Accueil > Politique | Entretien par Marion Rousset | 7 mai 2013

Amaëlle Guiton : « Le Parti pirate islandais a mordu sur l’électorat de gauche »

Le Parti pirate islandais vient d’obtenir trois députés au Parlement national. Alors que son équivalent français manque de visibilité, comment s’explique cette percée ? Entretien avec la journaliste Amaëlle Guiton, auteure de « Hackers. Au coeur de la résistance numérique ».

Vos réactions
  • envoyer l'article par mail envoyer par mail
  • Version imprimable de cet article Version imprimable

Regards.fr.  Le Parti pirate islandais est le second, après son homologue allemand en 2009 et 2010, à entrer dans un parlement national. Ça tient à sa légitimité dans le pays ?

Amaëlle Guiton. Ça tient sans doute moins à leur légitimité propre — c’est un parti tout neuf, fondé l’année dernière — qu’à la légitimité des thèmes dont les Pirates sont porteurs depuis leur naissance. Les questions de réforme du droit d’auteur, par exemple, sont plus prégnantes dans les pays nordiques, le débat est beaucoup porté en Suède, par exemple. Idem pour la protection de la vie privée en ligne, ou encore la libre circulation de l’information : il y a trois ans, le Parlement islandais a approuvé l’International Modern Media Initiative, un texte visant à faire du pays un « paradis informationnel » via un arsenal législatif très protecteur. Surtout, un des axes centraux de la campagne des Pirates islandais a été la critique de l’intrusion des entreprises dans la vie politique et la promotion d’une gouvernance transparente. Questions très sensibles depuis la crise financière. Autant dire que leur cœur de propositions entre en résonance avec des préoccupations citoyennes, dans un pays où le Net est un outil politique à part entière : plus de 12% de la population a participé à l’élaboration de la nouvelle Constitution via les réseaux sociaux, ce qui n’est pas rien ! Cette Constitution a été approuvée par référendum l’an dernier, mais n’est toujours pas votée par le Parlement.

Quid du rôle de leur porte-parole ?

Une part de leur succès tient aussi, probablement, à la personnalité de leur principale porte-parole, Birgitta Jónsdóttir, déjà députée pendant la précédente législature sous l’étiquette Mouvement des citoyens, un parti né dans les suites de la crise de 2008 et qui, déjà, promouvait la réforme des institutions. Jónsdóttir s’est engagée aux côtés de WikiLeaks, et a eu un rôle moteur dans l’adoption de cette fameuse résolution sur le « paradis islandais de l’information ». Elle est aujourd’hui la présidente de l’l’Institut international pour la modernisation des médias (IMMI, ndlr) qui porte ce travail. Sa légitimité personnelle sur ces questions est indéniable et a certainement profité à sa nouvelle formation politique.

N’est-ce pas paradoxal qu’ils accèdent au Parlement alors même que le
centre-droit vient de l’emporter ?

Paradoxal, pas nécessairement : il semble clair qu’en plus de la désaffection dont a souffert la coalition de gauche portée au pouvoir en 2009, le Parti pirate islandais a « mordu » sur son électorat, d’autant plus efficacement qu’il n’est pas usé par l’exercice du pouvoir en temps de crise, et que ses chefs de file sont des activistes reconnus.

Leur entrée au Parlement est-elle symbolique ?

Avec 3 députés sur 63 à l’Althing, il est clair que ce n’est pas le Parti pirate qui va faire et défaire les majorités. En revanche, l’expérience du Mouvement des citoyens, avec notamment l’adoption de l’IMMI, montre que sur des questions précises, un parti minoritaire peut faire avancer son point de vue. Le point fort du Parti pirate, c’est sa réflexion très avancée sur les questions de transparence, de gouvernance ouverte, de protection de la vie privée, de libertés numériques au sens large... Une expertise que les autres formations ne partagent pas forcément, mais à laquelle ils peuvent être sensibles. Encore faut-il que le contexte y soit favorable, et c’est toute la question qui se pose aujourd’hui avec le changement de majorité. Pour l’instant, Birgitta Jónsdóttir ne se positionne pas clairement comme une parlementaire d’opposition, se disant prête à travailler avec qui s’intéressera aux questions qu’elle porte — ce qui est d’ailleurs raccord avec le positionnement du mouvement pirate international. Reste à savoir si elle trouvera du répondant...

Hackers. Au coeur de la résistance numérique, d’Amaëlle Guiton, éd. Le Diable Vauvert

Vos réactions
  • envoyer l'article par mail envoyer par mail
  • Version imprimable de cet article Version imprimable

Vos réactions

Forum sur abonnement

Pour poster un commentaire, vous devez vous enregistrer au préalable. Merci d'indiquer ci-dessous l'identifiant personnel qui vous a été fourni. Si vous n'êtes pas encore enregistré, vous devez vous inscrire.

Connexions’inscriremot de passe oublié ?