Accueil > Economie | Par Bernard Marx | 7 novembre 2013

Les économistes ne sont pas tous des sales types (6)

Revue de presse périodique de ce que disent les économistes sur le monde tel qu’il va et tel qu’il pourrait aller mieux.

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Industrie : un manifeste et des travaux pratiques

Signe de temps qui s’embrument fortement, pendant que le manifeste de 343 sales types qui veulent continuer d’aller tranquilles aux putes a encombré bruyamment la scène médiatique, l’appel pour l’industrie lancé par les économistes Gabriel Colletis et Pierre Grou et signé par 113 de leurs collègues est quasiment passé inaperçu. La question a pourtant une certaine importance, alors que la politique de compétitivité du gouvernement et l’action de son ministre du Redressement productif n’empêche pas la multiplication record des fermetures d’usines.

Les signataires proposent un pacte productif pour la France qui mobilise le pays à partir d’un changement profond des « représentations et des pratiques » : « la reconnaissance de la compétence de tous ceux qui travaillent doit se substituer à une vision du travail assimilé à un coût qu’il convient de réduire à tout prix ; la finance doit être mise au service du développement des activités productives, et non l’inverse ; les subventions visant à favoriser la localisation des entreprises doivent laisser la place à des stratégies d’ancrage territorial des activités fondées sur la proximité (géographique, mais aussi de compétences et de confiance) ; le respect de l’environnement ne doit plus être considéré comme une contrainte mais comme une opportunité. »

« Une telle perspective, concluent-ils, serait la trame d’un projet et redonnerait de l’espoir à un pays actuellement sans boussole et qui ne saurait être orienté par des objectifs comme la réduction des déficits publics et la reconstitution des marges des entreprises. »

On ne saurait mieux dire, enfin presque, car l’appel ne parle pas de l’Europe, qui d’urgence, devrait agir sur les mêmes bases.

Travaux pratiques en Bretagne

Passons aux travaux pratiques et au traitement de la crise de la filière agro industrielle bretonne.
L’économiste Jean Matouk , qui ne fait pas partie des signataires, montre cependant que les idées défendues par ce manifeste ne sont pas des lubies mais des propositions qui peuvent être appliquées immédiatement :

« Prenons le cas du Porc …Les éleveurs comme les abatteurs bretons sont évidemment déclassés aussi bien par les productivités danoise et néerlandaise que, à productivité égale, par les coûts allemands. Une plainte générale a été déposée à Bruxelles, mais en attendant sa suite, des éleveurs crèvent et des abattoirs licencient. En tous cas, pour cette filière porcine, qui compte au centime près, l’écotaxe est insupportable.

Mais, comme pour les productions de poulets, aujourd’hui mortellement concurrencées par certains pays émergents, le monde agricole et agro-alimentaire breton, les administrations locales et les élus, ne sont pas exempts de responsabilités. Devant la montée de ce productivisme nordique, tout ce monde aurait dû élaborer depuis 10/15 ans une stratégie visant,

• soit par le gigantisme, et l’usage massif des adjuvants chimiques, à atteindre les mêmes performances que les Pays-Bas et le Danemark, avec un gros problème écologique à venir ;

• soit à faire monter la filière en gamme par deux voies d’ailleurs combinables : imiter, au moins partiellement les filières vins et fromages et chercher l’exportation fondée sur la qualité et l’appellation d’origine (parmi cent exemples, la charcuterie du porc noir de Bigore) ; faire rentrer la filière… dans la logique du “kilomètre zéro” : rapprocher le plus possible production et consommation “bio”, aux abords des grandes agglomérations pour éviter les transports, rassurer le consommateur, l’inciter à payer le produit de qualité plus cher.

Si une telle stratégie avait été engagée sur le porc, comme sur le poulet ou autres productions locales, et même les télécoms, l’écotaxe serait passée sans histoire, car l’économie bretonne serait restée prospère. »

Il n’est sans doute pas trop tard pour emprunter ce chemin, mais, hélas ! cela ne semble pas être celui que veulent prendre ni le conglomérat des manifestants aux bonnets rouges ni le gouvernement.

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