Accueil > Société | Par Marion Rousset | 26 septembre 2013

Les Pinçon-Charlot ou les visages de la domination

Les sociologues Michel Pinçon et Monique Pinçon-Charlot se sont immiscés dans les coulisses de la domination. Leur dernière enquête donne corps à la violence des riches.

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« Il n’a pas de nom, pas de visage, pas de parti, il ne présentera jamais sa candidature, il ne sera donc pas élu, et pourtant il gouverne. Cet adversaire, c’est le monde de la finance. » Vraiment ? Cette déclaration de François Hollande en pleine campagne présidentielle fait bondir les sociologues Michel Pinçon et Monique Pinçon-Charlot qui s’attachent à montrer l’exact contraire. « Une finance sans nom ni visage se serait libéralisée toute seule », ironisent-ils dans leur dernier essai, La violence des riches (éd. Zones), paru ce mois-ci. Cette oligarchie y est nommée, décrite, localisée. Les auteurs pointent une classe mobilisée sur tous les fronts et à tous les instants, composée d’individus en chair et en os qui avancent « en tenue de camouflage, costume-cravate et bonnes manières sur le devant de la scène, exploitation sans vergogne des plus modestes comme règle d’or dans les coulisses ». On apprend dans quels cercles ils évoluent, quels lieux ils fréquentent. La richesse, comme la finance, n’est pas une abstraction. Cette réalité, François Hollande feint de l’ignorer : « Son trésorier de campagne, Jean-Jacques Augier, devenu un homme d’affaires avisé, est alors actionnaire de deux sociétés offshore dans les îles Caïmans, paradis fiscal des Caraïbes. »

Dans Les Ghettos du Gotha et Le Président des riches, les sociologues décrivaient déjà une élite qui n’a de cesse de faire valoir ses intérêts personnels au nom de l’intérêt général. Cette fois, l’accent est mis sur l’exercice d’une violence qui se perpétue de Nicolas Sarkozy à François Hollande, dans « la douceur respectable d’une république apaisée ». Si l’apparente sérénité de l’un tranche avec la « fougue gesticulante » de l’autre, tout d’eux participent dans le fond d’un monde où se conjuguent casse sociale et délinquance en col blanc. Les paradis fiscaux, la corruption, le détournement d’argent public ne pourraient exister sans la complicité des élus. « Les socialistes sont venus au secours du propriétaire de la plus grande fortune de France, Bernard Arnault, lorsque celui-ci, à travers le groupe LVMH, a été mis en difficulté dans la construction de son musée d’art contemporain, rappellent les auteurs. Le lobbying mis en œuvre a abouti à un « cavalier législatif », un amendement glissé subrepticement dans un texte de loi consacré au livre numérique. Six lignes, votées à 22h30, le mardi 15 février 2011, par 30 députés UMP et PS ont permis au chantier de reprendre. » Cerise sur le gâteau, les sociologues de préciser que Christophe Girard, adjoint socialiste à la Culture de Bertrand Delanoë, est aussi le directeur de la stratégie dans le groupe LVMH… C’est ainsi que la Ville de Paris a renoncé à des rentrées d’argent, en concédant au géant du luxe la gestion du terrain d’Acclimatation.

La spéculation a beau causer des dégâts qui se lisent à fleur des Ardennes par exemple, une région ouvrière aujourd’hui dévastée, jamais les responsables ne sont inquiétés. « La violence des oligarques peut se déployer dans une machine de guerre sociale et économique qui avance masquée, mais qui est acceptée par les dominés croyant que les experts des plateaux de télévision sont vraiment à la recherche de solutions pour sortir des emplois précaires et du chômage. » Les plus riches se sont construits une image de surhommes, si bien que la domination s’est infiltrée dans les têtes, faisant passer pour un fait naturel ce qui procède en réalité d’un arsenal efficace. « L’oligarchie doit rester maître du jeu des lois, c’est pourquoi elle veille scrupuleusement à ce que les professions juridiques et notamment les avocats d’affaires restent dans le giron du petit cercle des gens des beaux quartiers. L’arbitraire des lois et du droit est essentiel au maintien de l’ordre social », soulignent Michel Pinçon et Monique Pinçon-Charlot qui décrivent les armes déployées. La timidité sociale en est une autre : « Entrer chez Dior, lorsqu’on n’a rien à y faire, (…) c’est franchir la limite enre le profane et le sacré. » La lecture de leur livre est un antidote à cette domination qui s’immisce jusque dans les corps et dans les têtes.

La violence des riches, éd. Zones, septembre 2013

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  • Un viol perpétuel de la démocratie ...

    Michel GUENOT Le 9 octobre 2013 à 00:36
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