Accueil > Politique | Par Guillaume Liégard | 15 janvier 2014

Pour le Medef, c’est Noël tous les jours

Les annonces de François Hollande exaucent les vœux du patronat, qui se retient à peine de crier sa joie, et emballent dans ces cadeaux une "politique de l’offre" qui a pourtant fait la preuve de sa totale inadéquation à la situation économique.

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Qui a parlé de déprime des Français, quand la magie de Noël a encore produit tous ces effets enchanteurs ? Les petits yeux illuminés de bonheur de Pierre Gattaz, après la conférence de presse de François Hollande, sont là pour en attester. Bien sûr, comme tout enfant trop gâté, il ne sera jamais complètement rassasié et il continuera à réclamer toujours plus, toujours plus vite. Mais les déclarations du président de la République exaucent presque intégralement la longue liste au père Noël que le Medef avait adressée au gouvernement au mois de novembre sous l’appellation "pacte de confiance". Le paquet cadeau a certes changé puisque la dénomination retenue est celle de "pacte de responsabilité" mais le contenu, lui, est une copie conforme.

"Accélération"... de la politique libérale

Le Crédit d’impôt pour la compétitivité et l’emploi (ou CICE) avait été le cadeau phare de l’année dernière. En 2013, celui-ci a été équivalent à 4% de la masse salariale de l’entreprise hors salaires supérieurs à 2,5 fois le smic. En 2014, le taux est porté à 6%. Le gouvernement, lui même, a évalué à 13 milliards d’euros le coût du crédit d’impôt pour 2013 et à 20 milliards pour 2014. Et pour être bien sûr que cet allègement de charges soit sans contrepartie, le gouvernement avait annoncé, par anticipation, que l’utilisation du CICE ne serait pas contrôlé par l’administration fiscale.

Les annonces faites par François Hollande, mardi 14 janvier, indiquent une seule "accélération", celle de la politique libérale. Il s’agit d’abord de la fin programmée des cotisations familiales payées par les entreprises d’ici à 2017, qui représentent 5,4% des salaires. C’est une très ancienne revendication du patronat qui est ainsi satisfaite pour la bagatelle de 35 milliards d’euros. On ose à peine rappeler que ces allocations versées, pour l’essentiel, sous conditions de ressources, ont une fonction de redistribution sociale et de solidarité au bénéfice des familles les plus démunies. Ce cadeau sera financé par une baisse de 50 milliards d’euros des dépenses publiques... Cela tombe bien, c’était aussi une exigence du patronat. Cet engagement aura des incidences fortes sur les dépenses de l’État, c’est-à-dire sur le nombre des fonctionnaires et les moyens financiers des collectivités territoriales. C’est clairement dit : parmi celles-ci seront privilégiées, par des incitations financières, les métropoles, qui absorberont les départements dans leur aire géographique, et les régions sont invitées à se regrouper.

« Keynes tué d’une balle dans la nuque ! »

Pour la protection sociale, si les objectifs sont renvoyés à la compétence d’un Haut conseil du financement de la protection sociale, c’est la réduction des actes médicaux et des prescriptions de médicaments, entre autres, qui sont visées. Pourtant, en France, déjà un citoyen sur cinq renonce à se soigner pour des raisons financières. Une situation qui va donc inévitablement s’aggraver.

Une telle orientation a un nom, c’est une politique libérale. « Soutien tous azimuts aux entreprises par la réduction des coûts, la simplification des normes, la prévisibilité des règles. Le tout en vertu de ce vieux principale libéral repris par le Président : « L’offre crée la demande », écrit Libération. « Tout pour l’entreprise, rien pour les ménages ! Il fallait oser », reconnaît, admiratif, Le Monde. Mais c’est au Medef que la satisfaction est la plus évidente. Dans un tweet envoyé dès la fin de la conférence de presse, Geoffroy Roux de Bézieux déclare ainsi tranquillement : « La phrase la + importante de cette conf.de presse : " c’est sur l’offre qu’il faut agir" ! Keynes tué d’une balle dans la nuque ! ». Léger et délicat.

Cette politique est pourtant contestée par des économistes, pas particulièrement radicaux comme Éric Heyer, directeur adjoint au département analyse et prévisions de l’OFCE : « C’est une politique de l’offre mais qui est financée par une politique de la demande négative. Pour le dire plus simplement, on transfère les charges qui pèsent sur les entreprises sur les ménages. Ce n’est pas une bonne idée, car le vrai problème des entreprises aujourd’hui ce n’est pas l’offre mais bien la demande. Les carnets de commande sont vides. Et comme on fait une politique de demande négative, on va encore diminuer la demande. Les carnets de commande vont donc se vider encore davantage. »

Les mesures d’austérité budgétaire annoncées sont celles qui ont échoué partout en Europe. Le résultat est connu d’avance : l’austérité conduit à la contraction de l’économie qui génère l’augmentation mécanique des déficits et du chômage. Du grand art.

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  • 50 milliard d’€ d’économie, 30 milliard de subs aux patrons, on voit bien qu’il est question de durcir à outrance la politique d’austérité. Le socialisme de la synthèse cherche à hybrider ici les "modèles" du New Labour anglais (une persécution bureaucratique et sécuritaire des pauvres), de la paupérisation grecque et du plein emploi allemand. Pendant que l’Allemagne va à pas de tortue vers un salaire minimum, la France ne se suffit pas des mesures de précarisation et d’assistance aux entreprises promulguées depuis près de 40 ans (dont les pharaoniques "allégements de charges").
    Il est donc encore et toujours question de "faire baisser le coût du travail", mais cette fois en ayant en tête le modèle allemand de précarisation des salariés, une balkanisation accrue des travailleurs selon leurs statuts et leur accès au revenu, balkanisation qui va jusqu’au sacrifice expiatoire des vieux salariés pauvres, eux dont l’espérance de vie est pour la première fois en train de baisser, sans guerre ou catastrophe naturelle ou sanitaire, mais bien dans une société plus riche que jamais (voir Dette et austérité, le modèle allemand du plein emploi précaire, http://www.cip-idf.org/article.php3?id_article=6023)....

    La déclaration de Hollande sur la nécessité de préserver les droits des chômeurs (lesquels ? plus de la moitié des chômeurs est non indemnisé, l’immense majorité des chômeurs de moins de 25 ans sont dans cette situation tout en étant interdits de RSA de par la bonté des socialistes depuis l’instauration du RMI en 1989) affiche de bonnes intentions, mais ce sur quoi parie le socialisme HEC CAC 40 c’est bien une augmentation du nombre déjà grand des "chômeurs en activité à temps réduit", c’est à dire de chômeurs parfaitement disponibles à bas prix pour les besoins des entreprises ("publiques" ou "privèes"). Et il est vrai que pour garder les chômeurs disponibles à l’emploi, il faut que ces derniers ne soient pas tout en train de crever de faim dans les caves, les bois et les rues.

    On nous refait aujourd’hui le coup du respect, de la dignité minimale, tout comme le gouvernement Jospin l’avait fait en 1997/98 (voir À gauche poubelle, précaires rebelles, http://www.cip-idf.org/article.php3?id_article=5374). Sauf que l’on doit se souvenir que le grand méchant loup du profit n’est pas tout à fait un adepte des sucreries, que les gestionnaires de l’économie ont aussi été formés pour parler doux tandis qu’ils serrent dans leur main le couteau avec lequel ils nous dépècent quotidiennement. Et sans phrases. L’expression "comme en 14" pourrait bien désigner au XXIe autre chose que l’industrialisation massive de la guerre qui avait ouvert le XXe siècle...

    Les "avancées sociétales" concédées par le PS (la modernisation du mariage ou celle promise sur la fin de vie) ne sont que des alibis, elles visent une vie individuelle et une intimité que nos hiérarques n’ont de cesse de détruire en masse, sous la schlague économique et le contrôle sécuritaire

    Mais nous avons le choix, soit, comme on l’exige de nous, tâcher de survivre dans le "bonne chance à chacun et que les meilleurs s’en sortent", soit inventer un nouvel égoïsme collectif et égalitaire, former des communautés de lutte suffisamment puissantes pour s’opposer efficacement au seul collectivisme réellement existant actuellement qui est celui des nantis.

    colporteur Le 15 janvier 2014 à 13:36
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