europe se heurtera aux partenaires de la grande coalition allemande, CDU, CSU et SPD. Or, c’est justement un dirigeant de ce parti, l’actuel président du parlement européen, Martin Schultz, que les socialistes européens ont choisi pour être leur candidat à la Présidence de la Commission européenne. Dans chaque pays européen voter socialiste aux élections européennes du printemps 2014, sera voter Martin Schultz à la présidence de la Commission. Comme le disent les panneaux des passages à niveaux : « Attention un train peut en cacher un autre ! »

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