Accueil > Culture | Par Catherine Tricot | 11 juin 2013

Week-end à Marseille - Expos au MuCEM et ailleurs

Le MuCEM ouvre avec cinq expositions, quatre temporaires et la Galerie de la Méditerranée. Dans le Fort Saint-Jean on verra deux expositions, une sur les arts du cirque et une photographique. La place d’armes est le lieu des spectacles en plein air. Ne pas oublier Aubagne qui présente une expo sur Picasso et la céramique.

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La Galerie de la Méditerranée

L’exposition permanente du MuCEM offre un panorama des cultures communes de la Méditerranée. Tout commence très bien avec une très belle salle consacrée à la culture du blé, de l’olive et de la vigne. Cette salle présente un artisanat, des outils, des traditions culinaires de façons à la fois vivante, spectaculaire et valorisante. On se régale. La grande salle suivante réunis les quatre autres items. Il y a déjà là un petit problème de lisibilité. Cela manque de place. Les séparations entre les séquences sont assurées par des voiles blancs. Ca marche à peine. Classiquement la seconde salle est dédiée aux civilisations monothéistes. Des objets cultuels sont présentés. Magnifiques. Relevons aussi ce joli dessin animé pour enfants où un juif, un musulman et un chrétien discutent de l’origine de l’humanité. Subtile et drôle. Alors Eve, elle a croquée la pomme ou la figue ? La salle suivante est consacrée au phénomène urbain. C’est bien mais rapide. La présentation de Venise est l’occasion de la juxtaposition de portraits de Doges peints par Le Titien et d’un court métrage sur l’histoire de la ville jusqu’à l’arrivée des troupes napoléoniennes. Il y a dans cette juxtaposition sans façon un esprit que l’on retrouvera dans toutes les expositions du MuCEM. Toutes les formes d’art et d’artisanat sont présentes dans une égalité de traitement. Chacun entre avec sa culture. C’est plutôt très bien fait.
La salle suivante est un sommet de confusion avec le thème des droits de l’Homme. Une guillotine côtoie un morceau du Mur de Berlin. La Méditerranée aurait-elle fait perdre la tête aux commissaires de l’expo ? Le Mur de Berlin, tenez-vous bien, symboliserait les murs de la planète. Comme on ne peut parler du mur qui enferme les Palestiniens, on parle de Berlin ? On a du mal à suivre…
La galerie se termine par une évocation mélancolique des grandes découvertes de la fin du 15° siècle. Les marins ont ouverts de nouvelles voies et de nouveaux horizons… la Méditerranée n’est plus le centre du monde. Elle devient à jamais une mer intérieure, lieu de souvenirs et de villégiatures. Les grands draps blancs prennent enfin leur sens.


Le noir et le bleu. Un rêve méditerranéen

C’est la grande exposition temporaire d’ouverture du MuCEM. Il ne faut pas la rater. Elle est le pendant à la galerie permanente en traitant de l’espace méditerranéen à travers le temps. Conçue par Thierry Fabre qui longtemps anima l’excellente revue consacrée aux cultures méditerranéennes, La pensée de Midi, l’exposition ouvre sur cette phrase lourde de sens de Walter Benjamin : « Il n’est pas de document de civilisation qui ne soit en même temps un document de barbarie ». Le noir et le bleu.
C’est le balancier de Thierry Fabre. Dans le détail, on peut discuter. Disons néanmoins que l’exposition fait la part belle aux conquêtes, napoléoniennes pour commencer, coloniales ensuite. De très belles figures ressortent de cette partie, celle d’Abd el-Krim par exemple. Son histoire de militant anticolonial, chef de guerre du Rif contre les armées espagnoles et françaises en 1926, est relatée à travers un beau documentaire de Daniel Cling. La colonisation française de l’Algérie prend une place prépondérante. Les documents photographiques sur la lutte pour l’indépendance sont de grandes qualités. Comme ces photos de paysans algériens que l’armée française soumet. La tristesse des colons sur le bateau du retour contraste avec la joie de cette jeune femme algérienne, ivre de bonheur à l’indépendance. On retiendra un très beau court métrage de fiction sur l’avenir promis aux Palestiniens, une tour de luxe dans un petit désert entouré de barbelés. L’actualité rattrape la fiction (lire sur regards.fr En Palestine, le plan Marshall-Kerry ne fait pas rêver). L’exposition se termine par la présentation en simultanée des manifestations du monde méditerranée au cours de l’année 2011-2012. Madrid, Tunis, Le Caire, Athènes, Benghazi. Le printemps est là.


Au bazar du genre, féminin/masculin

Le MuCEM ne contourne pas l’obstacle et ouvre sur un des sujets les plus polémiques, les relations de genre en Méditerranée. L’exposition ne tranche rien. Elle retrace un mouvement d’émancipation au travers de documents parfois amusants, toujours intéressants. Elle raconte aussi comment les genres assignés sont contestés par les unes et les autres. On retient cette très belle robe blanche transparente… juste enrichie de poils sur le thorax. On aime aussi ce tablier de grossesse porté par des hommes pour accompagner la gestation de leur enfant. On se souvient encore de cette vidéo d’une femme retirant un à un les 26 voiles qui enferment son visage, tous plus beaux les uns que les autres, tous enroulées avec une gestuelle singulière. On a aimé les tenues des sportives et les photos de ces footballeuses marocaines. On a été ému par l’histoire de cette femme albanaise forcée de devenir un homme pour nourrir sa famille. On aurait aimé embarquer cette conversation, chaise pour deux, équipée d’un paratonnerre pour attirer les coups de foudre. Cette exposition est délicieuse.

Dans ces expositions, se mêlent un propos, une légèreté, un bel humour. De l’art et de la fantaisie pour un musée vraiment populaire. Marseille a besoin de cette qualité et cette inventivité pour se projeter. La transhumance de dimanche qui a rassemblé des milliers de moutons, de chevaux, de biquettes, d’écuyers et d’écuyères, de badauds et de badaudes est une autre manifestation de cette ressource vivante pour inventer une modernité populaire.



Comment alors ne pas filer à Aubagne où une exposition est consacrée à Picasso et la céramique. Il y a dans cet aspect du travail de l’artiste une synthèse de culture et de pratique populaire, de liberté, de créativité, de joie qui nous ravit. Et nous oblige.

MuCEM
1, esplanade du J4, Marseille
Tarifs Musée + Expos : 8€/5€
Tarifs Expos : 5€/3€
http://www.mucem.org/fr

Picasso, céramiste et la Méditerranée
27 avril-13 octobre 2013
Tarifs : 8€/6€
Aubagne, Centre d’art des Pénitents noirs
www.2013-paysdaubagne.com/picasso

Lire aussi : Week-end à Marseille - Architecture et urbanisme.

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