Autocollant de supporters radicaux du PSG à Cologne © Nathanaël Uhl
Accueil > Société | Par Nathanaël Uhl | 16 mai 2013

PSG : violence et exclusion sociale

Le 13 mai devait être la fête d’un Paris Saint-Germain champion de France. La soirée a tourné à la violence urbaine. Chacun cherche à comprendre pourquoi et comment. « Casseurs » et « ultras » ont été successivement désignés coupables. Et si le club de la capitale payait le prix de sa politique de nettoyage des tribunes ?

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Amplifiés, déformés par les médias de masse, les incidents survenus lundi 13 mai au soir à l’occasion du sacre d’un Paris Saint-Germain champion de France de football méritent moins et mieux en même temps. Loin de relever de l’émeute urbaine, ils sont les stigmates d’une politique d’exclusion menée tant par le club que par la municipalité de la Capitale. Les faits sont là : il y a eu de la casse ; des gens ont eu peur. Il y a eu des arrestations : 31. Il y a eu des blessés légers : une vingtaine. Il y avait plus de 15 000 personnes rassemblées au Trocadéro.

La frange d’extrême-droite des supporters, notamment ceux du Kop de Boulogne, a été rapidement pointée du doigt par une partie de la toile dès le matin suivant, faisant écho aux propos de la droite qui stigmatisait les « casseurs » venus de banlieue. Le député UMP Jean-Sébastien Vialatte a même cru bon d’évoquer « les descendants d’esclaves » sur son compte twitter avant d’effacer cette saillie. Las, pour les uns comme pour les autres, les vidéos filmées par différents médias démentent ce qui s’apparente à deux légendes urbaines.


Selon les observateurs du milieu supporter parisien comme selon des participants, les supporters adeptes du « pouvoir blanc » étaient absents du rassemblement au Trocadéro. Quelques-uns d’entre eux s’étaient faits remarquer dans la nuit de dimanche sur les Champs-Elysées. Quant aux casseurs, c’est autour d’une cinquantaine que les spécialistes de la question les dénombre. Restent les « ultras », pointés du doigt par les autorités. Or, il n’y a plus aujourd’hui de groupes constitués de cette mouvance. Ils ont été dissous dans le cadre du « plan Leproux » (2010) à l’instar des autres groupes de supporters considérés comme violents.

Les ultras, rassemblés essentiellement au sein du kop (tribune) d’Auteuil étaient majoritairement antifascistes et antiracistes. Ils étaient aussi, souvent, des supporters venus des banlieues populaires : Val-de-Marne, Seine-Saint-Denis ou Essonne. Dans le passé, ces ultras se sont affrontés violemment avec les hooligans aux crânes rasés du kop de Boulogne. Voilà pour le décor. Ce sont eux qui ont été principalement visés par le « plan Leproux » qui visait à modifier en profondeur la sociologie des tribunes du Parc des Princes.

Au final, ce plan s’est révélé une opération de « nettoyage » ethnique et social des tribunes du PSG. Menée à l’époque où le club était propriétaire du fonds de placement Colony Capital, elle s’inscrit dans une démarche générale du football business européen. A l’heure où le fric roi prend la main sur le sport populaire par essence qu’a toujours été le football, il faut prioriser les supporters qui rapportent de l’argent. Ce ne sont pas les banlieusards pauvres qui doivent peupler les tribunes mais les nouveaux, les « footix » : classes moyennes supérieures qui accourent dès que la victoire arrive. Ce plan mené à bien a rendu le PSG, considéré autrefois comme une danseuse coûteuse, en objet rentable pour les Qatari.

Pendant ce temps-là, les rescapés des hooligans d’extrême-droite qui formaient le gros du kop de Boulogne se sont soit rangés des voitures, soit ont changé de terrain de chasse soit ils ont été embauchés au sein de la sécurité du PSG. Ils ont le visage et la couleur qui rassurent les nouveaux clients du PSG. Des clients qui rapportent gros. Le tarif des abonnements au PSG ne cesse d’augmenter depuis Colony Capital et encore plus après le rachat du club par l’émir du Qatar. Certes, quelques groupes de supporters « historiques » peuvent encore pratiquer les anciens tarifs mais faut-il les connaître…

Les travées du Parc des Princes ont été aussi nettoyées de tous les symboles rattachés à la culture populaire du football. Un ancien ultra du PSG raconte, les larmes au bord des yeux, l’effacement des RIP, ces fresques peintes à l’aérosol en hommage aux supporters disparus trop tôt. C’est le symbole le plus frappant, pour quiconque connaît et aime le foot, d’une destruction de la mémoire footballistique rattachée au PSG. Comme les ultras ont été interdits de Parc des Princes, les jeunes des quartiers populaires issus des banlieues se voient interdits de capitale.

Lundi 13 mai au soir, ce ne sont pas des ultras organisés qui ont haussé le ton, pour demander le droit de reprendre leur place en tant que supporters du PSG. Même si le déploiement d’une banderole en ce sens le laisse penser. La galaxie des ultras est trop composite pour que quiconque puisse parler en son nom. Ce n’est pas non plus la « racaille » venue de banlieue avec ses sweats à capuche, ses faces bigarrées, ses codes de comportement. Cette jeunesse issue des quartiers populaires est aujourd’hui pratiquement empêchée d’accéder à la capitale. Les grandes stations de RER qui accueillent les usagers venus des périphéries de Paris sont l’occasion de le mesurer. Il faut y voir les cordons de contrôleurs de la RATP quand ce ne sont pas ceux de la police ferroviaire et les contrôles systématiques dès que le visage est un peu trop basané.

Mais alors, qui ? Qui a commencé et, surtout, pourquoi ? Le PSG est coutumier des fêtes ratées. Mais, au-delà de ce qui pourrait passer une malédiction, peut être faut-il admettre, avec le sociologue Nicolas Hourcade qu’il n’y a pas une raison : « On voudrait n’avoir qu’un seul diagnostic. On aimerait savoir qui est le coupable, alors qu’à mon avis il y en a plusieurs. On voudrait savoir qui sont les individus violents, alors qu’il me semble y avoir des profils très divers. Il n’y a pas un seul responsable mais plusieurs. Il n’y a pas qu’une seule explication. » En revanche, on peut se demander si la réintégration des associations de supporters radicaux dans le dispositif parisien n’aurait pas permis de prévenir les incidents prévisibles de ce 13 mai.

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