Accueil > Politique | Par Emmanuel Riondé | 14 mai 2013

Municipales à Marseille : le PS aux primaires, la gauche en chantier

A dix mois de l’échéance municipale, tous les scénarios restent envisageables à Marseille. Cela devrait s’éclaircir à l’automne prochain. En attendant, dans le paysage encore confus de la gauche, les socialistes s’apprêtent à vivre d’inédites « primaires sous tutelle ».

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Commandé par le PS et réalisé fin avril, le sondage « de notoriété » en vue des municipales de mars 2014 dont les résultats ont été rendus public le 6 mai délivre comme principal enseignement que... rien n’est encore joué. Pour personne. Selon ce sondage, la ministre Marie-Arlette Carlotti apparaît comme la meilleure candidate possible pour les socialistes. Au premier tour, elle recueillerait 27% des suffrages contre 24 % à sa concurrente Samia Ghali et 23,5 % à Eugène Caselli ou Patrick Mennucci. Face à eux, la droite obtiendrait entre 33 et 34% des suffrages, le FN 18, le Front de gauche 11, et Europe écologie les Verts (EELV), 6,5. En cas de triangulaire avec un FN à 19 %, Carlotti et Caselli auraient 42% des votes face à Gaudin avec 39%, tandis que Ghali et Mennucci feraient jeu égal avec le maire sortant.

Voilà pour les chiffres qui permettent surtout de se faire une idée des chances des candidats aux primaires qui se dérouleront les 13 et 20 octobre prochain. Pour l’heure, sept se sont déclarés. Les quatre cités par le sondage : Marie-Arlette Carlotti, ministre déléguée chargée des Personnes handicapées et de la Lutte contre l’exclusion, quasi inconnue il y un an et qui apparaît donc désormais comme la favorite ; Samia Ghali, sénatrice-maire du 8e secteur (15e-16e arrondissement) qui avait fait parler d’elle en août dernier en proposant l’intervention de l’armée dans les quartiers nord ; Eugène Caselli, président de la Communauté urbaine Marseille-Provence métropole (Cumpm) ; et Patrick Menucci député-maire du 1er secteur (1er et 7ème arrondissement) et ancien vice-président du Conseil régional PACA. Les trois autres semblent promis à la défaite : Henri Jibrayel, député des quartiers nord qui a récemment lancé sa campagne du haut d’un bus à impériale en goguette sur la corniche et deux quasi inconnus, Hacen Boukhelifa et Hafid Abdelkrim. Tous doivent déposer leur candidature entre le 1er et le 10 juillet prochain avec les parrainages de 10% des militants socialistes et de 1% du corps électoral de la ville, ce qui dans le second cas revient quand même à un peu plus de 4000 signatures.
Ces primaires, dont les candidatures sont fermées aux non-socialistes, vont se dérouler sous le regard de deux co-tuteurs, Alain Fontanel, secrétaire national aux fédérations et Christophe Borgel, secrétaire national aux élections. Censée durer jusqu’à la fin du mois de mars 2014, cette tutelle a été décrétée en mars dernier. Avec un message simple : l’appareil reprend la main sur cette puissante fédération des Bouches du Rhône ébranlée depuis deux ans par l’interminable affaire Guérini et, plus récemment, par le procès de Sylvie Andrieux, la députée socialiste jugée pour détournement de fonds publics et contre laquelle le procureur a requis, le 18 mars dernier, deux ans de prison avec sursis, 50 000 euros d’amende et cinq ans d’inéligibilité. C’est d’ailleurs pour ne pas se dérouler au moment de ce procès que le sondage n’a été mené que fin avril. « Il fallait bien trouver un fenestron, souligne malicieusement le correspondant local de Libération Olivier Bertrand sur son blog. Ils se font rares, ces temps-ci, pour le PS » (lire sur son blog « Quatre candidats socialiste dans le pot au noir »)
Au final, et malgré toutes les railleries que suscitent les interminables démêlées judiciaires de ses cadres, le PS des Bouches du Rhône tient son agenda. Et pourra, le 20 octobre au soir, se mettre en rang serré derrière le candidat qui aura remporté les primaires ( également organisées à Aix-en Provence et au Havre).

Côté EELV, lors de l’Assemblée générale du 4 mai, on s’est entendu pour ne pas s’associer au PS aux élections municipales. Cette première, notable, est cependant loin de trancher entre les deux options stratégiques en débat. L’une est celle d’un élargissement à gauche de la liste. Elle est notamment portée par Sébastien Barles, porte-parole d’EELV dans la région, impliqué dans le collectif des Gabians, un mouvement créé en décembre, rassemblant des citoyens, élus, acteurs associatifs et qui se fixe comme objectif de « faire entendre une autre tonalité dans la vie politique, combattre l’inertie des décideurs locaux et le manque de vision pour métamorphoser la ville, selon Sébastien Barles qui compte sur ce collectif pour poser localement les bases d’un nouveau pacte entre citoyens et élus en faisant confiance à l’intelligence collective en ouvrant un nouvel espace politique ». Des élus Front de gauche (Fdg), tel le conseiller communautaire communiste Christian Pellicani, sont aussi dans les Gabians. L’autre ligne, celle qui refuse toute accointance avec la gauche de gauche, est incarnée par Michèle Poncet-Ramade, présidente du groupe écolo au Conseil municipal, qui dit apprécier « beaucoup » Marie-Arlette Carlotti. Il ne faut pas insulter l’avenir. Enfin, le député européen écologiste et président de la régie des transports marseillais (RTM), Karim Zeribi, ex-chevènementiste, ex-socialiste, a déclaré sa candidature fin avril. Il se considère comme étant « le candidat naturel et légitime » de sa formation.

Au Front de gauche, on devrait commencer à y voir plus clair dans quelques semaines. « C’est en juin que les discussions sérieuses entre les formations du Front de gauche vont probablement commencer », estime Fred, un militant du Parti de gauche (PG). L’enjeu est simple : maintenir une candidature Fdg au scrutin, indépendante du PS. « Au moins au premier tour ». Car, sur ce point, dans un département ou le Parti communiste tient encore des villes importantes (Martigues, Aubagne, Arles) par la grâce d’accords avec le PS, les négociations avec le PCF s’annoncent serrées au sein du Fdg. « Si il doit y avoir des fusions au second tour (entre les listes Fdg et PS, ndlr), il faut qu’elles soient techniques pas politiques », espère le militant.
Sans surprise, le PCF pousse le nom de Jean-Marc Coppola, vice-président du Conseil régional Paca et conseiller municipal. D’autres verraient bien Marie Batoux, du PG, qui avait réalisé une belle campagne en 2012. Enfin, au Fdg aussi, quelques uns lorgne du côté des Gabians et rêvent d’une candidature élargie à gauche. Sans ignorer que certains sujets tels que la métropolisation clivent fortement avec des élus écologistes également impliqués dans le collectif.

Le NPA, lui, n’en est pas aujourd’hui à discuter stratégie d’alliance. La question qui se pose est bien plus fondamentale : y aller ou pas ? Rien n’est encore arrêté. Ayant vu nombre de ses cadres, dont Samy Joshua, rejoindre le Front de Gauche sous la bannière de Gauche anticapitaliste (GA), le NPA 13 n’est pas certain d’avoir les forces militantes suffisantes pour constituer des listes et mener la campagne. Pour l’heure, aucune décision n’a été prise, d’autant moins qu’au niveau national la stratégie n’a pas encore été tranchée, ou en tout cas, rendue publique. Le Congrès départemental annoncé en juin donnera peut-être quelques indications supplémentaires.

Et Tapie, alors ? Du côté de l’Hôtel de Ville, l’hypothèse d’une candidature du nouveau patron de la Provence semble s’éloigner. Il a dit et répété qu’il ne souhaitait pas y aller. Et comme il n’envoie guère de signaux contradictoires, on finit par le croire. D’autant que, sous couvert de défendre les intérêts économiques de son entreprise, il semble endosser un autre rôle : celui de faiseur de roi. « Je rencontrerai tous les représentants des institutions politiques de Jean-Claude Gaudin, le maire de Marseille, à Michel Vauzelle, le président du Conseil régional, c’est nécessaire dans l’intérêt de La Provence, ce sont des apporteurs de recettes énormes pour son développement » a-t-il assuré à la presse. Gageons que pour Marie-Arlette, le dernier sondage de notoriété du PS vaut quasi-invitation à becqueter bientôt avec Nanard sur le Vieux Port.

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