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Accueil > Politique | Par La rédaction | 20 janvier 2014

IVG, la marche arrière n’est pas enclenchée

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« L’assemblée rouvre le débat sur l’avortement ». À première lecture, ce titre du Point laisse entendre que le droit à l’avortement serait remis à l’agenda de l’Assemblée nationale. Un titre qui tombe à point (sans mauvais jeu de mots), puisqu’il sonne presque comme une victoire des manifestants anti-IVG de La Marche pour la vie qui défilaient hier dans les rues de Paris. Autant dire qu’on aimerait bien que les grands médias contiennent leurs pulsions sensationnalistes lorsqu’ils titrent leurs papiers, car ils contribuent de fait à créer un climat « du possible ».

Or la controverse du jour porte sur l’un des deux amendements prévus dans le projet de loi présenté par Najat Vallaud-Belkacem, à savoir le remplacement de la notion de « situation de détresse » comme condition de recours à l’IVG par : « la femme enceinte qui ne veut pas poursuivre une grossesse ». Autrement dit, entériner dans la loi une réalité des faits, et non revenir sur un droit. Choisir de poser ainsi les termes du débat, ne serait-ce que dans les titres, c’est donner raison à Le Maire et Borloo selon lesquels l’amendement socialiste prendrait « le risque de rouvrir la boîte Pandore » (J.-L. Borloo) ; ou mieux : « Ça rouvre des divisions […] c’est toujours fragiles ces avancées, il peut y avoir des reculs, on l’a vu en Espagne. » (B. Le Maire) Avancer c’est prendre le risque de reculer, on notera au passage la pertinence du raisonnement…

Cette argumentation fallacieuse et les formulations ambiguës des médias français trouvent un écho particulier dans un contexte sur lequel les dramatiques retours en arrière en cours en Espagne (lire « L’Espagne à l’avant-garde d’une régression européenne ? ») ont jeté une lumière inquiétante : tout à coup, le droit à l’avortement apparaît potentiellement plus fragilisé qu’il n’y paraissait... L’affluence de la Marche pour la vie, nettement supérieure aux années précédentes, indique que les mouvements ultraconservateurs, revigorés par les mobilisations contre le mariage pour tous, ont retrouvé un pouvoir de nuisance significatif. Si ce dernier ne semble pas devoir se traduire par un soutien plus explicite de la part des partis de droite – qui perçoivent, pour le moment, plus le risque d’un tel soutien que les opportunités politiques qu’il recèle –, la tentation pourrait toutefois se consolider au cours des mois et des années à venir…

Quoi qu’il en soit, à Regards, on ne saurait trop conseiller à Bruno Le Maire de ramener le calme dans son propre camp. Les artisans du « recul » tant redouté ont le visage de ces députés UMP qui réclament le déremboursement de l’IVG s’il n’est plus restreint aux « situations de détresse ». Faire opposition de tout bois allume des feux parfois difficiles à éteindre !

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