Accueil > Monde | Par Christelle Gérand | 11 septembre 2013

New York : la police épinglée pour délit de sale gueule

Dans la ville la plus peuplée des États-Unis, être Black ou Latino suffit à attirer la suspicion de la police. Le jugement de la cour fédérale est sans appel : les policiers violent la constitution.

Vos réactions
  • envoyer l'article par mail envoyer par mail
  • Version imprimable de cet article Version imprimable

“Raciste”. Le 12 août, la juge Shira Scheindlin a confirmé ce que les habitants décriaient depuis longtemps. Le « stop-and-frisk » cher à la police new-yorkaise (NYPD), à savoir la pratique d’arrêter et de fouiller toute personne au comportement « suspicieux », « viole la Constitution ». D’après les règles non-écrites du NYPD, avoir la peau foncée est suspect : sur 4,4 millions d’arrestations entre 2004 et 2012, 80% touchaient des Afros-Américains et des Latinos.

Le stop-and-frisk cible en particulier les quartiers violents, où de fait les communautés Afro-Américaines et Latinos sont majoritaires argue le maire de New York Michael Bloomberg. Les chiffres démontrent sa mauvaise foi. Le quartier bobo branché de Park Slope, par exemple, n’a beau être habité que par 20% de Blacks et Latinos, ils ont subi 80% des arrestations en 2011.

Fervent partisan de cette pratique, qui d’après lui a fait chuter la violence à New York, Michael Bloomberg fait appel de la décision du juge fédéral le 16 août. Le 3 septembre, il porte plainte contre le conseil municipal qui vient de passer une loi autorisant les victimes de contrôle au faciès à porter plainte. Le maire n’a pas de mots assez durs contre ces « décisions dangereuses ». Mais comme le dit Shira Scheindlin dans son jugement, « de nombreuses pratiques policières, comme la détention préventive ou les confessions obtenues sous la contrainte, sont peut-être utiles pour lutter contre le crime, mais étant inconstitutionnelles, elles ne peuvent être utilisées, quelle que soit leur efficacité. » Or interpeller quelqu’un sans « présomption sérieuse » viole le quatrième amendement de la Constitution.

L’efficacité-même de la pratique est d’ailleurs loin d’être prouvée. Son but avoué est de lutter contre le port d’armes à feu, mais en 2011, seulement 1,9% des fouilles ont permis d’en trouver. Pire, les cartes des quartiers le plus ratissés et ceux où le nombre d’armes confisquées est le plus important ne coïncident pas. Pour les pro stop-and-frisk, cela prouve l’efficacité de la pratique : par peur d’être fouillés, les jeunes des quartiers difficiles laissent leurs armes chez eux. Pour les autres, cela montre que cette méthode est une aberration.

Sauf si le but est ailleurs. Le Sénateur Eric Adams, ex-policier, témoigne que le Commissaire Ray Kelly à la tête de le NYPD « veut instiller aux minorités la peur de pouvoir être pris pour cible par la police à chaque fois qu’ils quittent leur maison. » À Brownsville, quartier très défavorisé de Brooklyn, on déplorait 93 arrestations pour 100 résidents en 2009. À défaut de trouver des armes, le NYPD trouve régulièrement des petites quantités de cannabis : le stop-and-frisk est aussi et peut-être même surtout une usine à amendes et petites peines de prison, bien utile pour atteindre les quotas fixés par la hiérarchie.

Que va changer le verdict de la Cour ?

Plus ou moins agressives, plus ou moins justifiées, les fouilles sont en tout cas jugées humiliantes. David Floys, l’étudiant en médecine à l’origine de la plainte contre le NYPD, explique : « L’expérience est humiliante et embarrassante. Même si vous êtes fort, c’est effrayant de ne pas savoir ce qu’il va advenir de votre liberté… »

La juge a nommé un ancien procureur aujourd’hui avocat, Peter Zimroth, pour réformer le stop-and-frisk. Dans les quartiers où les fouilles sont les plus fréquentes, les policiers seront équipés de caméras. Les habitants pourront poursuivre la Ville pour contrôle au faciès, sans toutefois pouvoir réclamer d’argent. Le 30 août, le père de famille Allen Moye a été le premier à porter plainte pour « avoir été fouillé juste pour être un Noir qui marche dans la rue ». Il ne sera certainement pas le dernier.

Vos réactions
  • envoyer l'article par mail envoyer par mail
  • Version imprimable de cet article Version imprimable

Vos réactions

Forum sur abonnement

Pour poster un commentaire, vous devez vous enregistrer au préalable. Merci d'indiquer ci-dessous l'identifiant personnel qui vous a été fourni. Si vous n'êtes pas encore enregistré, vous devez vous inscrire.

Connexions’inscriremot de passe oublié ?