Accueil > Société | Par Philippe Ridou | 11 juin 2013

Y’a Bon Awards 2013. Racisme : « Le meilleur du pire »

Hier soir, comme chaque année depuis 2009, l’association les Indivisibles organisait les Y’a Bon Awards. Regards en était partenaire. Une cérémonie parodique où se mêlent humour et ironie et qui récompense, d’une peau de banane d’or, les pires propos racistes tenus par des personnalités dans les médias ou dans l’espace public.

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Salle comble hier soir sous le chapiteau du Cabaret sauvage (Paris XXe). L’ocre des lumières, le bois du parquet, le velours pourpre des banquettes, le rouge des tentures : une chaleur intense embrasse l’assistance. Les sourires éclairent les visages. Gilles Sokoudjou, président des Indivisibles inaugure la cérémonie : « Je suis à la fois très heureux et malheureux d’être là ce soir ». La formule devient le leitmotiv de la soirée. Rire du racisme : une catharsis bienvenue. Pourtant l’actualité récente rend l’exercice un peu plus difficile. Un hommage est rendu par des jeunes de SUD-Etudiants à leur ami Clément Méric – le jeune militant antifasciste mort sous les coups de l’extrême droite le 6 juin dernier. Une minute de silence a été observée.

Entre deux sketchs, les nommés et les gagnants des six catégories sont révélés. La principale surprise de la soirée est la venue de Christophe Barbier, directeur de la rédaction de L’Express. Courageux ou inconscient ? Il est monté sur scène recevoir deux prix après des nominations en 2010 et 2012 : « Ce n’est que maintenant que vous venez, est-ce que vous ne seriez pas un peu à l’heure africaine ! », s’est moqué Raphäl, animateur de la cérémonie. Christophe Barbier doit sa double bananisation à deux éditos. L’un daté de février 2009, au moments des révoltes contre la vie chère aux Antilles : « Aux Français des tropiques qui veulent travailler à l’antillaise et consommer à la métropolitaine, rappelons qu’il faut labourer la terre arable pour qu’elle lève d’autres moissons que celles du songe et que, hors de la France, les Antilles seraient au mieux une usine à touristes américains, au pire un paradis fiscal rongé par la mafia, ou un Haïti bis ravagé par des “tontons macoutes” moins débonnaires qu’Yves Jégo... » L’autre en date du 18 février 2010 dans lequel Christophe Barbier écrivait : « L’affaire du Quick Hallal vient après l’affaire de la burqa, après l’affaire des minarets. A chaque fois c’est la même chose. La République laïque doit résister […] Il faut dire non à tout cela. » Le rédacteur en chef de L’Express s’est fait huer alors qu’il déclarait assumer ses propos en tentant de défendre une ligne éditoriale scabreuse : « On pose crument les problèmes, on ne peut pas nous reprocher de ne pas mettre du vinaigre sur la plaie […] On met en Une des questions de manière volontairement provocante et à l’intérieur, on fait de la pédagogie. »

Le jury composé de dix-huit personnalités - le géopolitologue Pascal Boniface, l’humoriste Océanerosemarie, les journalistes, Yasmine Chouaki et Nadir Dendoune, le cofondateur d’Act Up Didier Lestrade, la Présidente de la Fondation Frantz Fanon Mireille Fanon-Mendès-France, les musiciens DJ Pone, DJ Cut Killer et Marco Prince, l’initiateur de la Marche pour l’Egalité de 1983 Toumi Djaidja et enfin le producteur et auteur du film La Cité Rose Sadia Diawara - a désigné ses six nominés :

Dans la catégorie « Super Patriote ». L’actrice et éphémère candidate suppléante aux législatives, Véronique Genest : « J’ai dit que je trouvais l’islam dangereux pour notre démocratie et qu’il nous le prouvait tous les jours. Alors tout de suite : “Islamophobe ! Raciste !”, alors moi j’ai réfléchi. J’ai réfléchi et je me suis dit : Islamophobe. Islamophobe ça veut dire c’est la phobie, c’est la peur. C’est bien ça ? Alors effectivement peut être je suis islamophobe. Ce soir je fais mon coming out : oui probablement que je suis, comme beaucoup de français, islamophobe » (NRJ12, 17 Septembre 2012)

Deuxième catégorie : « Retourne chez ta mère ». C’est le Chroniqueur de RMC Franck Tanguy : « Très franchement, quand je vois un barbu en djellaba qui traverse au feu rouge, j’ai envie d’accélérer. » (RMC, 11 Décembre 2012)

Le troisième prix « Territoires perdus de la République » revient à Jean-François Copé, président de l’UMP : « Il est des quartiers où je peux comprendre l’exaspération de certains de nos compatriotes pères et mères de famille rentrant du travail le soir apprenant que leurs fils s’est fait arracher son pain au chocolat à la sortie du collège par des voyous qui lui explique qu’on ne mange pas pendant le ramadan » (Discours de campagne de Jean-François Copé à la présidence de l’UMP, 5 octobre 2012)

Le prix « Au bon vieux temps des colonies » a été décerné à Jean Sébastien Vialatte, député UMP : « Les casseurs sont surement des descendants d’esclaves ils ont des excuses #Taubira va leur donner des compensations » (Twitter, 13 Mai 2013). Le tweet a été retiré et l’intéressé à présenté ses excuses.

Le 5e prix, condamne le « Racisme à peine voilé ». C’est la philosophe féministe et femme d’affaires Elisabeth Badinter qui s’illustre : « D’un côté, on commémore les victimes de Mohamed Merah et veut combattre l’islamisme radical et de l’autre on laisse faire l’entrisme de ces islamistes dans des crèches de quartier. Il faut absolument réagir très vite. » (Elle, 20 Mars 2013)

Enfin, comme chaque année, un prix est décerné à une personnalité « Pour l’ensemble de son œuvre ». Le choix était cornélien entre Alain Finkielkraut, écrivain et philosophe, Lionnel Luca, député UMP Alpes Maritimes, Xavier Lemoine, maire UMP de Montfrmeil et l’éditorialiste Elisabeth Levy. C’est elle qui a remporté les votes du jury. Notamment pour ces déclarations :

« Quiconque a déjà voyagé dans une rame entouré de gens vêtus de boubous ou de djellabas devrait avoir l’honnêteté de partager ce constat. Il est évidemment permis − voire vivement conseillé − d’apprécier bruyamment cet exotisme à domicile. »  (Causeur, 2013)

« On a affaire à des caïds, des malfrats, des clans... des clients de cour d’assises d’accord ? Qui tirent sur les flics sans aucune hésitation. S’il y en a un qui meurt, excusez-moi je n’aurai pas une larme. J’en suis navrée mais c’est comme ça. Toute mort est certainement triste mais c’est comme ça. (...) Vous avez tous ces gamins qui sont en quelque sorte obligés, disons par cette pression et par la loi du quartier, d’aller casser des équipements dont ils sont les bénéficiaires, d’aller brûler des bagnoles… Là, maintenant il faut y aller avec l’armée ! On est en situation de guerre ! » (RTL 19/07/2010)

« Croit-il vraiment que des gamins et moins gamins qui ne peuvent prononcer une phrase entière sans dire "nique", "ta race", "chien" et bien d’autres gracieusetés encore et qui annoncent tous les deux paragraphes qu’ils vont "tuer un bâtard" sont si sensibles au beau langage qu’ils n’ont pas supporté la "racaille" et le "kärcher" et qu’animés par une légitime révolte devant de tels écarts, ils ont brûlé les voitures de leurs parents et l’école maternelle de leurs petits frères ? » (Le Monde, 11/01/2010)

Pour clore cette 5e cérémonie des Y’a Bon Awards, le président Gilles Sokodjou a repris le micro pour appeler l’assemblée à s’engager contre le racisme au-delà de l’événement : « Jusqu’à présent nous n’avons convaincu que nous même, à savoir un cercle restreint et inoffensif. Nous devons désormais entamer des combats judiciaires, structurer nos organisations de manière transnationale. […] L’heure de nous-mêmes a sonné. »

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  • 3 heures à se taper des blagues plus ou mins "raciste"...
    Ça a dû être une soirée maso !

    Un Lys Noir Le 15 juin 2013 à 08:29
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