Photo Elizabeth Carecchio
Accueil > Culture | Par Caroline Châtelet | 22 octobre 2013

Théâtre, « Pertubation » de Krystian Lupa, déséquilibres en scène…

Spectacle fleuve à la virtuosité de jeu et la maîtrise scénique rares, Perturbation offre une plongée puissante dans un univers dominé par la désolation et la détresse.

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Il y a des spectacles dont on sait qu’ils vont rester en mémoire longtemps, cheminant souterrainement, se révélant progressivement comme ce qu’ils sont : des œuvres fortes, complexes, dont la charge vitale peut toucher au plus profond. C’est ce qui ressort à la découverte de Perturbation, qui en travaillant formellement la notion de perturbation, use des détours et longueurs comme de leviers à la puissance d’un texte. Dans ce qui constitue sa deuxième mise en scène avec une équipe française, le metteur en scène polonais Krystian Lupa a choisi un écrit de Thomas Bernhardt, auteur qu’il affectionne et a déjà monté précédemment. Partant d’un roman de jeunesse de l’écrivain autrichien, Lupa l’adapte librement et remodèle le récit pour le conformer aux nécessités du plateau. Tout en en conservant son essence, à savoir le déploiement implacable d’un déséquilibre généralisé, métaphore d’un pays gangrené. Ainsi, Perturbation raconte la tournée d’un médecin de campagne accompagné de son fils, revenu quelques jours auprès de lui, dans des zones reculées des Alpes autrichiennes. Une sensation de cul de sac énoncée par la scénographie où dominent, dans le décor de scène comme dans les deux « boîtes » révélant des chambres décrépies aux papiers peints arrachés, des anciennes ouvertures murées. C’est ce monde d’impasses et d’obliques que le jeune homme observe, se faisant, à l’image de son adresse initiale à la salle faite en bord de scène, le premier et dernier spectateur de l’ensemble. Après des visites à plusieurs patients où, outre l’impuissance patente du médecin, se révèle la violence des pathologies – plus souvent psychiques que physiques –, ils arrivent au château du Prince Saurau. Là, dans la vieille bâtisse enlisée dans le souvenir de son passé fastueux se révèlent verbalement et scéniquement la profondeur des troubles. Et tandis que la première partie du spectacle déroulait dans un mouvement régulier une alternance subtile du jeu et de la vidéo, allant ainsi d’une chambre, d’une famille et d’une pathologie à l’autre, les deuxième et troisième parties distordent temps et action. Nous voilà dans les entrailles du château, là où plus rien ne bouge : répondant à l’exploration par Thomas Bernhardt des douleurs psychiques, Krystian Lupa, fouille, creuse et ménage des espaces de jeu basés sur l’étirement d’une parole.

À la puissance et la grandeur métaphysique des obsessions du vieil homme à la logorrhée infernale répondent les interminables babillages oiseux des deux duos gémellaires. Mais au bout du compte, cet épuisement des corps et des paroles ne parviennent pas à faire disparaître les angoisses sourdes qui les tenaille tous, Saurau en tête. Il faut le final, à l’interprétation aussi virtuose que les quatre heures précédentes, pour révéler dans une déflagration ultime toute la force des thèmes chers à Bernhardt. Là, les confidences successives de Saurau (virtuose Thierry Bosc) et de son fils (génial Grégoire Tachnakian), le père redoutant l’anéantissement du château par son fils après sa mort, mettent au jour ce qu’aucun des personnages n’a pu fuir : les questions, ô combien universelles, de la liberté individuelle, de la transmission et du poids de l’histoire (personnelle comme collective).

  • Perturbation
  • • d’après le roman de Thomas Bernhard
  • • mise en scène, adaptation, scénographie, lumières Krystian Lupa
  • • jusqu’au 25 octobre
  • • Théâtre de la Colline, à Paris
  • • Tarifs : de 9 à 29 €
  • • 15, rue Malte-Brun
  • 75020 Paris
  • • 01 44 62 52 52
  • http://www.colline.fr

    En tournée
  • • La Comédie de Clermont-Ferrand, Scène nationale, les 13 et 14 novembre 2013 - http://lacomediedeclermont.com
  • • Scène nationale de Petit-Quevilly (Automne en Normandie), les 18 et 19 novembre 2013 - http://www.scenationale.fr/
  • • Les Célestins, théâtre de Lyon, du 3 au 7 décembre 2013 - http://www.celestins-lyon.org/
  • • Centre dramatique national Orléans-Loiret-Centre, les 18 et 19 décembre 2013 - http://www.cdn-orleans.com/2013-2014/
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