Accueil > Société | Par Nicolas Kssis | 11 octobre 2013

La fin de la gratuité du sport à la télé

Ce sera bientôt un temps que les moins de 20 ans n’auront pas connu. Une période où il suffisait de régler sa redevance pour regarder librement les JO ou les Bleus s’en prendre 2 face à la RDA en qualification pour la coupe du monde de 1986 . De toute manière, le sport se faisait rare dans la petite lucarne. Désiré et accessible, il se résumait souvent aux matchs des sélections tricolores, aux finales de coupe de France (ballon rond ou ovale) et bien sûr au Tour de France et Rolland Garros. Or désormais même ces deux valeurs sûres de l’audimat de France télévision semble menacées de tomber du côté obscure de la télé. Faudra-t-il bientôt sortir la carte bancaire pour pouvoir regarder Nadal contre Federer ?

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La grande bataille des droits télé a laisser de fait sur la touche la plupart des groupes publics en Europe et en France singulièrement. Canal Plus avait ouvert le bal en s’accaparant le championnat de France, alors D1. Aujourd’hui, les Qataris de BeIN Sport lui ont taillé des croupières en mettant y compris la main sur une partie de la Champion League. Les disciplines mineures comme le hand ou le rugby sont passées au crypté et à l’abonnement obligatoire. Quand on connaît l’ampleur des fonds déversés par les collectivités en faveur du sport pro (constructions de stades, subventions « cachées », aides diverses) le contribuable lambda pourrait pourtant légitiment avoir l’impression d’avoir déjà payé son précieux et couteux sésame. Cette overdose fiscale ne semble bizarrement provoquer que peu de réactions indignées (les Niçois vont bien payer 6 millions par an pour l’Allianz Riviera de l’OGC Nice avec la bénédiction de leur très droitier maire Estrosi).

Que reste-t-il alors à la population ? Surtout que ce sont aujourd’hui les compétitions internationales telles que les coupes du monde ou les Euros qui sont concernées. Cette dérive a au moins eu le mérite d’achever l’illusion « patriotique » qui nimbe ces rencontre d’un aura de dignité éthique et « populaire » (au point que de l’Argentine au Maroc, certains régimes se gavent de populisme a peu de frais en « acquérant » les droits le temps d’un événement, il s’avère certes plus facile de donner 90 minutes de jeu qu’un système éducatif à son peuple). Le mondial n’est finalement dorénavant que l’espace supérieur du foot pro, aussi bien pour les joueurs que pour les sponsors, à quelques exceptions près. Pour rappel, L’UEFA reverse 100 millions aux clubs pour les dédommager d’un Euro où leurs stars prennent néanmoins de la valeur sur le marché des transferts et gagnent en notoriété !

Quelle solution reste-t-il, à part les sites pirates de streaming ? On serait tenté de répondre, dans ce cas comme ailleurs, le courage politique ! Mais il semble aussi rare qu’un Français en maillot jaune. Lors de l’Euro 2016, qui se jouera en France, dans des enceintes réalisées en grande partie avec de l’argent public, la majorité des matchs ne seront pas librement accessibles. BeIN Sport va d’ailleurs débourser 51 millions d’euros pour ce « petit monopole ». Seule « protection », un décret garantit chez nous la diffusion en clair des rencontres de l’équipe de France, des demi-finales et de la finale. Sauf qu’entre-temps la cour européenne de justice a rendu un avis fort intéressant reconnaissant aux États la capacité « à protéger le droit à l’information et à assurer un large accès du public aux retransmissions télévisées de ces événements ». Bref, en dépit des pressions des multinationales du foot, un gouvernement peut réserver la diffusion de la coupe du monde et de l’Euro à des chaînes diffusées en clair. Reste juste à profiter de cette aubaine. Or à écouter les premières déclarations du groupe de travail sur « le foot durable » mis en place par Valérie Fourneyron, il s’agit surtout de « sécuriser » financièrement les pensionnaires de la L1. Cela risque de se révéler quelque peu contradictoire non ?

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