Accueil > Politique | Par François Salvaing | 29 juillet 2013

« Pour le début d’une véritable union de la gauche », par François Salvaing

La montée du FN, les évolutions des partis socialistes et sociaux démocrates, l’émergence de nouveaux mouvements populaire à l’échelle internationale…interrogent nos cadres politiques et questionnent la stratégie d’union de la gauche qui organise en profondeur la gauche française depuis 1965. Union de la gauche, break ou rupture ? Le débat doit s’organiser. Dans le numéro d’été de Regards, Jean-Luc Mélenchon livre sa vision. Ici, François Salvaing, écrivain, nous donne son point de vue.

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Je souhaite, pour ma part, le début d’une véritable union de la véritable gauche.

J’ai cru à son amorce en 2005, lors du référendum sur l’Europe, grand moment citoyen, le dernier de ce niveau. Cette amorce fut rapidement écrasée sous de picrocholines querelles d’appareils à propos d’une candidature à l’élection présidentielle de 2007. Sans doute parce que les conditions n’étaient pas réunies. Nous ne saisissions pas encore ni ce que les enjeux avaient de considérable, ni ce que l’union avait d’indispensable et d’urgent. Le saisissons-nous mieux aujourd’hui ? C’est loin d’être certain.

Il faut revenir, bien entendu, sur ce que depuis la bataille pour un Programme commun de gouvernement, on appelle union de la gauche sous la Vème République. Peau de chagrin. Pendant 5 ans (1972-1977), elle visa à d’ambitieuses réformes. Puis (1977-1981), sous l’effet réducteur des calculs des uns et des autres, elle en rabattit. Puis parvenue aux responsabilités, elle ne tarda pas (1981-1984) à y renoncer, et couvrit dès lors de son manteau déchiré la poursuite du démantèlement de l’appareil productif français entrepris par les gouvernements précédents. A l’exception de la période (1995-2002) dite de la gauche plurielle, l’union de la gauche désigna, rabougrie, les alliances ponctuelles conclues pour les élections législatives et municipales, dont toutes n’avaient pas pour seul contenu la conservation (pour le PCF) ou la conquête (pour le PS) de sièges et de positions : il arriva, il arrive que les citoyens constatent encore de nettes différences entre la gestion des collectivités territoriales par la droite ou par la « gauche unie ».

Reste que le déséquilibre devenu structurel entre les différents partenaires, et l’abime au moins apparent entre leurs conceptions, notamment de l’Europe, condamnent cette union de la gauche-là à n’être plus qu’un costume inhabité dont le Parti socialiste se sert avec adresse pour masquer ses responsabilités, une fois que la courte échelle lui a été faite pour y accéder sans partage.

Bien des citoyens, et encore plus d’habitants de la France à qui n’est toujours pas proposé le droit de vote à quelques élections que ce soit dans les faits, et dans les principes en tout cas pas aux élections d’enjeu national, bien des êtres pensants vivant en France perçoivent les leurres actuellement contenus par les cérémonies dites démocratiques. Les déçoivent en particulier ceux qui portent le label Union de la Gauche et aboutissent aux résultats que l’on sait -par le passé et présentement : dans les domaines essentiels, le Parti socialiste au pouvoir prolonge et aggrave la politique qu’il a prétendu, dans l’opposition, vouloir combattre.

Cette situation catastrophique et la vision lucide qu’on peut, si nombreux, en avoir n’ont pas, pour l’instant, entraîné que notre union, véritable union d’une véritable gauche, voie le jour, et contribue de manière efficace à contrecarrer les projets en œuvre d’abaissement du coût et du sens du travail, ou d’effilochage des protections sociales, ou encore de soumission toujours plus servile et mortifère aux injonctions du Marché et de ses principaux bénéficiaires occidentaux, les capitalismes américain et allemand. Et encore moins à proposer une issue convaincante.

Cela tient, à mes yeux, à deux raisons, à la fois indépendantes et liées : nous n’avons pas encore su construire intellectuellement une alternative économique et politique au monde tel qu’il va, et nous n’avons pas encore réellement dépassé la vision nationale ou même européenne des enjeux qui nous défient et des forces dont nous disposons pour y répondre.

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  • Merci à François Salvaing de cette analyse tellement juste...

    Didier OLMOS Le 16 septembre 2013 à 19:13
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