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Accueil > Résistances | Par Nathanaël Uhl | 14 juin 2013

Virgin Barbès, la culture de l’occupation

Le magasin Virgin de Barbès est occupé par les salariés depuis le 11 juin. Un mouvement qui touche d’autres sites en France. Les « gilets rouges » sont déterminés à obtenir un plan social conséquent en l’absence de repreneur. Les 26 Virgin Megastore sont condamnés entraînant 1 000 suppressions d’emplois.

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Les rideaux de fer sont tirés mais on devine de la lumière à l’intérieur. Sur le côté, une porte est ouverte, une affiche faite main : « Les salariés doivent être les premiers créanciers ». Depuis mardi 11 juin, les salariés du Virgin boulevard Barbès à Paris occupent leur magasin pour obtenir « un plan social à la hauteur ». Au total, ce sont 5 sites : Paris-Champs Elysées, Paris-Barbès, Paris-Grands Boulevards, Strasbourg, Rouen, qui sont occupés. La direction de Virgin Megastore a fermé de manière anticipée les autres sites pour prévenir l’extension du mouvement. Le Tribunal de commerce de Paris a prononcé la liquidation judiciaire de l’enseigne le 10 juin.

A Barbès, à proximité immédiate du quartier populaire de la Goutte d’or, les salariés se sont organisés. Les 28 « gilets rouges » employés sur ce site participent au mouvement, assurant la présence de 15 à 20 d’entre eux en journée mais aussi la nuit. Au rez-de-chaussée, ils ont créé leur chambre, avec matelas gonflables, couvertures et duvets. Les visages sont souriants malgré tout, heureux d’être là, ensemble. « Je n’ai jamais vu une telle détermination ni une telle unité », se félicite Julien, 40 ans, militant syndical. Quand l’un va chercher une boisson, il propose d’en amener aux autres. Au niveau national aussi, les syndicats sont unis comme jamais.

Lundi 10 juin, le Tribunal de commerce a annoncé qu’aucun projet de reprise n’est retenu, prononçant la liquidation judiciaire de l’enseigne culturelle. Les 1 000 salariés et les 26 magasins de Virgin sont donc condamnés. Si, çà et là, les salariés font émerger des projets pour leur magasin comme à Barbès ou à Marseille, la lutte a d’abord pour objet d’obtenir l’abondement du plan social. A l’heure actuelle, les actionnaires ont confirmé 6 millions d’euros, les salariés en demandent 15 pour permettre le reclassement des salariés.

La mobilisation qui se maintient à haut niveau depuis janvier a permis d’obtenir de Butler Capital Partner, actionnaire majoritaire, la promesse de 2 millions d’euros supplémentaires. Manquent 7 millions pour faire la clôture du plan revendiqué par les syndicats. Or, 7 millions, c’est précisément ce qu’ont rapporté les « soldes de la honte », cette opération sur 3 jours qui a vu les magasins rouges et blancs dévalisés par des « zombies » selon le mot de Namia, libraire à Barbès. « Ce ne sont pas les clients habituels qui sont venus, racontent Namia et Julien. On a retrouvé nos marchandises dans les magasins des alentours. »

A Barbès, la clientèle de Virgin est composée d’habitués, dont certains viennent apporter un mot d’encouragement, un sourire. Des attentions qui permettent aux salariés de tenir. Leur cible actuelle demeure Arnaud Lagardère, actionnaire désormais minoritaire mais qui a été propriétaire de la chaîne de 2002 à 2008. L’intersyndicale exige qu’il participe au plan social, le tenant pour responsable des déboires de l’enseigne culturelle. Selon des sources internes au groupe Lagardère, le golden boy français reconnaîtrait cette responsabilité, disposerait des fonds pour répondre aux demandes des « gilets rouges » mais ferait de son refus de le faire une question de principes.

Les salariés qui occupent les magasins en ont donc appelé aux politiques pour se faire entendre. Les élus parisiens du Front de Gauche se succèdent dans les locaux du boulevard Barbès. Ian Brossat et Danielle Simonnet sont en pointe sur le dossier. Ian Brossat, élu du 18e, a déposé un vœu au conseil d’arrondissement pour que la Ville de Paris fasse pression sur les actionnaires. Il réclame aussi que la municipalité prenne toutes les mesures afin que ce magasin, dont les murs lui appartiennent au travers de l’OPAC reste dévolu au commerce culturel.
Dans un coin du magasin, Didier Le Reste appelle ses camarades cheminots pour faire livrer boissons et vivres. La solidarité a de multiples visages. Elle permet aux salariés de Virgin de garder le sourire en attendant lundi. Ce jour-là, ils se rendront au Tribunal de commerce qui rendra l’application de sa décision.

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