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Accueil > Politique | Par Jérôme Beltar | 20 janvier 2014

PCF et Parti de gauche : et maintenant ?

Le tout récent apaisement entre les deux principales composantes du Front de gauche ne doit pas donner l’impression d’un simple calcul politique, mais ouvrir de réelles possibilités de répondre à la crise politique et sociale. Avec une démarche plus cohérente que celle du PCF, et moins clivante que celle du PG...

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« Ni union sans combat, ni combat sans union »

Vendredi 17 Janvier, des délégations du Parti communiste et du Parti de gauche, emmenées respectivement par Pierre Laurent et Jean-Luc Mélenchon se sont réunies à Paris. La rencontre marque le retour à un climat plus apaisé au sein du Front de gauche, après des mois de vives tensions et d’échange aigres-doux. Ce n’est un secret pour personne, depuis le vote des communistes à Paris et le choix de rejoindre les listes d’Anne Hidalgo au premier tour, les relations entre ces deux partis s’étaient pour le moins refroidies. Le retour à des relations normales entre partenaires est donc une bonne nouvelle, même si le titre de l’article paru dans L’Humanité, « Municipales, le PCF et le PG dépassent leurs désaccords », paraît bien imprudent.

Confusion aux municipales

Au-delà du cas emblématique de Paris, le PCF a trouvé utile de s’allier dès le premier tour avec le Parti socialiste dans plus de la moitié des 408 villes de plus de 20.000 habitants. Cette situation est le signe que le Parti communiste n’a pas de stratégie pour ces élections municipales. Une orientation peut connaître des exceptions – c’est bien naturel car toutes les situations ne se valent pas, et les enjeux politiques ne sont pas nécessairement les mêmes dans une ville moyenne de banlieue et dans une métropole régionale. Mais dans le cas présent, il s’agit bien de deux orientations différentes, contradictoires même.

Difficile, pour le Front de gauche, d’incarner dans ces conditions une alternative politique à la gauche de gouvernement quand la principale force qui le compose se retrouve avec le PS – et en réalité derrière lui – dans tant de municipalités. Le parti dirigé par Pierre Laurent sème ainsi la confusion quand il faudrait clarté et cohérence. Au moment où la politique de François Hollande fait ses adieux à la gauche, l’absence de position nationale du PCF pour les prochaines élections est un problème majeur.

Mélenchon : cliver n’est pas jouer

Pourtant, si l’indépendance envers le PS est un préalable, elle ne fait pas une politique, ne définit pas une orientation, ne construit pas de propositions alternatives. La stratégie développée par Jean-Luc Mélenchon semble considérer qu’il suffit de dénoncer, de cliver pour ipso facto être le creuset des déçus de François Hollande. À cette étape, au moins, ce n’est pas le cas. L’effondrement du Parti socialiste demeure une possibilité inscrite dans les coordonnées politiques de la situation, mais entre le dégoût de la politique qui nourrira l’abstention, le FN en embuscade et la gauche radicale, plusieurs options sont possibles.

Il est ainsi permis de s’interroger sur les fins et l’efficacité des multiples sorties médiatiques émanant du PG depuis quatre mois. Le 11 janvier, Jean-Luc Mélenchon écrivait encore dans son blog, à propos du PCF : « La présence ou non du Parti communiste n’est pas l’horizon ultime de l’autonomie », semblant accréditer ainsi que la pérennité même du Front de gauche n’était pas assurée. La réconciliation des frères ennemis d’hier risque ainsi d’apparaître comme une pure manœuvre politicienne, aux antipodes de ce qu’exigerait la situation. Face à l’ampleur du désaccord, la confrontation était indispensable, mais d’où vient cette désagréable impression qu’il s’agissait plus de tendre le débat que d’essayer de convaincre ?

Dépasser le tête-à-tête PCF-PG

Le spectacle offert à tous depuis des mois a affaibli le Front de gauche dans un contexte social et politique déjà difficile. Les multiples accords du PCF avec le PS ne conduisent pas seulement à une division du Front de gauche. Dans nombre de villes, les différentes organisations qui composent le FdG vont figurer sur des listes séparées, c’est-à-dire concurrentes, ce qui va accentuer le passif existant. Dans ces conditions, nul besoin d’hystériser le débat, il faut au contraire mettre l’accent sur les villes où l’unité a pu être réalisée. Samedi 18 Janvier, Pierre Laurent, Jean-Luc Mélenchon et Myriam Martin (porte-parole d’Ensemble) se sont retrouvés à Marseille dans une manifestation contre les licenciements organisée à l’appel des organisations syndicales. C’est une excellente nouvelle.

Le Front de gauche, renforcé, rénové, élargi doit pouvoir offrir une perspective à la crise sociale et politique que connaît le pays. Cela passe sans doute par la fin du seul tête-à-tête PCF-PG, souvent délétère en son sein. Le mouvement Ensemble, constitué à l’automne et issu du regroupement de cinq organisations, peut contribuer à un rééquilibrage – lui qui s’est positionné tout à la fois pour la clarté politique et l’unité du FdG. Au préalable, il lui faudra, pour cela, acquérir une masse critique et être capable de se tourner vers l’extérieur.

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12 novembre 2017
Par Catherine Tricot

Ralite par Ralite

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  • citation 1 : Samedi 18 Janvier, Pierre Laurent, Jean-Luc Mélenchon et Myriam Martin (porte-parole d’Ensemble) se sont retrouvés à Marseille dans une manifestation contre les licenciements organisée à l’appel des organisations syndicales. C’est une excellente nouvelle.

    Pourquoi excellente ? c’est une rencontre normale , évidente , se situant dans le cadre du FdG ...retrouvailles possibles à Marseille ou souhaitons le dans d’autres villes où les communistes auront choisi de lutter dans des listes autonomes !

    citation2 Au moment où la politique de François Hollande fait ses adieux à la gauche, l’absence de position nationale du PCF pour les prochaines élections est un problème majeur.
    et c’est bien ce problème qui a clivé au point d’amener le PG et d’autres partenaires a manifester leur désaccord, (peut être "en réaction" par des sorties médiatiques comme tu l’écris ,....mais étaient elles plus graves que l’abandon de certains ? )

    Renvoyer dos à dos PCF et PG ( comme le fait cet article ) pose question sur la stratégie d’Ensemble ...qui pendant ces mois de discordes est restée inaudible ...au point de ne se voir même pas invité le 17 janvier pour débattre sur une relance du FdG !

    Et maintenant ?

    Tout à fait d’accord pour continuer à mettre le paquet avec les partenaires motivés dans les listes municipales autonomes du FdG ! ...CE sont elles qui au soir des élections donneront la photo réelle de nos tentatives d’avancées unitaires !

    PrNIC Le 20 janvier 2014 à 20:26
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  • ... "nourrira l’abstention,le FN en embuscade ....et la gauche radicale " ... un drole de gout en bouche cette juxtaposition ....

    la gauche sera radicale ou ne sera plus ...

    Canqueteau michel Le 21 janvier 2014 à 12:01
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  • Ensemble n’est pas resté l’arme aux pieds et a rencontré également les uns et les autres, sans besoin de médiatisation ni dramatisation.
    Je suis convaincu, et c’est ce que j’entends dans la bouche de nombre de militants, que là où les stratégies sont claires et les listes unitaires et citoyennes, cette campagne municipale apportera une expérience pratique et théorique non négligeable, pour approfondir notre stratégie politique et pour reposer ensuite la question du fonctionnement démocratique non cartellisé d’un front à Gauche "à vocation majoritaire". A l’inverse, là où les errements stratégiques ont profondément divisé, ou pire, abondé des politiques déjà antagoniques au Front de Gauche (là où c’était le cas depuis 2008), il y aura des clarifications douloureuses nécessaires pour avancer. Cela ne se règlera pas au sommet entre "composantes", mais bel et bien dans la pratique militante et la réalité de comités locaux. Il faudra bien un jour songer à donner une respiration démocratique pour élargir et refonder le Front de Gauche, autour de se collectifs , d’une stratégie et d’un programme commun approfondi notamment autour des questions écosocialistes. Je milite désespérément pour des Assises nationales en 2014...

    Daniel Fleury Le 21 janvier 2014 à 14:01
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  • Le PCF a pour stratégie les places à prendre ou à conserver même s’il y a entorse à leur conviction . Le PG n’a pas beaucoup de places à défendre coûte que coûte et reste donc sur ses convictions (ce qui est un bien) . Nous avons entendu parler à la TV de Nouvelle Donne mais pas de Ensemble pourquoi ? Reste l’éducation des Français mais par quel moyen , les grands médias étant réservés aux trois partis PS UMP FN mais que fait le CSA ? Le seul moyen d ’éduquer une partie de la population est la participation des citoyens aux décisions dans son quartier puis dans sa ville , puis dans sa région , puis dans son pays mais avec d’autres députés qui acceptent la décision du peuple pas comme en 2005.

    Delache Le 22 janvier 2014 à 17:38
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  • Arrêtons de nous jeter mutuellement l’anathème. les municipales ne sont pas le "tout" de la politique. Il faut savoir que les histoires sont différentes, que les cultures politiques sont diverses. Il importe d’en débattre, mais toujours avec une volonté de dépassement. Notre peuple a un besoin ABSOLU et URGENT d’unité de toute lla gauche radicale, la seule gauche à vrai dire...

    Paul REGUER Le 25 janvier 2014 à 18:46
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