Accueil > Résistances | Par Philippe Ridou | 4 juin 2013

Notre-Dame-des-Landes : quatorze prévenus passent en correctionnelle

On ne s’invite pas impunément à déjeuner sur l’herbe de François Pinault. Quatorze militants anti-aéroport sont jugés pour s’être introduits dans la propriété rambolitaine du milliardaire. Un acte symbolique sur les terres d’un actionnaire du groupe Vinci qui risque de leur coûter cher.

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« Ce procès est une mascarade, il y a clairement la volonté de casser le groupe, d’étêter le mouvement », Thierry est venu soutenir les quatorze prévenus du Collectif francilien de soutien à la lutte de Notre-Dame-des-Landes. Tous sont inculpés de « violation de domicile », de « menaces de mort » et, pour certains d’entre eux, de « refus de se soumettre aux opérations de relevés signalétiques » et de « refus de se soumettre aux prélèvements biologiques ». Ce lundi 3 juin, ils comparaissent devant la 7e chambre correctionnelle de Versailles. Les faits, eux, remontent au 27 janvier dernier. Les membres du collectif se sont introduits dans le domaine de la Mormaire en forêt de Rambouillet. Le lieu ne doit rien au hasard, il est la propriété de François Pinault, actionnaire de Vinci [1] dont le groupe à la charge de construire l’aéroport de Notre-Dame-des-Landes : tout un symbole. Ils ont pique-niqué, déployé une banderole sur le parvis du château et scandé le slogan inscrit sur celle-ci : « Pinault, voleur, pollueur, expropriation. » Les témoins de la scène, le régisseur, le gardien et Salma Hayek la femme de François Pinault, auraient entendus : « Pinault, on aura ta peau » : d’où l’accusation de menaces de mort. Les militants ont été arrêtés quelques minutes après être ressortis de plein gré de la propriété du milliardaire.

Juste avant l’audience, une trentaine de personnes sont venus pique-niquer devant le tribunal de grande instance : les prévenus et une poignée de sympathisants. En revanche, la salle est pleine de militants… de policiers également. L’acoustique de la chambre rend quasi inaudibles les débats. Dans la salle, on s’insurge : « Si on n’entend pas, alors ce n’est pas public, alors la démocratie n’est pas respectée ! »

L’enjeu du débat est là : sortir du droit commun pour aller sur le champ politique. C’est ce qu’explique un des inculpés : « Pinault, c’est un oligarque. On ne pourra jamais le croiser dans la rue. Alors pour l’interpeller, on est bien obligé de venir chez lui. »

La personnalité de la victime devient le nœud de l’affaire. Une connaissance d’un des prévenus raconte : « Les arrestations se sont déroulées correctement avec les gendarmes. Et, au bout de deux heures, le ton change : les gardes à vue sont prononcées, les téléphones, les clés USB et les ordinateurs sont saisis et exploités. » Sa conviction est faite : « Pas de doute, des ordres sont venus d’en haut. »

Maître Terrel – habituée des procès de militants, puisqu’elle a notamment défendu Cesare Battisti, Julien Coupat – assène : « Nous ne sommes pas tous égaux devant la loi. » Une manière d’insister sur la personnalité de la victime et le contexte spécifique de l’affaire. Elle plaide le caractère disproportionné de la répression, pointe les vices de procédures. Son but : arracher la nullité des gardes à vue de ses clients dont les casiers judiciaires sont vierges.

Très véhémente, la procureure de la république conteste cette forme de militantisme. Elle est convaincue que des menaces de mort ont bien été proférées. Elle requiert pour les « voyous », selon sa propre expression, des peines de prisons avec sursis : de deux à quatre mois pour ceux qui se sont refusés aux prélèvements ADN et signalétiques. Les délibérés auront lieu le 24 juin prochain.

La famille Pinault s’est portée partie civile. Pour s’être introduit sur ses terres, en grand seigneur, elle ne demande aux prévenus qu’un euro symbolique. Décidément, il y a des symboles qui coûtent plus que d’autres.

Notes

[1Financière Pinault est la maison-mère du groupe Artémis. Depuis avril 2003, François-Henri Pinault a succédé à François Pinault à la tête du Groupe. Elle détient 1.4 % du capital de Vinci.

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