Yingluck Shinawatra, première ministre de la Thaïlande refuse pour l'instant de quitter son poste.
Accueil > Monde | Par Jack Thompson | 11 décembre 2013

Thaïlande, la fronde des élites continue

En Thaïlande, le mouvement de contestation du pouvoir en place ne faiblit pas. Pour l’heure, la premier ministre Yingluck Shinawatra refuse de démissionner. Le bras de fer continue. Reportage sur place.

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Lundi, les « antis » Shinawatra ont de nouveau battu le pavé de la capitale thaïlandaise. Une foule bigarrée où l’on croisait des vieux, des jeunes, des moins jeunes et même une starlette posant à la chaine pour un cliché souvenir aux cotés de fans ébahis. Une ambiance mi-festive, mi-sérieuse, à l’image de ces manifestants paradant sur un tractopelle qui aurait, éventuellement, pu servir à dégager barricades et barbelés entravant leur marche vers le palais gouvernemental. Tous étaient unis par un but commun, la chute du « système Thaksin », cette mainmise exercée par le clan des Shinawatra sur le pouvoir et aujourd’hui incarnée par Yingluck Shinawatra, sœur de l’ex premier ministre Thaksin Shinawatra renversé en 2006 [1].

Pravit s’arrête un instant, il expose brièvement ses motivations : « lutter contre la corruption… on n’en peut plus [du Thaksinisme], ils doivent dégager. » Plus l’on se rapproche du palais gouvernemental, plus la foule se fait dense. Bientôt on ne peut plus guère avancer, reculer, ni même bouger tant la cohue est compacte. Au dessus des têtes, un immense drapeau ondule tel un serpent, il remonte lentement la foule, happé par des centaines de mains tendues. 12 h 40, il se passe quelque chose du coté de l’ultime barricade de béton séparant le siège du gouvernement des protestataires. Des manifestants l’ont franchit sans rencontrer de résistance apparente, ils progressent vers les grilles du palais. La confusion règne.
Difficile de s’extraire de ce capharnaüm de plus en plus compact. Des volontaires distribuent des bouteilles d’eau. Tout comme la nourriture, les chapiteaux géants, les centres de soins, etc. qui depuis un mois sont à mis à la disposition des protestataires. Tout est offert. Par qui ? Un militant esquive la question : « on sait tous qui paient les notes [les élites] mais si on ne fait rien ils [les Shinawatra] vont ruiner le pays »Il n’en démord pas, « le thaksinisme doit être éradiqué », mot à mot il reprend la rhétorique de son leader, Suthep Thaugsuban, un ex-vice-premier ministre démocrate parti en croisade pour libérer le royaume de l’emprise des Shinawatra.

La dissolution ne satisfait pas la rue

La trêve inaugurée à la veille de l’anniversaire du roi Bhumibol (86 ans le 5 décembre) aura fait long feu. Dès le 6, les « antis » Shinawatra se remobilisaient. Suthep a fixé la date du 9 décembre pour porter un coup fatal au « système Shinawatra ». Les évènements se sont précipités quand le 8 au soir l’opposition parlementaire regroupée au sein parti démocrate a resigné en masse. Au matin du 9, Yingluck donnait une brève allocution télévisée «  j’ai dissous le Parlement pour rendre le pouvoir au peuple », a-t-elle annoncé, pavant ainsi la voie vers des élections anticipée et une sortie de crise. Peine perdue, la haine viscérale des manifestants provenant pour la plupart de la bourgeoisie urbaine auxquels se sont joint des contingents venus du Sud demeure aussi forte.

A l’heure de la dissolution, Suthep Thaungsuban paraît en grand vainqueur, il clame à qui veut l’entendre que « le peuple souverain a mené à bien une révolution du peuple… arrachant à mains nues le pays des griffes d’un gouvernement corrompu ». Mais le tribun exige désormais la mise en place d’un « Conseil du peuple » choisit parmi des « gens décents » pour former un gouvernement provisoire dont le premier ministre serait nommé par le roi. En clair, Suthep rejette toute idée d’élection car galvaudée par les achats de vote. Si Yingluck Shinawatra se présente, elle devrait logiquement l’emporter. Suthep le sait fort bien, son parti n’a pas remporté un seul scrutin en 20 ans. La « révolution du peuple » qu’il prétend avoir accompli lundi est le fait de 140 000 manifestants (selon la police), loin s’en faut de représenter la majorité des électeurs. Fort de son succès du jour Suthep a malgré tout lancé un nouvel ultimatum à Yingluck Shinawatra : soit elle part, soit elle encoure la colère du « peuple souverain ».

Ces dernières heures, des juristes sont montés au créneau, dénonçant le « caractère fasciste » des propositions de Suthep et le conjurant d’exprimer ses vues via les élections. Pour l’heure Yingluck Shinawatra s’accroche à son poste. Conformément à la Constitution elle entend se maintenir au pouvoir et organiser le scrutin à venir. Sera-t-elle encore en poste à la fin de la semaine ? Aujourd’hui personne ne sait ce qu’il peut advenir dans la Cité des Anges qui bruisse de rumeurs les plus folles.

Notes

[1lire notre article du 4 décembre dernier sur regards.fr : « En Thaïlande, les élites traditionnelles mobilisées pour la “démocratie” »

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