Accueil > Monde | Par Jean-Baptiste Mouttet | 16 avril 2013

Le défi de Maduro : poursuivre la révolution bolivarienne sans Chavez

La courte victoire du dauphin de Hugo Chavez ne facilite pas la tâche des socialistes. Le président nouvellement élu devra réformer, poursuivre la révolution bolivarienne et réunir le pays tout en renforçant sa légitimité. Une correspondance de Caracas.

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Climat tendu au Venezuela. Alors que Nicolas Maduro, désigné par Hugo Chavez comme son successeur le 8 décembre dernier, était proclamé président devant le Conseil national électoral (CNE), lundi, des habitants de Caracas ont fait teinter leurs casseroles en signe de protestations tandis que d’autres sortaient des drapeaux rouges à leurs fenêtres. Plus que jamais le pays est visiblement divisé en deux.

Les deux principaux adversaires politiques sont sortis des urnes au coude à coude. Avec 99,17% des bulletins dépouillés, le CNE a donné seulement 50,71 % des suffrages à Nicolas Maduro. Son opposant, Henrique Capriles, est parvenu à se hisser à 48,98 %. Ce dernier a séduit jusqu’aux chavistes déçu par l’intérim du successeur du comandante. Le chef de file de la coalition d’opposition a contesté les résultats et demandé à ce que tous les votes soient recomptés. Une demande refusée. Henrique Capriles a notamment évoqué 3200 incidents qui auraient influencé le résultat. Dans différents états du pays des opposants ont manifesté devant les locaux du CNE.

Nicolas Maduro, est loin des 55% des suffrages obtenus par son mentor lors des présidentielles du 10 octobre et il devra donc avant tout asseoir sa légitimité. Sa stratégie consistant à se référer sans cesse au président défunt durant toute sa campagne - il a raconté à plusieurs reprises qu’Hugo Chavez lui était apparu sous la forme d’un oiseau pour lui donner sa bénédiction pour la campagne présidentielle -, est un semi-échec. Il a en effet préféré se poser en héritier, jouer sur la corde sentimentale de nombreux vénézuéliens bouleversés par la perte du fondateur de la révolution bolivarienne plutôt que d’insister sur les préoccupations quotidiennes de la population. Ces dossiers, parfois sensibles, attendent pourtant le président nouvellement élu.

Des réformes à venir

Il devra s’attaquer à l’inflation. La dévaluation de 32% annoncée le 8 février, afin de résorber le déficit public (10% du produit intérieur brut), n’a fait qu’empirer la situation. Selon la Banque centrale du Venezuela, l’inflation était de 22,10% pour ce seul mois. Cette mesure a été un handicap dans la campagne du dauphin de Chavez. « Tout a augmenté. J’ai voté Capriles parce que lui a dit qu’il allait s’y attaquer », raconte Luzmila, employée d’une boulangerie. Des hausses de prix nourries par une économie tout entière tournée vers le pétrole et qui dépend donc beaucoup des importations.

L’industrie pétrolière est d’ailleurs elle aussi critiquée, le gouvernement avouant lui-même ne pas parvenir à tenir ses objectifs de productions. Entre 2011-2012, au lieu de sensiblement augmenter, les exportations de barils ont presque stagné. Elles sont passées de 2,46 millions de barils en 2011 à 2,5 en 2012.

Autre chantier : l’insécurité. Thème de la campagne, elle préoccupe les Vénézuéliens qui attendent des réponses rapidement. Le gouvernement dénombre 16.072 assassinats en 2012 mais il y en a eu 21.692 selon l’Observatoire vénézuélien de la violence pour qui 90% de ces crimes demeurent impunis. Nicolas Maduro a promis le désarmement de la population comme l’avait fait Chavez avant lui.

Ces mesures, qui seront parfois impopulaires, nécessitent un PSUV (Parti socialiste uni du Venezuela) soudé derrière son président. Les résultats de dimanche soir n’impose cependant pas encore Nicolas Maduro comme chef incontesté.

Le nouveau président doit-il pour autant rompre avec l’héritage de son mentor ? Pour Ana Cereno, habitante de Ciudad Caribia, une ville construite sous le défunt président socialiste pour résorber le problème du logement, la réponse est clairement non : « Je ne veux pas que Nicolas Maduro copie Chavez mais qu’il poursuive la révolution bolivarienne. » Elle énonce la poursuite des missions qui ont permis de réduire la pauvreté ou l’amplification de la démocratie participative à travers les conseils communaux, ces assemblées d’habitants menant la politique des quartiers.

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