Accueil > Economie | Par Bernard Marx | 20 janvier 2014

Le pacte de responsabilité, « un effondrement intellectuel »

Non seulement le pacte de responsabilité constitue une grave capitulation politique de la part du président de la République, mais il va aussi s’avérer inefficace sur le plan économique. Et ce sont ceux qui prônent une "politique de l’offre" qui le disent...

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Il fallait s’y attendre. François Hollande n’a exaucé aucun de mes vœux concernant son « pacte de responsabilité ». Il a choisi de réaliser ceux du MEDEF, notamment cette vieille revendication de son prédécesseur le CNPF, de supprimer les cotisations patronales pour la branche famille de la sécurité sociale, et de compenser ce coût en coupant dans les dépenses publiques.

« Scandale en France » a commenté l’économiste Paul Krugman dans le New York Times, précisant qu’il visait bien la politique économique annoncée par le président lors de sa conférence de presse et non sa pratique du scooter. « C’est un signe de l’impuissance du centre-gauche européen, a-t-il ajouté. Depuis quatre ans, l’Europe a été en proie à la fièvre de l’austérité, avec des résultats pour la plupart désastreux... On était en droit d’attendre que les hommes politiques de centre gauche réclament vigoureusement un changement de cap. Pourtant, partout en Europe, le centre-gauche a, au mieux (par exemple, en Grande-Bretagne), formulé de faibles critiques, et s’est contenté le plus souvent de se soumettre en grinçant des dents. Quand M. Hollande est devenu le leader de la deuxième économie de la zone euro, certains d’entre nous espéraient qu’il pourrait prendre position. Au lieu de cela, il est tombé dans le mouvement de recul habituel – un mouvement de recul qui s’est transformé en effondrement intellectuel. Et la deuxième dépression de l’Europe continue ».

Captation des gains par les entreprises

Car le plus grave dans cette affaire, c’est que cette politique ne peut réussir. L’économiste Patrick Artus, pourtant convaincu que les problèmes économiques de la France sont une affaire d’offre et non de demande, le reconnaît lui-même. Il s’y reprend même à deux fois pour l’analyser (c’est ici et ) « Le Pacte de responsabilité », explique-t-il, répond à une volonté « d’accélération et d’approfondissement des réformes menées jusqu’à présent pour "soutenir l’offre" via la restauration des marges opérationnelles des entreprises françaises ». Pour lui, pas de problème, c’est la bonne direction. Sauf qu’il doit admettre deux gros hics.

D’abord, « dans le contexte actuel de surcapacités productives toujours substantielles et de faible demande anticipée, il nous semble qu’il est en effet toujours un peu tôt pour envisager l’ouverture d’un nouveau cycle d’investissement – a fortiori d’emploi... Le scénario de court/moyen terme le plus plausible à nos yeux reste, malgré les contreparties évoquées, celui de la captation quasi-intégrale des gains par les entreprises via le redressement de leur profitabilité et son affectation, pour l’essentiel, au désendettement et à la reconstitution des trésoreries  ». Sans oublier, bien sûr l’augmentation des dividendes pour les actionnaires. L’économiste, qui sait que les prévisions sont difficiles, surtout lorsqu’elles concernent l’avenir, manie volontiers la litote. « Scénario le plus plausible » veut dire quasi-certitude.

Une politique totalement inadaptée

Deuxième problème : « La baisse des marges bénéficiaires n’est pas un phénomène global. Elle n’existe que dans cinq branches d’activités sur treize ». Elle n’apparaît pas dans la construction et dans les services hors télécom, c’est-à-dire notamment pas dans la finance. Dans les télécommunications, on sait qu’il s’agit d’un effet de la dérèglementation (quatrième opérateur), c’est-à-dire d’un renforcement de la concurrence considérée pourtant comme l’alpha et l’oméga des réformes de structures supposées redynamiser l’économie et l’emploi.

La baisse des marges ne concerne donc que « quatre branches exposées à la concurrence étrangère : matériel de transport, biens de consommation et biens intermédiaires, biens d’équipement et tourisme ». Et, dit Patrick Artus, elle vient « du recul ou de la stagnation des prix, c’est-à-dire de l’incapacité des entreprises à passer les hausses de coûts dans les prix. Il s’agit donc d’un problème de concurrence étrangère, et pas d’évolutions domestiques. La manière naturelle de le traiter serait une dévaluation. Baisser les charges sociales des entreprises n’est pas normalement une politique adaptée : elle réduit le coût du travail dans toutes les branches, y compris celles où les marges bénéficiaires sont élevées, alors que le problème ne se pose que dans quatre branches et qu’il s’agit d’un problème de prix. Il y a donc, en cas de baisse des charges, un effet d’aubaine dans neuf branches sur treize ».

Les baisses de cotisations patronales peuvent être considérées, au même titre que les fameuses niches fiscales, comme des dépenses publiques. Officiellement du reste on appelle cela des dépenses fiscales. Si l’on cherche des économies à réaliser sur les dépenses publiques inefficaces, commençons donc par ne pas les augmenter de quelques 15 milliards d’euros de baisse des cotisations sociales patronales en plus des 20 milliards de CICE déjà mis en œuvre par le gouvernement...

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5 novembre 2019
Par Amandine Mathivet

Au turbin !

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  • Bonjour ! raymond.chermat.over-blog.com
    D’où vient l’argent ? Notre maître à tous et, Où va-t-il ?
    L’exhaustivité de la nature est impossible, c’est une merveille absolue, elle accepte d’être habitée,observée, étudiée par nous, mais, elle nous crie : " Ne touchez pas à mon écosystème ! ".

    La nature répétons-le est une merveille, touchez inconsidérément à son écosystème c’est s’autodétruire -suicide collectif !-.

    Ce constat il faut le faire collectivement à l’aide de la science et la philosophie.

    Les religions n’y peuvent rien, elles nous apportent tous les jours des preuves, que les combats verbaux, voire les guerres entre elles, sont irrespectueux de la planète sur laquelle elles évolent.

    De profondes réflexions doivent se faire dès l’école, la VIE en dépend.

    La nature a des bases simples, utilisons-les pour nos lignes de conduite. La nature semble trouver en elle les possibilités nécessaires à sa survie.

    Est-on obligés de détruire cette autonomie pour créer la notre ?

    Notre façon de "vivre mieux" implique-t-elle de donner le pouvoir, souvent, à de dangereux criminels en puissance ? - Ils vont parfois à la messe du dimanche ! -

    La vie doit être l’objectif principal, la paix l’exige !.

    Les guerres doivent être mises hors la loi. l’oubli fait que, in fine, les morts qu’elles donnent artificiellement ne servent à rien. L’égoïsme triomphe !.

    Est-on civilisé ?

    L’art doit être le compagnon de nos quatre principales nécessités indispensables à nos vies de manière à ce qu’elles soient agréables à l’oeil et à l’ouie.

    Citons nos quatres nécessités.

    Manger : Agriculture et Art

    S’habiller : Tissage et Art

    Se loger : Architecture et Art

    Se soigner : Science, médecine et art

    Ce tout essentiel est indispensable à la subsistance de la planète.

    Que le solail nous baigne de sa lumière matutinale !

    Emblavons le bon grain

    Raymond Chermat

    Bonjour !
    Pensez à vos cadeaux de fin d’année.
    Parlez-en si affinité ! Merci
     
     INTROSPEECTION : Titre sorti chez Edilivre, en librairies, FNAC.
     
    INTROSPECTION : Est-elle mythique ? Est-elle onirogène ? Sera-t-elle oniricide ?
     
    Ne soyons pas coupable de ne pas penser au futur ! Nous avons l’impérieux devoir de laisser en héritage une terre vivable.
    Comment faire ?
    Les recherches fondamentales et les recherches appliquées,sagement, sont impératives ! L’espèce humaine est prédatrice ! La nature et l’humanité sont en danger ! Est-ce irréversible ?
    Il est impératif et urgent pour nous et le futur de notre planète, de mener une action réfléchie, intelligente et énergique, contre le nucléaire et ses multiples et insidieuses maladies qui s’ajoutent, aux maladies induites par les multiples et insidieuses pollutions diverses.
    Un autrement s’impose. Soyons Européens exemplaires dans le monde !
    il faut créer un destin ! Il y a du travail pour les futurologues !
    Emblavons le bon grain.
     
     
    EDILIVRE, FNAC et LIBRAIRIE
    raymond.chermat.over-blog.com
     
    Introspection
    ISBN : 9782332591357
     
    Biographie :Raymond Chermat
    " À qui n’interroge pas tout, rien ne se révèle"
    Victor Hugo
     
     L’absence de révélation ne risque pas de toucher Raymond Chermat, ce pourfendeur de la connerie humaine, des guerres, de l’injustice, du pouvoir exorbitant de l’argent, des discours politiques creux, de l’hypocrisie de l’Eglise et de bien d’autres choses...
    Un humaniste - penseur libre - qui s’est forgé tout seul, à force de volonté et d’interrogations, plutôt optimiste malgré tout, un peu utopiste mais on voudrait tant qu’il ait raison !
    Beaucoup de ses exemples proviennent de son enfance et de sa jeunesse et il ne laisse pas deviner qu’il est devenu un de ces chercheurs qu’il admire tant et en qui il a si confiance pour l’avenir. Mais s’il avait à refaire sa vie, je me demande s’il n’opterait pas pour la futurologie !
    Professeur Pierre Simon
     
     

    raymond Chermat Le 21 janvier 2014 à 18:00
  •  
  • Nous verrons le nombre de voix le 23 mars 2014 et le 25 mai 2014 , qui vont contre le choix d’ Hollande , dans un sens progressiste et social biensûr ...

    Comptez vous ces soirs là ( un chiffre , une virgule , et deux decimales suffiront ...hélas ou non ...selon notre propre situation par rapport au Front de gauche )

    Thierry HERMAN
    Ex FDG , PS récent aile gauche .

    THIERRY HERMAN Le 24 janvier 2014 à 20:14
  •  
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