Accueil > Economie | Par Bernard Marx | 24 janvier 2014

Mener campagne contre le coût du capital

Le combat contre le coût du capital – qui a doublé depuis 1999 au détriment d’une meilleure répartition des revenus –, devrait constituer un des objectifs prioritaires du Front de gauche. À plus forte raison dans le contexte du "Pacte de responsabilité". Explications.

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Le PCF a décidé en novembre 2013 de lancer une campagne nationale contre le coût du capital et pour une nouvelle expansion sociale. Avec le pacte de responsabilité de François Hollande, axé sur la baisse du coût du travail, cette initiative est encore plus opportune. Il me semble que c’est à ce genre de campagne que les diverses composantes du Front de gauche devraient s’attacher à donner le plus de retentissement possible, bien davantage qu’aux altercations à la Warner Brothers sur le droit de propriété politique de la marque "Front de gauche". La CGT a, elle aussi, lancé en décembre sa propre campagne sur le thème du coût du capital.

Coûts directs du capital VS cotisations sociales employeurs

Dans les matériaux de la campagne du PCF, voici le graphique de base publié par la revue Économie et Politique qui a consacré à celle-ci l’essentiel de son numéro de novembre-décembre 2013, mis en ligne sur son site.

Source : www.economie-politique.org

Dans une première approche, explique l’économiste Frédéric Boccara, les coûts du capital, ce sont les dividendes versés par les entreprises et leurs charges financières d’intérêts bancaires. Cela représente en 2012, pour l’ensemble des entreprises françaises (non compris les banques et les assurances) un prélèvement de près de 300 milliards d’euros sur les revenus des entreprises (230 milliards d’euros pour les dividendes et 69 milliards d’euros de charges d’intérêts). Cela représente 30 % de la valeur ajoutée de ces mêmes entreprises. C’est aussi le double de leurs cotisations sociales employeurs effectives qui, elles, se sont élevées à 158 milliards d’euros en 2012. C’est 50% de plus que les dépenses d’investissements matériels de ces mêmes entreprises (197 milliards d’euros en 2012).

Des « dépenses de prédation »

Depuis 1999, ce coût du capital a vu son montant doubler en euros courants. C’est beaucoup plus que la croissance des richesses créées par les entreprises – qui elle-même s’est ralentie. Résultat : son poids est passé de 21 % de cette richesse en 1999 à 29 % en 2012. Il était de 14 % en 1980. Quant aux banques et aux assurances, d’un côté elles perçoivent l’essentiel des charges d’intérêt des autres entreprises (170 milliards) et une part non négligeable des dividendes versées aux actionnaires (50 milliards en 2012), de l’autre, elles en versent 40 milliards à leurs actionnaires, soit deux fois et demi le montant de leurs investissements matériels.

La hausse de ces prélèvements n’entraîne ni les investissements productifs, ni l’innovation, ni la compétitivité des entreprises françaises. Cela représente donc, dit Frédéric Boccara, « un prélèvement de prise sur les richesses créées, devenant de plus en plus des dépenses de prédation... s’accumulant à un capital situé ailleurs ».

En opposition à la baisse des cotisations sociales employeur qui financent des dépenses sociales, le plus souvent utiles, mener campagne pour des mesures de réduction des dividendes, de limitation des rémunérations des dirigeants des grandes entreprises (non comptés dans les dividendes distribués), ou encore pour une réforme de la fiscalité sur les bénéfices, a donc du sens. Mais bizarrement, je ne l’ai pas retrouvé dans les propositions de la revue Economie et Politique.

Pas seulement un problème de répartition

Cela dit, le coût du capital ne se limite pas à ces prélèvements. Il y a aussi les investissements financiers, comme les rachats d’actions par les entreprises pour soutenir le cours en bourse, ou des amortissements gonflés des équipements. « On peut encore compter les charges de crédit-bail, mais aussi les loyers des immeubles, voire les royalties des brevets ou des marques, qu’on peut estimer à environ 100 milliards d’euros, mais qui sont incluses (noyées) dans les paiements de services ».

Le coût excessif et croissant du capital n’est donc pas seulement un problème de répartition des revenus. « C’est l’expression d’un pouvoir, explique Frédéric Boccara. Le capital, à travers le capital financier qui en est une forme particulièrement élaborée, impose ses vues, ses décisions (licenciements, investissements), sa logique, à l’activité des entreprises et, partant, à une grande part de l’activité économique. Et c’est l’expression enfin d’un type de croissance : celui qui respecte les exigences de la rentabilité. On produit d’abord pour rentabiliser le capital, le reste est second ».

D’autres réformes de structures

C’est pourquoi le combat contre le coût du capital mène tout droit à des campagnes axées non pas seulement sur la demande, qui n’est pas automatiquement une politique de gauche, mais aussi sur l’offre, qui n’est pas forcément une politique de droite, avec des réformes de structure très différentes de celles prônées par les élites en place. Dans les termes du projet du PCF :

  • « Un nouveau crédit bancaire, porteur d’une nouvelle sélectivité, avec un autre rôle des banques, de la BPI (banque publique d’investissement), d’un pôle public bancaire français, de la BCE, mais aussi un rôle tout particulier des fonds régionaux.
  • Un autre comportement des entreprises, avec de nouveaux critères de gestion (notamment dans les entreprises publiques), articulés avec d’autres pouvoirs des travailleurs.
  • Un autre rôle de l’État à deux niveaux : les aides publiques (autre nature, autre conditionnalité), la fiscalité qui doit être incitative à la baisse du coût du capital et à d’autres dépenses de développement, en poussant leur efficacité et non leur gâchis.
  • De nouvelles institutions publiques et sociales, à tous les niveaux, pour examiner et suivre les coûts, l’utilisation des fonds versés aux entreprises... »
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Vos réactions

  • Je crois qu’il vaut beaucoup mieux faire campagne contre le capitalisme et pour un vrai socialisme du 21eme siècle que contre le coût du capital.
    Pourquoi toujours chercher à ramasser le plus de miettes possible que nous laisse sur la table les bourgeois quand il est envisageable et nécessaire d’aller prendre le gâteau, quitte à leur en laisser une part ?
    La redistribution des richesses est un leurre car il fait croire que le capitalisme peut se permettre de céder une part des richesses qu’il accapare. Mais tout au contraire, pour sa survit, le capitalisme doit sans cesse augmenter la part qu’il dérobe sur la valeur créée par le travail.
    Pour le bien commun, réexpliquons le capitalisme et dénonçons le !

    Rakham Le 28 janvier 2014 à 11:29
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