Accueil > Culture | Par Catherine Tricot | 10 juin 2013

Week-end à Marseille - Architecture et urbanisme

Un week-end à Marseille autour de quelques mots clés

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MuCEM

Ce week-end était la véritable mise à flot du Musée des civilisations de l’Europe et de la Méditerranée. A l’entrée du vieux port, au pied du Fort Saint-Jean, Le MuCEM a ouvert ses portes aux Marseillais qui se sont pressés en nombre pour le découvrir.
Ce bâtiment est l’oeuvre de l’architecte Rudy Ricciotti. C’est une des plus belles émotions architecturales de ces dernières années. L’implantation du bâtiment, sa relation avec le site - la mer, les collines, le ciel, le port et le fort -, la poésie de sa voilette noire, le plaisir de la promenade offerte font de ce bâtiment une très belle histoire.

Cette audace formelle, cette sensibilité est une prise de risque qui peut avoir ses ratés. Il y en a. La proportion et l’atmosphère du hall d’entrée ne sont pas tout a fait convaincants. L’angle arrondi du bâtiment en verre est vraiment incertain. Mais franchement, on s’en fout. Le MuCEM est une pure merveille. Il y a de la force et du courage dans cette construction pourtant subtile. Le béton, matériau de prédilection de Ricciotti, est ici dans tous ses états : super maitrisé, technologique ou brut de décoffrage, poli, moulé ou rugueux. La passerelle, morceau de bravoure, est gentiment allégée par des perforations qui reprennent la forme d’une bulle de béton.

Le MuCEM sera certainement l’emblème de Marseille parce qu’il fait vivre ensemble les époques et qu’il est d’une poésie rare. Ouf ! Il remisera à sa place la tour de la super star irakienne (une femme) Zaha Hadid qui était en train de devenir la porte de la ville. L’architecture n’est pas totalement sans intérêt. L’objet lui est sans raison. Une idée de modernité plaquée à Marseille. Il faut parfois se méfier des stars mondialisées.

Le dais de Foster

Tout à fait différente de l’œuvre de Ricciotti, le grand architecte anglais, Norman Foster associé au paysagiste Michel Desvigne, a construit une ombrière sur le port qui, elle aussi, est une réussite. Quand Ricciotti fait dans la bravoure et l’engagement, Foster donne dans la retenue et la technologie high-tech. Les deux architectes ont pris la mesure des lieux, le port de Marseille. Ici, presque au débouché de la Canebière, Foster a offert un miroir en ombrière. Il est l’exact renversement de l’eau du port. C’est donc un miroir qui renvoie l’image d’un miroir lumineux et dansant. L’étrangeté de cette réalisation est de protéger du soleil sans assombrir. Le dais de Foster posé sur 6 poteaux semble de l’épaisseur d’une feuille. Les passants, tout amusés de se voir tête à l’envers, portent leur appareil photo vers le ciel…

Mutations urbaines

Ces bâtiments symbolisent une mutation urbaine en cours. Marseille, est en train de retrouver le contact avec le port – le port voyageur, celui des paquebots. Ses autoroutes sont parfois enterrées. Les anciens bâtiments qui faisaient vivre le port industriel - déménagé à Fos - sont réhabilités et transformés. Dernier en date, le silo devient une salle de spectacle tandis que s’achève la transformation des docks. D’autres réalisation d’importance se sont achevées ou s’achèveront au cours de cette année faste.

La question pendante est évidemment de savoir pour qui et avec qui cette nouvelle ville émerge. Pour le moment, son histoire et son site lui collent aux semelles. C’est tant mieux. Y aura-t-il ici comme souvent, une métamorphose sociale de la ville la plus populaire de France ? C’est certainement le pari à courte vue de ceux qui cherchent l’argent de ces grands travaux. Car il faut beaucoup d’argent pour remettre à flot Marseille. Peut-être en faut-il moins que l’on nous dit. Marseille n’a pas besoin de fabriquer un nouveau collier de perles : elle a déjà tant de très beaux atouts. Mais il faudra de l’argent. Et il faudrait une sensibilité politique qui manque parfois pour que ces transformations ne soient pas lisses et excluantes. Pour qu’elles aient le grain populaire. Cet argent ne peut être que public ou ce sera un massacre. Marseille sans le mélange des peuples, sans la gouaille et la liberté aura ravaudé sa beauté mais perdue son âme. Il y a déjà tellement de villes ainsi, piétonnisées et franchisées. En avons-nous besoin d’une nouvelle ?

Marseille Métropole

La remise à flot de Marseille est officiellement l’objet de la création de la future métropole. Vendredi le Sénat l’a voté. On le sait cette création institutionnelle se heurte à l’opposition farouche de la quasi totalité des élus locaux non-marseillais. Ceux du pays d’Aubagne que nous avons rencontré dénonçaient entre autre l’absence de projet de développement. Leur engagement ne sera pas sans suite. Le rapport de force créé à l’occasion de ce débat a fait entendre leurs voix. Ils ont aussi gagné en audience. La mutation urbaine et son sens social, culturel et politique sera un des enjeux des futurs combats.

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  • Juste quelques remarques : le Silo est(!) une salle de spectacles... et cela maintenant depuis 2011. Et grâce au travail de Roland Carta, elle est certainement une des plus belles salles en France.
    En ce qui concerne la tour CMA-CGM, je la trouve assez réussi, avec une vraie identité - relativement rare en France - parfaitement insérée dans l’espace urbain - et sans ce vide mortel qui entoure généralement les tours ; et esthétiquement, elle répond finalement assez bien à son emplacement, sur la façade maritime.
    On aurait pu aussi parler de l’ancienne station sanitaire de Fernand Pouillon. Construite en 1948, elle dégage une modernité étonnante. Elle a été rachetée par Regards de Provence, qui l’a transformée en musée.
    Puis l’ombrière sur le quai de la Fraternité crée non seulement de l’ombre, mais aussi un espace sonore assez particulier.

    athe Le 12 juin 2013 à 16:53
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