Accueil > Politique | Par Emmanuel Riondé | 13 septembre 2013

Les socialistes marseillais promettent du bleu

A Marseille, le premier débat entre les candidats socialistes à la magistrature de la ville a eu lieu jeudi 12 septembre. A un mois du premier tour de la primaire, les six postulants ont un peu parlé emploi, propreté et métropole... Mais c’est la question sécuritaire qui a provoqué le plus de surenchère.

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Pas de doute, Manuel Valls, ministre populaire du gouvernement Ayrault, fait des émules au sein de sa formation. Hier jeudi, à l’occasion du débat organisé par France 3, Public Sénat et La Provence, dans le registre « c’est moi qui mettrait le plus de flics », les six candidats à la primaire du PS dans les Bouches du Rhône ont rivalisé d’audace. Florilège : « Sur l’intervention de l’armée dans les quartiers, je vois que je suis en phase avec les Français » (Samia Ghali faisant référence à un récent sondage du Huffington Post ) ; « Quelque soit la couleur de l’uniforme, il nous faut des renforts à Marseille » (Christophe Masse, autoproclamé candidat de « l’ordre juste » qui veut ramener « la paix civile » à Marseille) ; « L’insécurité règne sur toute la ville, il faut que les Marseillaises et les Marseillais puissent voir de l’uniforme » (Henri Jibrayel, député des quartiers nords favorable à la mise en place de « commissariats mobiles » dans tous les arrondissements) ; « J’ai compris le cri de colère [de Samia Gahli] sur l’armée à qui je rends hommage pour ce qu’elle a fait au Mali » (Marie-Arlette Carlotti, ministre) ; « Quand j’ai entendu l’année dernière Samia parler de l’armée, je n’ai pas critiqué, c’était un cri de colère » (Patrick Menucci, choqué d’avoir vu « un gamin de 20 ans rouler dans une Audi R8 à 160 000 € ») ; La palme à Eugène Caselli, président de la Communauté urbaine de Marseille métropole : « On a des drones et on va s’en servir ; on va rien lâcher sur la sécurité ». Fermez le ban.

A la décharge des candidats, on peut interroger la démarche journalistique consistant à construire le débat autour du sondage commandé par les médias organisateurs à OpinionWay. Un sondage qui, par exemple, indique que 84 % des marseillais aimeraient voir disparaître en priorité le qualificatif de violence « lorsque l’on parle de Marseille et des marseillais » ; 72 % celui de saleté et 37 % celui de pauvreté. Questionnements orientés, réponses à l’avenant. Les candidats s’y sont engouffrés : pas question de se mettre à dos les 66 % de marseillais qui, toujours d’après ce sondage, pensent que le prochain maire de Marseille devra s’occuper en priorité de « la sécurité des biens et des personnes ».

Une fois déversées les promesses à « un policier municipal armé pour 1000 habitants » (Eugène Caselli, très en verve), et après avoir été sommés par le journaliste d’« éviter de critiquer lourdement le bilan » de Jean-Claude Gaudin puisqu’il était « absent » du plateau, les candidats à la primaire ont pu aborder d’autres sujets : la saleté, l’emploi et la pauvreté, la métropole, le clientélisme. Dans cet ordre puisque, on l’a vu, les résultats du sondage étaient érigés en colonne vertébrale du débat politique.

Le format global, à peu près deux heures de joute durant lesquelles les six candidats ont abordé 5 ou 6 thématiques, n’a pas permis d’aller au fond des sujets. Quelques tendances tout de même : à l’exception notable de Samia Ghali, chacun s’est chaudement félicité de la métropole qui prendra effet le 1er janvier 2016 ; chacun-e a pris ses distances avec Guérini, de manière plus ou moins franche et nette selon son passé propre et ses casseroles sales ; Marie-Arlette Carlotti et Patrick Menucci, les deux candidats donnés en tête des intentions de vote par le sondage précité (tandis qu’un autre Ifop-Fiducial-JDD paru dimanche dernier donne lui Marie-Arlette Carlotti et Samia Ghali au coude-à-coude) ont rivalisé d’annonces sur la transparence à venir, le second promettant la fin de la "« cogestion »" de la ville avec FO.
Même si elle reste très théorique étant donné que personne ne sait aujourd’hui qui ira voter les 13 et 20 octobre prochain - le scrutin de la primaire est ouvert à tous les marseillais de plus de 18 ans inscrit sur les listes électorales -, Menucci et Carlotti ont semblé vouloir gérer leur avance. Le premier confortablement installé (carrure physique et tonalités pagnolesques aidant) dans son fauteuil de vieux routard de la politique locale, la seconde surjouant parfois la proximité avec le pouvoir central (« On peut attirer l’argent de l’Etat et je ne suis pas la plus mal placée pour le faire »). Face à eux, Eugène Caselli tendu et Samia Ghali parfois esseulée. Et un Henri Jibrayel et un Christophe Masse plutôt à l’aise, notamment le second, et qui ont peut-être marqué des points. Pas superflus puisque, a priori, ces deux-là partent de loin.

Au final, à part quelques rares saillies savoureuses (« Si Monsieur Menucci se comporte comme au Conseil municipal, on ne s’en sortira pas ! », dixit Eugène Caselli agacé d’être interrompu par son voisin), un débat « courtois » selon le terme consacré et la promesse, juré-craché, que « au final nous serons rassemblés » derrière le vainqueur, a souligné la benjamine de la troupe Samia Ghali. Tout le monde a approuvé. Comme tout le monde a semblé apprécier le rappel de Christophe Masse : « Si [ces dernières années] Marseille a progressé en terme de vidéosurveillance, c’est grâce au groupe socialiste ». C’est la seule vraie certitude à l’issue de ce débat : le candidat socialiste, quel qu’il soit, devrait largement nourrir la surenchère sécuritaire annoncée dans la campagne municipale marseillaise. Stéphane Ravier du Front National s’en pourlèche déjà les babines.

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