Accueil > Economie | Par Bernard Marx | 26 novembre 2013

« Le capital au XXIème siècle » de Thomas Piketty

Vos réactions
  • envoyer l'article par mail envoyer par mail
  • Version imprimable de cet article Version imprimable

Dans le climat actuel des idées et des politiques mettant en accusation le travail, son coût et les droits sociaux des salariés présumé excessifs, il est d’utilité publique que le débat porte sur le capital.
La nouvelle somme de Thomas Piketty, directeur d’études à l’EHESS et professeur à l’École d’économie de Paris et la médiatisation qui l’entoure sont donc appréciables.
Le travail de Thomas Piketty porte essentiellement sur la répartition des richesses et sur leurs inégalités. Le plus gros du livre est consacré à étudier l’histoire des patrimoines et du capital depuis le XVIIIe siècle et la révolution industrielle. Il repose sur un énorme travail statistique conduit par l’auteur en collaboration internationale avec de nombreux chercheurs.

L’enjeu est posé dès la première page : il s’agit de savoir si la dynamique du capitalisme « conduit inévitablement à une concentration toujours plus forte de la richesse et du pouvoir en quelques mains comme l’a cru Marx au XIXe siècle ? Ou bien les forces équilibrantes de la croissance, de la concurrence, et du progrès technique conduisent-elles spontanément à une réduction des inégalités et à une harmonieuse stabilisation dans les phases avancées du développement, comme l’a pensé Kuznets au XXe siècle ». (Simon Kuznets est un économiste américain d’origine russe, l’un des pères des comptabilités nationales après la 2ème guerre mondiale, prix Nobel en 1971). Les réponses apportées quoiqu’« imparfaites et incomplètes » sont sans ambiguïté. La dynamique historique du capitalisme est effectivement une dynamique de concentration des patrimoines et des revenus. Un rééquilibrage a eu lieu au XXe siècle. Il est le résultat des destructions de patrimoine des deux guerres mondiales, des nationalisations et des institutions sociales de l’après-guerre qui ont réduit l’accumulation du patrimoine privé et favorisé une croissance forte plus proche de celle du rendement du capital. Mais depuis les années 1970 le mouvement s’est inversé, retrouvant la dynamique historique fondamentale du système. A tel point qu’actuellement, au début des années 2010, la totalité de ce que possèdent les Français en patrimoine mobilier, financier est de l’ordre de six à sept années de revenu national, soit le niveau de la « belle époque »au début du XXe siècle, alors qu’en 1950, 1960, on en était à deux ou trois années.

Bien entendu les différences sont sensibles d’un siècle à l’autre et entre les pays, selon l’histoire et les luttes sociales et politiques de chacun d’entre eux. Le capital a changé de main. La terre et la dette publique comptent moins que le capital industriel et financier et le patrimoine immobilier. Une classe moyenne patrimoniale a émergé dans tous les pays riches depuis le milieu du siècle dernier. La concentration des patrimoines aux USA était moins forte qu’en Europe au XIXe siècle. Elle est maintenant plus élevée ainsi que les inégalités de salaires avec l’émergence de rémunérations extrêmement élevées, notamment parmi les cadres dirigeants des grandes entreprises et de la Finance.

Le capital au XXIème siècle, Les livres du nouveau monde, éd. Seuil, 968 pages, 25 euros.

Vos réactions
  • envoyer l'article par mail envoyer par mail
  • Version imprimable de cet article Version imprimable

Vos réactions

Forum sur abonnement

Pour poster un commentaire, vous devez vous enregistrer au préalable. Merci d'indiquer ci-dessous l'identifiant personnel qui vous a été fourni. Si vous n'êtes pas encore enregistré, vous devez vous inscrire.

Connexions’inscriremot de passe oublié ?