Accueil > Politique | Tribune par | 22 octobre 2014

À quoi servent les frondeurs ?

39 députés socialistes "frondeurs" se sont abstenus, mardi, de voter le volet recettes du projet de loi de finances 2015. Nous avons demandé à l’une d’entre eux et à cinq personnalités de la gauche de gauche quelle utilité ils peuvent ou pourraient avoir…

Vos réactions (7)
  • envoyer l'article par mail envoyer par mail
  • Version imprimable de cet article Version imprimable

Contributions extraites du e-mensuel de Regards (octobre).


Barbara Romagnan – "frondeuse" du PS

« Notre démarche consiste à porter de l’espoir à gauche »

Nos prises de positions expriment avant tout nos convictions, plus qu’une stratégie politique élaborée. Voici comment nous essayons d’être utiles.

Notre objectif est de peser le plus possible dans le cadre de la majorité, car nous souhaitons que la gauche réussisse. Autrement dit, que son passage au pouvoir soit utile à celles et ceux qui l’ont portée. Il reste deux ans jusqu’à 2017. Il n’est pas écrit que ce temps sera perdu. Notre rôle de parlementaires est de faire des propositions précises, comme nous l’avons fait et comme nous continuerons à le faire dans les prochains débats budgétaires, afin d’infléchir des orientations que nous jugeons injustes, inadaptées pour créer de l’emploi et relancer l’économie française, et coûteuses pour les finances publiques. On peut penser que la pression que nous avons exercée a permis d’éviter certains reculs. La mise en place du plan pauvreté n’a pas été retardée, les retraités les plus modestes, qui sont d’abord des femmes, ont été partiellement épargnés des mesures de gels prévues. Ce sont certes de maigres résultats, mais ils existent grâce à notre intervention.

Une autre dimension de notre démarche consiste à porter de l’espoir à gauche : ne pas subir les événements et essayer de créer les conditions d’une démarche commune rassemblant la gauche sociale et écologiste. En effet, nous croyons que seule l’union de toutes les forces de gauche permettra une victoire durable. C’est sur la base de ces valeurs et propositions communes que la gauche l’a emporté en 2012. C’est sur cette base que les citoyens et les partis de gauche ont voté pour François Hollande au second tour de la présidentielle et pour la majorité présidentielle aux législatives. Notre démarche s’adresse donc à nos dirigeants, qui semblent avoir oublié leurs engagements et leurs électeurs, ce qui discrédite la parole politique et affaiblit la démocratie.

« Quand la gauche de gouvernement perd et s’écroule, c’est toute la gauche sociale et écologiste qui s’effondre »

Elle s’adresse aussi à nos camarades des autres formations de la gauche qui, bien que légitimement déçus, voire révoltés, par les choix politiques du gouvernement et de la majorité parlementaire, envisageraient une possible recomposition faisant l’impasse sur les socialistes. Je ne crois pas que nous puissions prendre des chemins séparés. Personne ne gagnera sans les autres. Même malade, le PS exprime, au-delà de ses dirigeants, la force d’une tradition politique centrale qui a apporté les avancées sociales les plus importantes de notre pays. Notons que la crise que nous traversons met à mal l’ensemble des forces politiques de gauche : celles qui gouvernent, mais aussi celles qui veulent construire une alternative de gauche. Quand la gauche de gouvernement perd et s’écroule, c’est toute la gauche sociale et écologiste qui s’effondre et c’est le FN, et plus encore l’abstention, qui montent.

Aujourd’hui, il y a urgence. Les valeurs de solidarité, de tolérance, d’égalité régressent dans notre pays et dans le monde. Le défi et les enjeux actuels dépassent très largement le positionnement de nos organisations respectives. On ne s’opposera pas à cette spirale mortifère par l’incantation ou par le retour nostalgique aux recettes des Trente glorieuses. Dans la mutation actuelle, nous devons construire une réponse commune au triple défi social, écologique et démocratique. Cela passe par l’invention d’un imaginaire, d’un horizon désirable.

Nous entendons contribuer, à notre place, avec d’autres et à l’écoute des nombreuses innovations et projets issus de la société civile, à l’émergence d’un projet qui permette une société où chacun peut trouver sa place.


Éric Coquerel – Parti de Gauche

« Je ne crois pas à un changement interne du PS »

Quelle est l’utilité des frondeurs ? Au moment de la fête de l’Humanité, à quelques jours du vote de confiance, j’avais twitté : « Frondeurs ils sont utiles, boudeurs ils ne servent à rien ». Cette boutade résumait bien notre pensée d’alors : en votant contre la confiance, les dissidents de la majorité avaient les moyens de battre la politique du gouvernement Valls II, en s’abstenant ils envoyaient une nouvelle semonce à blanc lui permettant de sévir encore. C’est évidemment ce qui s’est passé. Même si pour le coup, on ne boude pas la satisfaction de voir Manuel Valls dépourvu de majorité absolue.

Pourquoi les vingt-huit abstentionnistes socialistes – je m’en tiens en effet ici à la question de Regards sur les seuls frondeurs du PS – n’ont pas été plus loin ? Certains, les plus à gauche, que l’on retrouve parmi ceux qui s’étaient déjà abstenus lors du premier vote de confiance, expliquent en privé qu’un vote contre, parce que rassemblant moins de députés qu’une abstention collective, aurait au final affaibli leur combat. Il est vrai que les frondeurs sont divers, entre une aile gauche que l’on qualifiera d’antilibérale et ceux qui prônent finalement une austérité un peu plus soft que la politique bulldozer du gouvernement en la matière. Pour autant, je pense que la raison première est plus simple : au moment décisif, aucun n’a voulu franchir le Rubicon en apparaissant comme des opposants au gouvernement.

« Ils ont laissé passer leur chance le 9 septembre, alors qu’ils tenaient Manuel Valls »

Un qui n’a pas la main qui tremble, c’est Manuel Valls. Le 30 septembre, il passait commande à Bruno Leroux de retirer sept frondeurs de la Commission des affaires sociales de l’Assemblée nationale. Une première dans une majorité. Voilà la démonstration brutale que ce pouvoir n’est prêt à aucun compromis et qu’il a la rancune tenace. Après le renvoi d’Arnaud Montebourg et Benoît Hamon du gouvernement, le couple exécutif confirme qu’il ne tolérera plus de voir une tête dépasser. Ces socialistes-là ne rentrent pas dans le plan de bataille de l’Élysée et de Matignon. Ils ont laissé passer leur chance le 9 septembre alors qu’ils tenaient Manuel Valls, ce dernier ne compte pas leur en laisser une seconde. Alors, maintenant, à quoi peuvent-ils être utiles ?

Inversons la question : à quoi déjà ne le sont-ils pas ? Ils ne sont pas utiles s’ils veulent transformer la gauche d’opposition en moyen de pression extérieure pour recomposer le PS. Je sais bien que certains d’entre eux y pensent, dans l’espoir de déboucher sur une candidature plus présentable que celle de Hollande en 2017. Soyons clair : ce n’est pas notre affaire. Je ne crois pas en effet à un changement interne du PS ayant pour effet de donner la main à sa gauche. Rappelons, par exemple, que le programme de Martine Aubry n’affichait que des différences cosmétiques avec celui de Hollande lors des primaires socialistes. Il n’est donc pas question de travailler à un scénario qui, d’une part, reviendrait à laisser une position centrale à des sociaux-libéraux pourtant très affaiblis et, d’autre part, qui nous laisserait dans l’attente jusqu’au prochain congrès du PS. Si nous avons une chance de présenter une alternative gagnante, c’est en rompant clairement avec les partis du système libéral, dont le PS.

« Passer de l’autre côté de la barricade »

Alors, pour finir, les frondeurs ont-il une utilité ? Oui, en passant de l’autre côté de la barricade, du côté de l’opposition à la politique de François Hollande. Dans ce cas, ils pourraient constituer un renfort appréciable. Ce qui reviendrait à oublier d’inutiles jeux tactiques internes au PS. À court terme, qu’ils votent contre le budget comme les parlementaires FDG et Nouvelle donne, même s’ils sont moins nombreux à le faire qu’en s’abstenant, qu’ils contribuent à une mobilisation sociale et citoyenne contre la politique du gouvernement et le budget, justement en manifestant avec toutes les forces qui s’y préparent à mi-mandat.

Je trouverai également positif qu’ils s’engagent, comme nous, dans la construction d’un Mouvement pour la VIe République et une assemblée constituante qui se veut une alternative par et pour la souveraineté du peuple.

Comme on le voit, nous restons ouverts à leur évolution même si nous constatons qu’à quelques exceptions notables, beaucoup d’entre eux, à l’inverse, font le tri dans le Front de gauche, construisant ainsi un cordon sanitaire autour de plusieurs de ses composantes, dont principalement le Parti de gauche. En réalité, cela nous inquiète davantage en tant que révélateur de leurs objectifs que parce que nous manquerions des événements que nous ne considérons pas comme centraux dans la période. Car si nous restons ouverts à l’évolution des dissidents socialistes, on a aussi compris qu’il est hors de question que la construction de l’alternative en dépende.


Olivier Dartigolles - PCF

« Avec les frondeurs, il y aura du débat, des convergences et des désaccords »

Il faut débattre et échanger avec les frondeurs du PS comme avec toutes les femmes et les hommes qui jugent, aujourd’hui, que la politique gouvernementale mène au désastre. L’échec de cette politique nourrit certes un niveau inégalé de défiance, mais pas uniquement. Ce qui progresse aussi, alors que Hollande, Valls et la direction du PS ont tout fait pour qu’il n’en soit pas ainsi, c’est le nombre de forces politiques, sociales et associatives, de personnalités progressistes qui se disent : « Il y a autre chose à faire à gauche que l’austérité. »

Il nous faut en discuter publiquement car ce processus de débat sur des questions précises, sur la caractérisation de la crise et des solutions de gauche, est en lui-même une donnée de l’espoir à construire pour une alternative de gauche. Nous avons commencé à le faire avec le Front de gauche, mais pas à un niveau suffisant.

« Élever le niveau de riposte au gouvernement »

La question n’est pas de plus ou moins croire dans la détermination des frondeurs. Ils sont divers. Ils n’ont pas tous les mêmes objectifs. Le fait politique nouveau, avec la nomination de Valls à Matignon, est que des parlementaires du groupe PS ne votent pas la confiance en une politique dont ils dénoncent l’injustice et l’inefficacité. Iront-ils plus loin que l’abstention lors du vote des deux prochains textes budgétaires où sont inscrits 21 milliards de saignée dans la dépense publique et sociale ? Travaillons des amendements convergents sur le budget 2015 et le projet de loi de financement de la Sécu.

Un mouvement est engagé. Il va connaitre des étapes et très certainement des rythmes différents – il faut l’accepter –, selon les questions en débat mais aussi les lieux où nous proposons de construire une alternative de gauche. Il nous faut à la fois élever le niveau de riposte au gouvernement et soutenir plus fortement les luttes en cours, tout en mettant le plus grand nombre possible de personnes en mouvement sur la construction de réponses de gauche. Quelle relance sociale contre l’austérité ? Comment reconstruire des repères forts pour une société d’égalité, de liberté et de fraternité ? Parlons des grands axes d’une autre politique économique et sociale sans laisser à la droite le terrain des droits pour les individus et les familles. Parlons aussi des enjeux internationaux qui pèsent très lourdement.

Il nous faut débattre et agir. C’est l’appel lancé par Pierre Laurent à la Fête de l’Humanité. Entrons en dialogue, mettons-nous au travail, en action sous toutes les formes possibles, dans tout le pays, à tous les niveaux, pour décider la politique de gauche que nous voulons faire gagner.

« L’essentiel est de construire, pas à pas, une alternative de gauche »

EELV n’est plus au gouvernement. Des élus et militants socialistes nous disent, à l’échelle des territoires, leur écœurement qui est aussi celui des dix millions de personnes qui ont voté pour François Hollande au premier tour de l’élection présidentielle. Comment leur parler ? D’abord en commençant par les écouter ! Ils n’ont que faire de nos éventuelles critiques sur la plus ou moins grande détermination des frondeurs à l’Assemblée. Ce n’est pas leur préoccupation première. Avant de savoir si Hollande peut durer jusqu’en 2017, ils se demandent comment arriver à la fin du mois. Le fait que des forces de gauche puissent se parler, échanger, inscrire des rendez-vous à l’agenda, dire ensemble qu’il n’y a aucune fatalité aux immenses gâchis provoqués par cette politique désastreuse, qu’une autre direction peut être prise, est quelque chose de tout simplement positif dans un climat général qui ne l’est guère.

Avec les frondeurs socialistes, il y aura du débat – c’est déjà le cas –, des convergences et des désaccords. L’essentiel est de construire, pas à pas, une alternative de gauche. Des mécanismes très dangereux, qui se mettent en place avec une accélération au cours des derniers jours – tant du côté du gouvernement que de la droite – font courir le risque de l’élimination d’une véritable alternative de gauche. Des potentiels importants existent pour qu’il n’en soit pas ainsi, mais il ne faut pas perdre de temps.


Pierre-François Grond – Ensemble

« Tout ce qui suscite l’envie du sursaut est éminemment positif »

Le surgissement des frondeurs sur la scène politique est une bonne nouvelle. Parce qu’une bouffée d’oxygène, dans ces temps mortifères pour la gauche, produit le plus grand bien à celles et ceux qui ne résignent ni à la montée du Front national, ni au retour de la droite, ni à la mutation du socialisme français en force libérale-démocrate. En contestant la politique économique et sociale du gouvernement, ils pointent des problèmes décisifs au sein même de la majorité gouvernementale et du parti qui domine la gauche depuis près de quarante ans.

La conversion par les actes et par les mots de l’équipe actuelle au pouvoir – soutenue par une majorité relative de députés du PS et par la direction non élue de celui-ci – aux dogmes libéraux du MEDEF, austéritaires et présidentialistes à outrance, plonge ce que l’on appelait autrefois le peuple de gauche dans une désespérance profonde. Qui se manifeste par une abstention massive et une absence, pour l’heure, de mobilisations. Dès lors, tout ce qui suscite l’envie du sursaut est éminemment positif car ouvre des perspectives d’alternative. Mais également provoque questions et débats.

« Sur quel contenu, quelle alliance, construire une alternative pour aujourd’hui et pour 2017 ? »

La sortie d’EELV du gouvernement, l’éruption après les municipales des "frondeurs", la disponibilité de secteurs du mouvement social, syndical ou associatif, la volonté du Front de gauche de construire un rassemblement plus large créent une nouvelle situation. Et posent inévitablement des questions de positionnement vis-à-vis du gouvernement, de contenu programmatique d’une alternative, et de formes participatives et actives d’une construction qui ne doit pas se réduire à un cartel de partis politiques constitués. Cette perspective mérite bien évidemment d’être vérifiée, car elle implique de se positionner clairement en opposition du gouvernement – au risque, sinon, d’être confondu en dernier ressort avec celui-ci.

S’il ne s’agit pas, en revendiquant une dissolution institutionnelle, de permette le retour de la droite accompagnée de l’entrée de députés FN, laisser Valls et Hollande gouverner et appliquer leur politique pendant deux ans et demi revient à constater lucidement l’incendie sans de donner les moyens de l’éteindre. Voter contre le budget et l’austérité, exiger un retour au peuple sous la forme d’un referendum, ouvrir les perspectives d’un processus constituant pour la VIe république, élire les députés à la proportionnelle, telles pourraient être les parades permettant d’offrir une alternative de gauche au gouvernement sans servir les appétits de la droite.

Une deuxième question serait alors posée aux "frondeurs" : sur quel contenu, quelle alliance, construire une alternative pour aujourd’hui et pour 2017 ? Réduire celle-ci à un renversement de majorité du Parti socialiste dans un congrès en 2016 apparaîtrait comme un renoncement à prendre à bras le corps la signification profonde de ce que nous dit la nomination de Valls à Matignon. Comment faire ? Des assises, des rencontres, discuter et agir vite ensemble ; telles sont les propositions en direction des frondeurs de ceux et celles qui ne se résignent pas à la catastrophe annoncée.


Sandra Demarcq - NPA

« Quand on s’oppose, on vote clairement contre »

Pour la première fois dans l’histoire politique de la Ve République, des députéEs de la majorité ont osé s’abstenir sur le vote de confiance. De plus, il est aussi rare que l’on entende des députés de la majorité critiquer aussi fort les choix économiques trop pro-Medef du gouvernement, laissant penser à certains que l’on assisterait, à travers les "frondeurs", à une véritable opposition au sein de la majorité. En réalité, ils et elles sont à la fois l’expression d’une crainte d’une partie de l’appareil du PS face aux effets de la crise politique majeure que nous connaissons, et la réfraction du mécontentement populaire à gauche. Ils peuvent être l’un des éléments d’une majorité alternative – si une partie du PS veut sauver les meubles – ce qui ne veut pas dire d’une politique alternative.

« L’ancrage libéral pèse sur tout le Parti socialiste »

En effet, pour ces "frondeurs", certains votes importants n’ont, semble-t-il, pas été considérés comme posant problème avec le gouvernement, comme celui sur la réforme ferroviaire ou sur le projet de loi de finances rectificative. Ainsi, au moment même, où avait lieu une grève des cheminotEs de dix jours contre cette réforme, où le gouvernement s’acharna contre les grévistes, la majorité socialiste a retrouvé sa belle unité et a voté très majoritairement pour.

Quelques jours plus tard, l’Assemblée nationale a adopté la loi de finances rectificative pour 2014 qui mettait en place la première partie du Pacte de responsabilité. Et encore une fois les "frondeurs", alors qu’ils avaient pendant plusieurs jours vivement critiqué les cadeaux fiscaux aux entreprises, ont apporté leur soutien au gouvernement.

Au regard de leurs actes, on voit donc que l’ancrage libéral pèse sur tout le Parti socialiste. Tous, en votant ou au mieux en s’abstenant, ont ainsi accepté les politiques d’austérité de ce gouvernement qui a adopté la ligne du Pacte de responsabilité, et il n’y a, à ce jour, aucune rupture avec ce gouvernement et encore moins avec le Parti socialiste. Christian Paul, un de leur porte-parole, l’admettait récemment dans un entretien au Monde : « ll n’y a pas de fracture radicale au sein du PS », et c’est bien pour cela qu’ils s’abstiennent.

« La crise politique et sociale mérite une réponse à la hauteur des enjeux »

À quoi servent ces "frondeurs" aujourd’hui ? Incontestablement à montrer que la politique pro-Medef de Hollande-Valls n’est pas unanime, voire pas majoritaire, dans le PS. Mais leurs hésitations, leurs reculs, témoignent qu’ils ne sont pas prêts à rompre avec l’orientation social-libérale. À quoi serviront-ils demain ? Cela dépendra de la politique qu’ils mèneront et des luttes sociales et politiques dans le pays. S’ils continuent à s’abstenir, ils ne serviront qu’à témoigner un mécontentement, et laisseront la politique libérale s’appliquer contre la population, ouvrant la voie au retour de la droite, voire à l’extrême droite.

Dans quelques semaines aura lieu le vote du budget avec, nous le souhaitons, une grande manifestation de l’opposition de gauche. Nous verrons à ce moment-là s’ils votent contre ce budget d’austérité (car quand on s’oppose, on vote clairement contre...) et s’ils sont prêts à descendre dans la rue avec la gauche sociale et politique qui refuse la politique de ce gouvernement PS-Medef. Le suivisme vis-à-vis de ces parlementaires abstentionnistes ne peut constituer une alternative. C’est malheureusement ce que tente éperdument de faire la direction du PCF, à la recherche d’une nouvelle "Union de la gauche". La crise politique et sociale mérite une réponse à la hauteur des enjeux, et cela ne peut être une simple "recomposition" parlementaire, une "nouvelle majorité alternative" rose-rouge-vert.

D’où la nécessité pour la gauche de la gauche de ne pas se faire d’illusions sur la possibilité d’une majorité parlementaire alternative, de ne pas courir derrière les "frondeurs", mais de travailler vraiment à construire, dans l’unité, une opposition de gauche.


Élise Lowy – EELV

« Leur prise de distance ne peut suffire pour une alternative viable »

Les Frondeurs sont avant tout un symptôme. Celui de la dérive et de l’enlisement gouvernemental dans une ligne libérale-productiviste. Mais celui, surtout, de la réalité d’une politique menée en contradiction totale avec les promesses de campagne de 2012, alimentant le désenchantement politique et faisant le lit de l’extrême droite. Les sanctions dont certains d’entre eux ont fait l’objet ont une nouvelle fois confirmé l’aveuglement des pouvoirs en place quant à la gravité de la situation politique. Cela a souligné combien l’appareil socialiste actuel n’est plus à même de répondre aux enjeux posés par la nouvelle ère dans laquelle nous sommes entrés.

Se demander à quoi servent les frondeurs, c’est d’abord se demander de qui il est question précisément, tant leurs votes ont pu être différents à l’Assemblée nationale, illustrant parfaitement la vraie question qui se cache derrière ces votes à géométrie variable : jusqu’où sont-ils prêts à aller réellement en termes de rupture avec la ligne majoritaire actuelle ?

« Un dépassement des clivages partisans actuels obsolètes »

Car l’impérieuse nécessité d’agir pour construire une alternative écologiste et sociale passe nécessairement par une convergence des forces citoyennes, sociales et politiques, par un dépassement des clivages partisans actuels obsolètes. En ce sens, on ne peut que se réjouir de la prise de distance de ces socialistes avec ceux qui étaient censés les représenter au plus haut niveau de l’État. Mais cela ne peut suffire pour une alternative viable. Celle-ci doit passer par un projet alternatif cohérent, construit avec les citoyen-ne-s et la société civile, ainsi qu’intégrant pleinement, en de début du 21e siècle, le paradigme écologiste, loin de la vieille gauche productiviste qui n’a pas rompu avec le dogme de la croissance et de la technoscience.

Comme l’écrivait André Gorz dans Leur écologie et la nôtre, il s’agit bien d’affirmer : « Pour rompre avec l’idéologie de la croissance : seul est digne de toi ce qui est bon pour tous. Seul mérite d’être produit ce qui ne privilégie ni n’abaisse personne. Nous pouvons être plus heureux avec moins d’opulence, car dans une société sans privilège, il n’y a pas de pauvres. »

Vos réactions (7)
  • envoyer l'article par mail envoyer par mail
  • Version imprimable de cet article Version imprimable

Vos réactions

  • Il n’y a,selon moi, AUCUNE autre solution "propulsive" possible que par la tenue générale d’assises qui engagent ceux qui y sont favorables et surtout pas un lieu de bavardage qui n’intéresse que les chapelles et pas les citoyens.Les frondeurs sont devant leurs responsabilités. OU ils rompent avec la logique économique et politique du PS depuis 1983 OU ils ne font que du magouillage interne et montrent ainsi qu’ils ne veulent rien d’autre que la continuation d’une politique qui mène la France dans le mur.
    Chercher des terrains d’entente - comme le propose Dartigolle -en faisant semblant d’être d’accord sur tel ou tel point alors que sur le fond des problèmes on n’est d’accord sur rien, C’est refaire la gauche plurielle , machine à produire du vote FN...On a déjà donné en 2002....et maintenant çà serait bien pire...

    Dominique FILIPPI Le 23 octobre 2014 à 10:43
       
    • Désolé de jouer à nouveau l’emmerdeur mais, à mon avis, Regards ne peut plus se contenter de donner tous les points de vue ...

      Dominique FILIPPI Le 24 octobre 2014 à 11:08
    •  
    • ...En clair, il devrait cesser de se considérer comme un journal, et devenir l’organe central de Dominique Filippi !...

      Aubert Sikirdji Le 26 octobre 2014 à 14:31
  •  
  • Le seul terrain d’entente avec ces frondeurs c’est qu’ils rompent avec le PS, puisqu’ils ne sont pas capables d’éjecter Valls et ses acolytes qui n’ont parait-il pas la majorité au sein du parti
    A quoi ça sert de rester dans un machin dirigé par une minorité avec laquelle ils sont de moins en moins d’accord

    tchoo Le 24 octobre 2014 à 14:37
  •  
  • "Quand la gauche de gouvernement perd et s’écroule, c’est toute la gauche...qui s’effondre" au moins ça a le mérite de la franchise pour ceux qui n’auraient pas compris la leçon des municipales !

    fulgence Le 26 octobre 2014 à 13:30
  •  
  • @Aubert Sikirdji Le 26 octobre à 14:31

    On a le droit de rêver non mais !

    Dominique FILIPPI Le 26 octobre 2014 à 15:53
  •  
  • @Aubert Sikirdji Le 26 octobre à 14:31
    En clair, il devrait se mouiller davantage, avoir peur de froisser si çà fait réagir car si j’en juge par le nombre d’intervenants, cette eau tiède n’intéresse personne...même pas les bavards....et si çà continue ainsi, les froissés seront soulagés de ne plus me lire....

    Dominique FILIPPI Le 27 octobre 2014 à 05:40
  •