Photo Association Touche pas aux Bluets
Accueil > Société | Par Philippe Ridou | 5 juin 2013

La maternité des Bluets risque la mort clinique

L’institution pionnière de l’accouchement sans douleur est en proie à la faillite. Au-delà de la défense de leurs emplois, les salariés se battent pour sauver une qualité de soin qui fait leur identité. Ils demandent l’intervention à la ministre de la Santé, Marisol Touraine.

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« À bas les naissances infernales ! » Tel pourrait être le cri des salariés de la maternité des Bluets. Une institution parisienne qui prône et met en œuvre, depuis bientôt soixante-dix ans, une qualité de soin et de prise en charge des femmes qui ont fait sa réputation d’excellence [1]. Sous la pression de l’Agence régionale de santé (ARS), l’association Ambroise Croizat qui gère la maternité a dû déménager et augmenter drastiquement son nombre d’actes annuels. Désormais, la maternité assure 3000 accouchements, 1000 IVG et 1200 procréations médicalement assistées – le tout à personnel constant. Malgré cela, l’association est au bord de la cessation de paiement. Le sort de plus de 500 salariés est en jeu et avec lui tout un savoir faire.

« La naissance n’est pas rentable en région parisienne », assène Virginie Gossez, sage-femme, 30 ans de métier, cofondatrice en 2008 de l’association Touche pas aux Bluets. La raison est enfantine, elle tient dans la tarification à l’acte (T2A) instaurée depuis bientôt dix ans. Non seulement les recettes issues des activités hospitalières déterminent les dépenses (et non plus l’inverse), mais le coût d’une naissance physiologique est sous-évalué par rapport à son coût réel. À terme, ça crée obligatoirement un déficit. De fait, celui des Bluets - établissement privé à but non lucratif - atteint 4 millions d’euros.

Un bras de fer s’est engagé avec l’ARS d’Île-de-France, dirigée par l’ancien ministre socialiste de la Santé Claude Evin. Fin 2012, l’agence a versé 1,4 millions d’euros conformément à ses premiers engagements. Raquel Secades, la secrétaire générale de l’association Ambroise Croizat, qui assure actuellement l’intérim de la direction, vient de lever la crainte d’une cessation de paiement pour le mois de juin. Cependant, s’il n’y a pas de versement d’aides supplémentaires tout reste à craindre. Un Commissaire aux comptes doit se prononcer sur la situation financière de l’association. Dès le mois d’août, le tribunal peut déclarer la faillite, au mieux ce sera en octobre.

Alain Bertho [2] sur son blog Mediapart pointait l’incohérence de Sandrine Mazetier, actuelle vice-présidente socialiste de l’assemblée nationale, en rappelant ses propos tenus avant la présidentielle. Elle critiquait alors « l’Agence Régionale de Santé (ARS), qui relaie la politique du gouvernement, remet en cause l’accompagnement financier de la Maternité des Bluets et lui demande d’assurer 200 accouchements et 200 procréations médicales assistées supplémentaires, à effectif constant, au nom de la « productivité ». Et de conclure : « En matière de santé, une nouvelle fois, l’État impose une logique comptable » alors que « l’ARS doit reconnaître les spécificités de la maternité les Bluets. »

Virginie Gossez insiste : « Il y a les trois centres de rééducation professionnelle qui sombrent avec nous si nous fermons. Au total, 550 personnes perdraient leur emploi : 220 personnes à la maternité (en comptant la cinquantaine de vacataires) et plus de 300 pour les centres de rééducation. » C’est pourquoi les salariés et les usagers de la maternité se rendront jeudi 6 juin à 14 heures au Ministère de la Santé interpeller Marisol Touraine. Pour lui rappeler que l’État doit tenir ses engagements et que l’ARS verse pour les deux prochaines années le reste de l’aide, c’est-à-dire les 4 millions d’euros.

Notes

[1Depuis 2008, la maternité des Bluets est reconnue « hôpital ami des bébés ». Un label décerné par l’Organisation mondiale de la santé (OMS) et l’Unicef.

[2Professeur d’anthropologie à Institut d’Etudes Européennes, Université de Paris 8.

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