Accueil > Monde | Bloc-note par Emmanuel Riondé | 30 septembre 2013

L’impuni et ses amis

Une diplomate française ayant eu maille à partir avec des soldats israéliens en Cisjordanie est rappelée en France. Normal : elle a « jeté de l’huile sur le feu ».

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Marion Fesneau-Castaing devrait bientôt disparaître de l’organigramme du Consulat général de France à Jérusalem où elle émargeait comme « Attachée de coopération humanitaire et sociale ». Sa mission au sein de la représentation diplomatique française auprès des Palestiniens est écourtée.

Vendredi 20 septembre, elle faisait partie d’un petit convoi de véhicules, avec d’autres diplomates et des humanitaires, venu porter de l’aide d’urgence à Khirbet al-Makhoul, dans la vallée du Jourdain. Un village de bédouins palestiniens dont l’armée israélienne avait détruit les habitations quelques jours avant, entraînant, selon le Bureau de coordination des affaires humanitaires de l’ONU (Ocha) le déplacement de « dix familles comprenant 48 personnes, dont 16 enfants ».
Le 20 septembre, les soldats empêchent le convoi de passer et malmènent certains de ses occupants. Dont Marion Fesneau-Castaing qui est mise à terre. Bousculades, quelques coups, la séquence est tendue comme en atteste la vidéo suivante :

Selon une technique relevant du b.a-ba de la propagande, la scène où l’on voit la française, debout, adresser une petite gifle à un soldat a été isolée et largement diffusée (un ralenti de 9 secondes) par divers websites pro-israéliens.

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Suite à cet incident, les autorités israéliennes ont fait connaître leur excuses/ mécontentement (barrer la mention inutile). Tandis qu’en face, François Hollande et Laurent Fabius ont protesté contre/n’ont pas réagi au (barrer la mention inutile) sort réservé à cette Attachée du consulat de Jérusalem. Enfin, si : Marion Fesneau Castaing a donc été rappelée en France.

Dans cette affaire, une fois de plus, Israël piétine les dispositions de la quatrième convention de Genève qui obligent les puissances occupantes à subvenir aux besoins (alimentaires et médicaux notamment) de la population occupée, ou au moins à permettre que leur parvienne une aide humanitaire [1]. Mais il ne lui en coûtera rien. Au contraire : l’impunité totale dont bénéficie le gouvernement israélien lui permet de laisser ses soldats maltraiter ceux qui tentent d’apporter un peu d’aide - fussent-ils des diplomates d’un pays ami -, de se plaindre du comportement de ces derniers et... d’être entendu par leurs dirigeants.

Impunité totale, déséquilibre patent du rapport de force (on parle là du geste d’humeur d’une femme en civil face à un soldat armé), lâcheté crasse des chancelleries, rien de nouveau, à vrai dire, dans cette histoire. D’autant moins que ce n’est pas la première fois que cela arrive. A plusieurs reprises au cours des dernières années, des diplomates, journalistes et bien sûr militants internationaux (cf. La flotille au printemps 2011), tous pacifistes et désarmés, ont été retenus et/ou bousculés par les soldats de Tsahal. Expulsés parfois ou interdits d’entrer. Au bon vouloir de Tel Aviv.

Cette fois, l’incident se produit au moment où le gouvernement français vient de muter plusieurs diplomates loin du Proche-Orient. Sur son blog, le journaliste Georges Malbrunot indique ainsi que récemment l’Ambassadeur aux Emirats arabes unis, Alain Azouaou, a été envoyé en Irlande et remplacé par Michel Miraillet, « connu pour son tropisme favorable à Israël » et que le Consul-général de France à Jérusalem, Frédéric Desagneaux, a été dépêché au Vénézuéla. Le premier était un diplomate « arabisant, fin connaisseur du Golfe » et le second un « excellent connaisseur du problème palestinien » selon Malbrunot qui, dans son billet, voit dans cette succession de nomination la poursuite d’une « chasse aux sorcières » entamée « sous Kouchner en 2007 ».

Tout le monde ne s’en alarmera pas. Dans un petit papier consacré ce week-end à « l’affaire » Marion Fesneau Castaing, le correspondant du Monde à Jérusalem se lâche : la gratifiant du peu flatteur titre de « diplomate boxeuse » (un peu de dérision bien tournée, ça permet de ne pas perdre de temps sur les questions de fond), il se livre à une conclusion sans appel : « A l’évidence, l’incident de la diplomate boxeuse, en jetant de l’huile sur le feu, se révèle contre-productif pour la pérennité de l’action humanitaire en faveur des Palestiniens. » Si demain des bédouins de la Vallée du Jourdain n’ont plus de toit sous lequel dormir et peinent à remplir leur assiette, c’est la faute aux incidents provoqués par les diplomates européens qui jettent « de l’huile sur le feu ». Un feu qui s’est allumé et brûle tout seul. A l’évidence.

Notes

[1notamment les articles 55, 56 et 59 de la dite convention

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