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Accueil > Monde | Par Emmanuel Riondé | 26 juin 2013

Week-end à haut risque en Egypte

Dimanche 30 juin, à l’occasion du premier anniversaire de l’accession au pouvoir de Mohamed Morsi, d’importantes manifestations d’opposants sont prévues en Egypte. Anticipant leur riposte, les partisans des Frères musulmans mobilisent leurs troupes deux jours avant dans un sit-in au Caire. La tension monte.

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L’ambassade américaine du Caire sera fermée au public ; près de 2000 ambulances ont été déployées dans les principales places du pays pour « sécuriser les manifestations massives » [1] ; les chancelleries occidentales appellent leurs ressortissants sur place à faire profil bas dans les jours qui viennent ; et l’inquiétude est forte quant au rôle qu’entend jouer l’armée [2]. C’est ce que l’on appelle une montée en pression...

Dimanche 30 juin, date anniversaire (un an) de l’accession de Mohamed Morsi à la Présidence de la République egyptienne, des manifestations massives sont attendues dans la capitale et les principales villes du pays. Cette journée de mobilisation s’inscrit dans le cadre de la campagne « Rébellion » (Tamarod). Initiée en mai, la campagne Tamarod est soutenue par les forces politiques d’opposition (formations de gauches et partisans de l’ancien régime confondus) réunies au sein du Front de salut National (FSN) et par des groupes informels issus de la révolution de 2011. L’objectif était de recueillir plus de 15 millions de signatures (soit un chiffre supérieur aux 13,2 millions de suffrages obtenus par Morsi en juin 2012) sur les mots d’ordre qui seront ceux de la manif du 30 : démission de Morsi et tenue d’élections présidentielles anticipées. Selon les organisateurs de la campagne, les 15 millions de signatures sont déjà acquises. L’argument le plus avancé pour justifier cette demande de démission - qui revient, de fait, à invalider le scrutin de 2012 -, est celui de l’incapacité du chef d’Etat et de son gouvernement à engager les bonnes réformes pour sortir le pays de la crise économique et sociale. Mais cette situation, pour critique qu’elle soit, suffit-elle à remettre en question le processus démocratique en cours ? « Ce qui est en cause est bien plus profond, explique Malak Labib, militante du Parti de l’Alliance populaire, une formation de gauche qui appelle à la manifestation du 30. C’est l’ensemble du processus politique en cours depuis 2011 ayant mené aux élections de 2012 qui pose problème et que nous refusons. Toute la façon dont la transition a été menée : le retard pris dans l’adoption d’une nouvelle Constitution ; le galvaudage de la justice transitionnelle, etc. »

Face à ce qui s’annonce donc comme une vaste mobilisation de défiance à l’égard du pouvoir en place, les Frères musulmans et leurs partisans ont beau jeu de dénoncer le caractère « inconstitutionnel » et illégal de ces appels à casser l’élection de 2012 et à avancer le scrutin. Lundi 24 juin, des représentants de plusieurs forces islamistes dont le Parti de la Justice et de la liberté (Frères musulmans), le Parti du peuple (Front salafiste) et le Parti de la construction et du développement (Gamaa Islamiya) ont donné une conférence de presse conjointe pour annoncer la tenue, vendredi 28, d’un sit-in « ouvert » au Caire. « Les groupes et organisations islamistes continueront de protéger la légitimité en Egypte, ce qui inclut à la fois le régime et l’opposition », indiquent-ils, assurant qu’il ne s’agit pas « de défendre le Président Morsi mais plutôt la feuille de route de la légitimité électorale en Egypte ». Le slogan du rassemblement sera « la légitimité est la ligne rouge » [3]. « Mais le seul argument des Frères est leur élection de 2012, déplore Malak Labib. Or, d’une part leur légitimité issue de ce scrutin est clairement remise en question après les dispositions anti-démocratique qu’ils ont pris en novembre dernier [4]. Et d’autre part, après ce qui s’est passé dans le pays en 2011, la légitimité des urnes est insuffisante : il faut en amont une entente sur les fondements, les grands principes, une Constitution. L’Egypte a besoin d’un consensus qui va au-delà de simples élections législatives. Et ce n’est pas encore le cas ».

Même si les organisations islamistes assurent qu’elles n’appelleront pas à la violence, la tension monte en Egypte depuis quelques semaines. A tel point que mardi, le leader du Parti salafiste Nour a annoncé que son organisation ne prendrait part à aucun des deux rassemblements. « Nous voulons éviter les clashs qui pourraient conduire le pays à un effondrement total », a-t-il expliqué [5]. Lundi et mardi, des affrontements entre pro et anti-Morsi se sont déroulés dans plusieurs villes du pays. Le meurtre, la veille dimanche 23, de quatre chiites ressemble pour certains observateurs à une provocation visant à attiser les tensions. C’est donc un week-end très chaud qui s’annonce en Egypte. Un week-end à haut risque et qui pourrait bien s’avérer déterminant pour la suite du processus engagé depuis deux ans dans le pays.

Notes

[1Selon une dépêche de l’agence chinoise Xinhua du 21 juin, citant le responsable des Services d’ambulances d’Égypte

[2lire à ce propos le billet d’Alain Gresh sur son blog

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