Accueil > Monde | Par Nathanaël Uhl | 2 mai 2013

Grèce : l’austérité jusqu’à l’os

Après le banquet des privatisations du patrimoine grec, l’Europe et le FMI s’attaque à la structure de l’Etat. Ils ont obtenu la suppression de 15.000 emplois de fonctionnaires d’ici 2014. Les politiques d’austérité épargnent toujours l’oligarchie hellène.

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En Grèce, c’est à l’os que s’attaque désormais la politique d’austérité. La troïka : Union et Banque centrale européennes ainsi que le Fonds monétaire international (FMI), ont obtenu du Parlement grec le vote, dimanche 28 avril, d’une loi supprimant 15.000 postes de fonctionnaires d’ici 2014. Ce vote constituait la condition pour que les « autorités » internationales débloquent une « nouvelle aide », soit un prêt de 8,8 milliards d’euros pour payer le traitement des fonctionnaires et les retraites.

La troïka poursuit donc son œuvre de démantèlement de l’Etat grec. La suppression de ces postes de fonctionnaires, qui ont pour but de mener l’action publique, intervient dans la foulée d’une grande vague de privatisations. Après la destruction de services publics élémentaires tels que la santé et l’éducation, la Grèce a été mise en demeure de vendre l’eau, les forêts et les fonds de mer, les ports, les aéroports, les entreprises publiques et bien d’autres. La protection collective est réduite à néant.

Dans ce grand banquet, la France ne reste pas inerte. Le président de la République s’est même fendu d’une visite officielle à Athènes le 20 février dernier pour placer les pions au profit des entreprises françaises. « Nous avons examiné la liste des privatisations avec Antonis Samaras », a rapporté François Hollande. « La France a par exemple un investisseur dans le secteur des jeux (intéressé par la loterie grecque qui est à céder) mais dans le domaine de l’énergie nous devons aller chercher plus loin », a-t-il admis, selon le quotidien La Tribune.

Cette grande braderie du « bien commun », selon l’Initiative des étudiant-e-s et des travailleurs-euses grec-que-s à Paris, répond aux exigences de la Banque centrale européenne et du FMI, qui ont débloqué un total de 240 milliards d’euros de prêts et « aides » à la Grèce. Il apparaît, pourtant, que les oligarchies grecques ne sont pas visées par les mesures d’austérité. Les armateurs ainsi que le clergé orthodoxe, par exemple, restent toujours exemptés de l’impôt. C’est le peuple qui est mis à contribution. La seule urgence, pour la troïka, semble bien de livrer au marché les derniers pans de l’économie grecque qui lui échappaient encore.

Les politiques d’austérité imposées en Grèce ont des résultats concrets : le pays connaît de sa sixième année consécutive de récession. La production nationale a baissé de 25 %, le taux de chômage atteint désormais 27 % et, chez les moins de 25 ans, il flirte avec les 60 %… Les suicides s’y multiplient et la santé générale de la population ne cesse de se détériorer. Ces quelques chiffres illustrent le propos que tenait Stathis Kouvélakis dans nos colonnes il y a un an : « Le laboratoire grec sert à radicaliser des politiques d’austérité ». Nul ne songe, sérieusement, à ce que la Grèce rembourse un jour sa dette.
En revanche, l’exemple grec a nourrit les politiques menées par l’Union européenne en Espagne, au Portugal et, peut-être bientôt, en France.

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