Accueil > Politique | Par Catherine Tricot, Roger Martelli | 13 mai 2013

Mort de Denis Berger. La liberté ne lui faisait même pas peur.

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Denis Berger vient de décéder. Quand nous l’avons rencontré, les refondateurs communistes venaient de lancer un hebdomadaire, Futurs, que nous animions. Nous ne savions pas exactement pourquoi mais Denis a accepté sans hésiter de collaborer à Futurs. Mieux, il est devenu membre du comité de rédaction [1] et chaque mercredi il participait à nos réunions. Elles ne manquaient pas de relief ; les engueulades étaient fréquentes, souvent conclues au bistrot d’en face autour d’un plat roboratif. Denis ne participait pas à ces disputes : il tirait en silence sur sa bouffarde et accompagnait de façon extrêmement bienveillante ces tâtonnements, ces recherches que nous menions avec passion. Nous avions la trentaine et la quarantaine. Il avait la soixantaine. Il était notre ainé en refondation du communisme. Il savait la rudesse de la tâche. Mais ce qui lui était propre c’était la confiance dans la voie de liberté que nous empruntions. Dire que c’est rare est presque une litote. Dans cette période de grand ébranlement communiste, l’envie de se raccrocher aux branches était (est) l’attitude la plus courante. Denis avait la culture qui lui aurait permis de baliser notre chemin de communistes refondateurs de références aux saints Marx, Engels, Lénine et Trostki. Jamais il ne le fit.

Il avait été un militant d’extrême gauche, lui même animateur d’un petit journal communiste dissident, La voix communiste, un des innombrables ancêtres cousins de Futurs. Il était donc pétri de références théoriques. Il ne nous assommait pas avec. Il savait définitivement qu’elles devaient servir la pensée et non la corseter. Nous croirez-vous, si nous vous disons que nous n’avons pas si souvent rencontré une telle liberté de pensée, une telle audace politique ?

Qu’est-ce qui lui permettait de ne pas avoir peur de se tromper, de la liberté ? Mille et une raisons. Son intelligence, son engagement multiforme. Son compagnonnage avec Michèle Riot-Sarcey, l’indomptable. On dira aussi son sens de l’humour, sa délicatesse et son gout immodéré de la vie. Les vins, les femmes. Il aimait en parler, autant que de la révolution. Grande sagesse.

Denis Berger sera inhummé mercredi 15 mai à 10h30 au crematorium du Père Lachaise

Biographie de Denis Berger par Michael Löwy pour Maitron

Notes

[1Le comité de rédaction comptait aussi Alain Bertho, Jane Renoux, Roger Bourderon, Manu Riondé, Patrick Vassalo et Daniel Rome.

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