Accueil > Politique | Par Nathanaël Uhl | 22 mai 2015

PS : la motion A plutôt que le plan B

Le plan s’est déroulé sans accroc : participation forte, motion favorable au gouvernement à 60%, frondeurs qui frôlent les 30 %. Tout est réuni pour qu’au Parti socialiste, le changement, ce ne soit pas maintenant… et pour que Jean-Christophe Cambadélis en garde la direction.

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Sans surprise, le Parti socialiste a voté dans la soirée du 21 mai. Sans surprise, la motion dirigée par Jean-Christophe Cambadélis a raflé 60% des suffrages. Sans surprise, les frondeurs de la motion B arrivent en seconde position, mais sans parvenir à franchir la barre symbolique des 30%. Cambadélis devrait logiquement être – enfin – élu premier secrétaire du PS la semaine prochaine. Le congrès qui se tiendra à Poitiers du 5 au 7 juin ne sera l’occasion d’aucune clarification idéologique et ne devrait se solder par aucun départ.

La participation, annoncée aux environs de 72.000 votants, soit 55 % des adhérents à jour de cotisation, est sensiblement la même qu’au congrès de Toulouse. La motion D, dirigée par Karine Berger, qui voulait constituer une alternative face aux deux gros du PS, échoue à passer la barre des 10%. Quant à la motion C, qui prônait la défense des « militants de terrain », elle est marginalisée.

Sa rassurer à n’importe quel prix

Les militants socialistes ont donc fait le choix de la légitimité. Ils ont refusé de créer une crise en déstabilisant l’attelage qui dirige le pays et le PS. Cette volonté de « maintenir l’unité » était palpable dans les bureaux de vote. Au sein d’un parti exsangue, déjà vidé d’une parti de sa substance militante par la multiplication des départs, encore sonné par le triple échec des municipales, des européennes et des départementales, les votants ont exprimé leur volonté d’être rassurés. À n’importe quel prix.

Du coup, ils ont répondu à Benoît Hamon. Ce dernier avait estimé dans la presse que François Hollande pourrait ne pas être au second tour de la présidentielle de 2017. Ce qui se voulait un avertissement fraternel, une invitation à la réflexion, n’a eu comme effet que de brusquer ceux des socialistes qui militent encore, sans avoir d’enjeu particulier. L’adhérent socialiste est, plus que d’autres, légitimiste.

Dans ce contexte, la "gauche du PS", regroupée au sein de la motion "À Gauche pour gagner", étalonnée à 28% par le vote, peut se féliciter de son meilleur score depuis dix ans. Elle est en tête « dans plusieurs dizaines de départements », revendique Christian Paul, premier signataire de la motion frondeuse. Ce score va lui permettre de justifier la continuité du travail au sein du Parti socialiste, profitant des contradictions entre le texte de la motion majoritaire et la pratique politique de l’exécutif.

Clarification impossible

De fait, la construction politique de la motion Cambadélis – qui a réussi à inclure une Martine Aubry qui s’est souvent montrée critique avec la politique gouvernementale, mais aussi Manuel Valls et ses proches – et les résultats obtenus par les différentes motions permettent à chacun d’y lire ce qu’il veut. Cela n’a pas manqué. Au micro d’Europe 1, Benoît Hamon a lancé : « Un militant sur trois s’est reconnu dans une orientation qui demande une inflexion de la politique du gouvernement (…) il y a une puissante aspiration à ce que le Parti socialiste retrouve son centre de gravité. »

À l’opposé, les proches de Manuel Valls ne manqueront pas de lire dans les 60% obtenus par la motion A un « encouragement à mener les réformes dont le pays a besoin ». François Hollande, qui n’a plus sa carte au PS, a évoqué depuis Riga la « stabilité » et la « cohérence ».

Pourtant, à l’issue de ce vote, ce dont manque le plus le PS, c’est bien de cohérence. Et si le patron de l’organisation, Christophe Borgel, parle du vote des militants socialistes comme ayant « permis une clarification » sur ce que devra être la ligne politique du PS d’ici 2017, il est bien le seul à pouvoir la lire. Dans les faits, l’assemblage de la motion majoritaire avait des airs de fusion technique avant l’heure. Elle amalgame autour du même texte Martine Aubry et Manuel Valls, l’éco-socialisme et le libéralisme social à la sauce Macron. La seule cohérence dans tout cela, c’est bien celle du pouvoir et de sa conservation. Un art dans lequel Cambadélis est passé maître.

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Vos réactions

  • Où 45 000 personnes "décident" de l’avenir d’un pays !

    Gérard Blanchet Le 22 mai 2015 à 15:06
  •  
  • Non,mais’ 45 000 personnes "décident" dans un parti’ !
    Et,là,nous devons regarder les mouvementistes,qui n’ayant pas de partis,constituent une ’nébuleuse’ évanescente.
    C’est pourquoi,il nous faut maintenir un parti,le PCF à la gauche du PS.
    Le mouvementisme est trop fragile pour constituer un pôle solide.
    Un part c’est comme un numéro10 au foot ou une mélée au rugby,ça aide.
    ici certains le comprenne avec le temps depuis déjà 31 ans,le PCF existe encore,il faut le renforcer, 1984 !!!
    Oui ce que je fais,chacun peut le faire en rejoignant le PCF !

    Maurice Le 23 mai 2015 à 17:39
       
    • parti qui n’aura jamais tort, faute d’avoir toujours raison, est un parti où il est de règle de ne jamais revenir ouvertement sur les décisions antérieures... On se permettra de signifier aux partis du parti qu’ils peuvent toujours revenir, eux, sur leur décision de partir... C’est tout. Car la forme Parti ancienne fonctionne à la toute-puissance... Peu importe d’ailleurs le nombre de membres, pourvu qu’on ait l’ivresse... Et tant pis si l’ivresse décime...

      Aubert Sikirdji Le 31 mai 2015 à 11:11
    •  
    • Erratum : ..."Un parti qui n’aura jamais tort, faute d’avoir toujours raison"...

      Aubert Sikirdji Le 31 mai 2015 à 11:13
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