Accueil > Politique | Entretien par Catherine Tricot | 26 novembre 2013

Sergio Coronado, « Pour peser il ne suffit plus de s’ancrer à gauche » 

A la fin de la semaine, EELV tiendra son congrès. Occasion de prendre le pouls du parti et de ses militants sur la question qui divise, celle de la participation gouvernementale. Décryptage avec le député écologiste Sergio Coronado.

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Regards.fr. Quels seront les enjeux du congrès EE-LV ?

Sergio Coronado. Ce sera le moment de faire une évaluation de la présence de 2 ministres écologistes au gouvernement. Le débat avait été évacué lors de l’université d’été et l’atelier prévu pour en débattre remplacé par la venue de Christiane Taubira et du tout nouveau ministre de l’environnement. 
Bien que la question de la participation au gouvernement ne soit pas officiellement à l’ordre du jour du congrès, il est évident qu’elle a pesé dans la phase de préparation et je ne crois pas qu’elle puisse échapper au débat du congrès. 
Plus profondément nous avons à réfléchir au déploiement des idées qui nous importent. La crise met l’écologie sous forte pression. Le moins que l’on puisse dire est que le gouvernement montre peu d’appétence pour les enjeux que nous portons. 
Mais il nous faut aussi avoir la lucidité de reconnaître notre faiblesse en terme de propositions lisibles sur les enjeux majeurs que sont le changement climatique et la transition écologique. Nous devons faire un travail de préparation de mise à jour sur le plan doctrinaire.

Les militants se sont prononcés sur 7 motions. Comment lire ces résultats ?

Nous n’avons pas réussi à structurer le débat pour qu’il soit lisible à l’extérieur. Pourtant quelques tendances apparaissent.

  • 1- la forte abstention. Moins de 50% des adhérents ont pris part au vote.
  • 2- la motion qui sort en tête obtient 38%. Cette motion était soutenue par les deux ministres, la quasi totalité des parlementaires et par l’appareil. C’est donc un résultat plutôt mitigé. Surtout si on se souvient que l’accord avec le PS avait été ratifié par plus de 75% des militants et qu’au dernier congrès la motion Dufflot était majoritaire au premier tour. Le socle s’effrite.
  • 3- la motion que je soutenais, la Motion participative, portait une critique à l’égard de la participation gouvernementale et se disait favorable au dialogue au sein de la gauche et avec la gauche critique. Elle obtient plus de 20%. 
  • 4- la motion Via Ecologica, soutenue par Jean Desessard et Stéphane Gatignon, était plus hétérogène sur le plan du positionnement politique. Elle est portée par des personnes dont la greffe avec Europe Ecologie les Verts a été difficile. Elle est soudée par la critique du fonctionnement interne. Elle a réunit 17% des militants. A mon avis, la direction sortante va chercher à s’allier avec eux moyennant des ajustements.
  • 5- La motion portée par Eva Joly ne marque pas de distinction significative avec notre motion. Les enjeux de positionnement internes ont conduit à cette séparation entre nos deux courants. Dommage pour la clarté des débats et pour notre poids politique.

    Pourquoi la direction contourne-t-elle le débat sur la participation gouvernementale ?

C’est en effet certain que la question est présente dans la tête des militants. Et ils sont critiques comme la plupart des Français.
La direction semble atteinte du syndrome Martin Hirsch : il ne regardait le bilan qu’à l’aune de son travail et de ses propres objectifs. RSA ou pas RSA était la seule question. Aujourd’hui tout l’argument tend à nous expliquer que la situation se résume au travail de nos ministres.Est-ce suffisant ? 

Comment évaluez-vous personnellement le positionnement politique des écologistes ?

Le malheur veut que nous soyons au gouvernement avec les socialistes alors que la social-démocratie est sous l’influence des marchés et que la génération qui est au commande s’est formée dans le « tournant de la rigueur » de 83.
Cela doit nous conduire à reprendre la réflexion sur le positionnement politique des écologistes. On a longtemps cru que pour peser il suffisait de s’ancrer dans le camp de la gauche. C’est l’héritage de Dominique Voynet qui a sorti les écologistes du Ni-ni. Mais cela ne suffit plus. Nous sommes face à des points durs qui nous opposent à l’approche dominante de la sociale démocratie actuelle : nous sommes pour une société ouverte, nous sommes opposés à l’idée que la croissance répondrait è tous les maux.

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