Accueil > Les économistes ne sont pas tous des sales types, par Bernard (...) | Par Bernard Marx | 28 janvier 2014

Hollande-Merkel, « la rigueur en stéréo »

« Le scandale est la pensée économique de la France », pas les affaires de cœur de son président : ce constat est celui d’un économiste dans le Financial Times pour fustiger les reniements de François Hollande et son ralliement à une version complètement anachronique de la "politique de l’offre".

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Alors que François Hollande a expliqué, au cours de sa dernière conférence de presse du 12 janvier, qu’il avait sans doute sous-estimé la gravité de la crise, l’entendre reprendre à son compte la loi de Say en a choqué plus d’un. Énoncée en 1803 par cet économiste et homme d’affaires français, cette "loi" selon laquelle « l’offre crée sa propre demande » revient en effet à nier la possibilité même d’une crise économique. Si l’offre créait vraiment la demande, les crises économiques ne pourraient provenir que d’événements politiques extérieurs ou de "perturbations" dans le bon fonctionnement du marché . Une pensée maintes fois recalée à l’épreuve des faits et aux antipodes de toute l’histoire de la pensée économique et politique progressiste... (1)

Après Paul Krugman, qui a qualifié son revirement « d’effondrement intellectuel », c’est l’économiste Wolfang Munchau, éditorialiste du Financial Times, qui considère que « l’étreinte de M. Hollande avec ce défunt économiste  » constitue « le vrai scandale politique dans la France d’aujourd’hui. (...) La pensée économique officielle à Paris n’a pas progressé depuis 211 ans ». Une pensée « qui ne sert à rien si vous voulez comprendre la crise financière et la récession qui a suivi ». [1]

« La position de Berlin a prévalu sur tous les points »

Ce ralliement a pourtant une grande portée. « L’étreinte de M. Hollande avec ce défunt économiste (...) a pour principale conséquence qu’elle rapprochera politiquement la France de l’Allemagne et qu’elle renforcera la stratégie actuelle de résolution de la crise de la zone euro... Jusqu’à ce qu’il soit élu président en 2012 , M. Hollande semblait offrir un point de vue alternatif rafraichissant. Il était favorable à la mutualisation de la dette et à d’autres solutions méprisées par Berlin et Bruxelles. Il avait également critiqué l’austérité. Une fois au pouvoir, rien de ce genre ne s’est passé ; il a perdu le fil de ces positions. Il n’a pas – ou peut-être jamais eu l’intention – de construire une coalition contre Angela Merkel, la chancelière allemande... Depuis, la position de Berlin a prévalu sur tous les points, y compris tout récemment encore avec l’accord sur l’union bancaire consistant à le réduire à une quasi – insignifiance. Le changement de la politique française aura un impact immédiat sur la périphérie de la zone euro. Si la France se donne la peine de s’aligner sur l’Allemagne, il ne faut attendre aucune pitié pour les autres. Le message de la rigueur sera diffusé en stéréo ».

Wolfgang Munchau est un pessimiste. Selon lui, ce que nous dit au fond la référence de François Hollande à la loi de Say, « c’est que le débat politique au sein de la zone euro est en grande partie terminé. Ceux qui sont favorables à un nouveau cadre de gouvernance, y compris à une époque les Français, ont perdu ». Mais on peut être moins pessimiste que lui. La bataille pour un nouveau cadre de gouvernance de la zone euro n’a pas été perdue. Elle n’a pas été menée.

Notes

[1Wolfgang Muchau estime que les principes de Say « restent le mantra de théoriciens de l’offre dans le monde entier. Baissez les impôts, augmentez la production, et l’économie prendra soin d’elle-même ».

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