Accueil > Politique | Par Mathieu Dejean | 7 novembre 2013

Le FN, c’est toujours la même histoire

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Dominique Albertini et David Doucet, respectivement journalistes à Libération et aux Inrockuptibles, livrent une enquête rigoureuse jalonnée de nouvelles révélations sur l’histoire du FN. L’une des suggestions les plus intéressantes émise par les auteurs se résume cependant à une question : ne peut-on pas considérer l’histoire du FN comme l’éternel recommencement d’une entreprise de dédiabolisation ? En effet le FN est créé en 1972 pour rendre respectable Ordre nouveau, et ce n’est qu’au terme d’une lutte fratricide que Le Pen est parvenu à s’en approprier le nom ; dans les années 1980-1990 Bruno Mégret, qui quitte le RPR en 1982, s’attèle à « recentrer » le FN et à briser son ostracisme dans le but de l’amener aux responsabilités ; enfin Marine Le Pen tente depuis 2011 – avec un relatif succès – d’expurger son parti de ses membres les plus folkloriques pour apparaître en femme politique crédible et responsable. Chaque fois pourtant le FN a replongé dans la radicalisation. Dans les années 1970 le FN tombe sous l’influence des nationalistes révolutionnaires de François Duprat ; en 1988 Le Pen dérape et chute sur un fameux « point de détail » ; dans la seconde moitié des années 1990 le FN se rapproche des skins du GUD et des Jeunesses Nationalistes Révolutionnaires, Le Pen allant jusqu’à proposer à leur leader Serge Ayoub d’être candidat frontiste aux municipales de 1995. Invariablement le FN est ramené à sa substantifique moelle d’extrême droite. Les auteurs nous rappellent que la « dédiabolisation » mariniste a aussi connu des ratés : lorsque Laurent Ozon a tenté d’ « expliquer » le geste d’Anders Breivik en 2011 par exemple. Enfin le jeu de séduction entre Marine Le Pen et le site « Fdesouche », « qui défend une idéologie ethno-différentialiste bien loin de la dédiabolisation [qu’elle prône] », donne la mesure de l’écart entre la base frontiste et le discours officiel. Pourtant le FN est à son apogée, et les auteurs remarquent que ni la condamnation morale, ni la stratégie mimétique de Patrick Buisson ne sont efficaces pour l’endiguer.

Histoire du Front National, de Dominique Albertini et David Doucet, éd. Tallandier, 2013, 360p., 20,90€.

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