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Accueil > Politique | Par Jean-Michel Drevon | 15 juillet 2013

« Les mots sont piégés, pas les idées », par Jean-Michel Drevon

La montée du FN, les évolutions des partis socialistes et sociaux démocrates, l’émergence de nouveaux mouvements populaire à l’échelle internationale…interrogent nos cadres politiques et questionnent la stratégie d’union de la gauche qui organise en profondeur la gauche française depuis 1965. Union de la gauche, break ou rupture ? Le débat doit s’organiser. Dans le numéro d’été de Regards, Jean-Luc Mélenchon livre sa vision. Ici, Jean-Michel Drevon, membre du Front de gauche depuis sa création, nous donne son point de vue.

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Etrange question. On la croyait morte ce 17 juillet 1984, avec la démission du gouvernement Mauroy, la nomination de Fabius et le refus du PCF de participer au gouvernement « pour ne pas cautionner la politique de rigueur » ! Tellement morte et enterrée que pour le gouvernement Jospin (2 juin 1997 / 6 mai 2002) on parlera de la « gauche plurielle » !

Tous ceux et celles qui ont fait mai 68 et les années qui suivirent, savent qu’alors les débats, au sein de la gauche, portaient sur « réforme ou révolution ». Et pas qu’en France ! Au Chili, au Portugal, en Tchécoslovaquie… Du PS à la LCR, la « Gauche » au-delà de ses divergences et différences très importantes se fixait un objectif commun « en finir avec le capitalisme ». Mitterrand, le père de l’union de la gauche, se fait élire en 1981 sur un programme de rupture avec le capitalisme que nombre de dirigeant-e-s du front de gauche actuel (pas tous-toutes) qualifieraient de « gauchiste » ! Le PCF, sur la base du « programme commun », va naturellement au gouvernement et l’extrême gauche, notamment la LCR, fête la victoire et mène des batailles de « front unique ».

Et puis vient le « tournant » de 1983. Le PCF reste au gouvernement ! C’est, mais nous l’ignorons alors, la mort programmée de l’union de la gauche. Obnubilé-e-s par la spécificité française, nombre de militant-e-s sous-estiment la « crise du monde occidental de 1975 » et l’offensive néolibérale dans les pays anglo-saxons (Reagan et Thatcher). De même beaucoup ne réaliseront que bien plus tard que les socialistes français, en 1983 se rallient à la conception néolibérale de l’Europe et mettent en œuvre, ou soutiennent, les « réformes » qui nous conduiront aux catastrophes actuelles. Et ce, notamment sur les politiques publiques et les services publics profondément remis en cause.

Alors fin de la quête d’unité ? Evidemment non ! Lors de la bataille sur le referendum (2005) contre le traité européen, des forces politiques, aux programmes, aux référents, aux pratiques, aux systèmes organisationnels différents – du PS au NPA - mènent combat ensemble et gagnent. Le PCF et la LCR ne permettront pas de transformer cet essai en force politique lors des comités unitaires anti libéraux.

Le FdG, dont la construction est l’effet différé de 2005 n’est évidemment pas une version de l’« union de la gauche ». Si vraiment, (mais quelle utilité ?), on y tient alors disons que les assises du 16 juin 2013 regroupant des forces (associations, syndicats, partis ou courants) différentes pour tenter de tracer une alternative gouvernementale en sont, peut-être, l’amorce. L’avenir le dira !

On voit que cette « union de la gauche » là ne comprend pas LE parti socialiste. Des courants du PS, oui ! Pas LE PS. Non pas parce que nous l’excluons, mais parce qu’il nous exclut, politiquement de son champ de discussion et d’action (cf Balto). La politique du PS, au gouvernement et dans la plupart des collectivités territoriales, n’a rien d’une politique de gauche. Qu’elle soit moins pire que celle de Sarkozy, de la droite, dans certains domaines, n’en fait pas une politique de gauche.

Les défis qui nous sont posés par les crises économique et sociale, mais aussi écologique, mais aussi démocratique sont immenses. Alors que nous n’avons pas fini de payer le prix fort de la désillusion1 des communismes et autres socialismes « réellement existants » il nous faut pourtant construire cette alternative dont nous avons besoin.

Alors cessons de regarder dans le rétroviseur. Nous ne sauverons rien, ni « l’union de la gauche », ni même « la gauche », ni les services publics, ni la protection sociale, ni le code du travail, ni le « vivre ensemble », ni les communes, ni la démocratie si nous ne construisons pas, avec tous ceux qui partagent ce sentiment d’urgence (au PS, à EELV, dans les syndicats et les associations), l’alternative qui redonnera sens à tous nos combats. C’est à cela que le FdG doit travailler, plutôt que de tenter de ressusciter un fantôme. Union des pluralismes dans l’action, dès lors que nous acceptons le socle commun : celui de la rupture avec le néolibéralisme et ses politiques d’austérité. Les mots sont piégés, pas les idées. Gardons les idées.

Jean-Michel Drevon est membre du Front de gauche depuis sa création, via Gauche unitaire (GU), signataire de l’appel « Médiapart » et de la démarche « tous ensemble » dans le Front de gauche. Militant syndical et associatif du service public.

Retrouvez ici les autres contributions au débat.

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  • si "nous acceptons le socle commun : celui de la rupture avec le néolibéralisme et ses politiques d’austérité" cela veut dire que nous sommes d’accord sur l’essentiel et quand on est d’accord sur l’essentiel on montre à toute la société qu’on est capable de coexister au sein d’une même organisation SINON ON NE CRÉE AUCUNE DYNAMIQUE A VOCATION MAJORITAIRE CAR ON EST PAS PRIS AU SERIEUX.

    CINCINATUS Le 25 juillet 2013 à 16:03
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