Accueil > Economie | Par Bernard Marx | 13 novembre 2013

Les économistes ne sont pas tous des sales types (7)

Revue de presse périodique de ce que disent les économistes sur le monde tel qu’il va et tel qu’il pourrait aller mieux.

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« Pourquoi l’égalité est meilleure pour tous », un livre de combat

L’Anglais Richard Wilkinson n’est pas économiste mais épidémiologiste. À la mi-octobre, il est venu à Paris, à l’occasion de la parution en français de son livre coécrit avec Kate Pickett, elle aussi épidémiologiste, Pourquoi l’égalité est meilleure pour tous (éd. Les petits matins, 512 p., 20 euros). Il a donné une conférence à Sciences Po et des interviews à Libération et à Rue 89. Sa présence médiatique n’a cependant rien eu de comparable avec celle de Thomas Piketty. C’est dommage.

Le livre, paru au Royaume-Uni en 2009 sous le titre The Spirit level, est là-bas un best-seller dont les hommes politiques ont dû débattre. Déjà traduit dans plus de 15 langues, il est diffusé dans 23 pays.

« Cet ouvrage, dit le journaliste Adrien Tricornot, fait partie des contributions les plus fondamentales à la réflexion économique et sociale de l’après-crise » (Le Monde, 24 octobre 2013).
L’hommage n’est pas usurpé. Il ne s’agit pas, cependant, seulement d’un livre de réflexion mais d’un livre de combat : il met en pièce une thèse centrale de l’idéologie dominante qui justifie les inégalités croissantes dans les pays riches au nom de leur impact supposé positif sur la situation de tous, y compris des plus pauvres. Il montre qu’au contraire les inégalités nuisent à tous, y compris aux plus aisés et que « davantage d’égalité permet de résoudre un large éventail de problèmes à l’échelle de sociétés entières ». Et les auteurs ajoutent, « si “plus d’égalité” est aussi un élément essentiel des politiques de lutte contre le réchauffement planétaire nous avons d’autant plus de raisons de chercher cet état avec force » (page 363). Dans l’esprit de promouvoir un nouveau mouvement social et politique pour l’égalité, le livre se prolonge par un site et par un documentaire qui sortira en 2014.

Le constat

Richard Wilkinson et Kate Pickett établissent que, à revenu moyen comparable, les pays les plus inégalitaires en terme de répartition des revenus étaient aussi ceux où les problèmes sanitaires et sociaux sont les plus élevés. Les problèmes concernant la mortalité infantile, l’obésité, la réussite scolaire des enfants, les homicides, le taux d’incarcération, la maladie mentale, l’addiction à la drogue et à l‘alcool, le nombre de grossesses chez les adolescentes, sont de deux à dix fois plus fréquents dans les sociétés dont les inégalités de revenus entre riches et pauvres sont élevées (USA, Singapour, Portugal, Royaume Uni) que là où les inégalités sont les moins fortes (Japon, pays scandinaves). La situation sanitaire et sociale est y meilleure pour tous y compris pour le haut de l’échelle des revenus. Même la mobilité sociale et l’innovation sont mieux assurés là où il y a davantage d’égalité : Celui qui veut vivre le rêve américain a plus de chance de le réaliser au Danemark qu’aux Etats Unis.
La démonstration s’appuie sur un travail statistique considérable illustré par une batterie de graphiques très parlants comme celui-ci qui en est une synthèse :

(Graphique à mieux voir ici)

Pourquoi ?

Mais pourquoi en est-il ainsi ? Parce qu’une société inégale génère des rapports plus stressants, plus violents, entre les hommes. « Les êtres humains, explique Richard Wilkinson, sont très sensibles à la hiérarchie sociale... Les écarts de richesse matérielle créent de la distance sociale, nous isolent les uns des autres. La coopération et la réciprocité sont remplacées par l’intérêt personnel et la compétition ». La différenciation sociale est également un des moteurs de la société d’hyper consommation. « La réduction des inégalités possède donc un double bénéfice, note Pascal Canfin qui préface l’édition française de l’ouvrage. Elle diminue la consommation ostentatoire des plus aisés et améliore le bien-être matériel et psychologique d’un nombre beaucoup plus important de personnes, rendant ainsi la société plus stable. »

Que faire ?

À la différence de Thomas Piketty, Richard Wilkinson et Kate Pickett ne misent pas principalement sur la fiscalité. Il faudrait surtout agir à la source, là où se forment les revenus.
« Il faut bien sûr s’attaquer à l’évasion fiscale et aux paradis fiscaux, résume Richard Wilkinson, mais il faut surtout accroître la démocratie dans la sphère économique, renforcer la représentation des employés dans les conseils d’administration et encourager la multiplication des coopératives et mutuelles […] Désormais, l’idéologie néolibérale s’affaiblit. Depuis la crise de 2008, une minorité croissante réalise que nous ne pouvons pas revenir au passé. Mais nous devons essayer de dépeindre le type de société vers laquelle nous devrions aller : une société qui respecte l’environnement, fondée sur une meilleure égalité et davantage de démocratie dans la sphère économique. »

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