CC Christophe Macabiau
Accueil > Politique | Par Elias Duparc | 1er avril 2014

Après les municipales, quel Parti communiste ?

Des "dégâts limités", des positions maintenues, mais des villes emblématiques perdues et une difficulté à développer de nouvelles ambitions dans un contexte qui lui est pourtant, à bien des égards, très favorable : le PCF doit repenser son communisme.

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Elias Duparc est membre du PCF à Paris.

Ces élections municipales ont vu la victoire d’une centaine de listes menées par les communistes. À l’issue de cette nouvelle mandature, certaines communes auront été dirigées par le PCF pendant un siècle entier ! Un siècle de luttes et de politiques locales au service des salariés, des classes populaires et d’un idéal de solidarité. Mais dimanche dernier, le PCF a de nouveau perdu de nombreuses municipalités, et non des moindres. Bobigny, Villejuif, Vaulx-en-Velin étaient des villes communistes depuis des décennies. L’abstention qui sanctionne le gouvernement n’a pas épargné les élus locaux de gauche. La stratégie d’alliance au cas par cas du PCF lui a valu une campagne de déstabilisation. Le PS, la droite, le FN, se sont ici ou là unis pour faire tomber une équipe en place. Le Front de gauche est en péril. À l’aune de ces résultats difficiles (lire l’analyse de Roger Martelli), quels peuvent être les projets d’avenir du parti communiste ?

Un autre agenda que celui du calendrier électoral

Au soir du 23 mars, lorsque les premiers chiffres sont tombés, le PCF a fait savoir qu’il était satisfait car il « maintenait ses positions ». De fait, dans le contexte d’une sévère défaite de la gauche, le PCF s’en sort moins mal que le Parti socialiste. Mais la vérité c’est qu’il essuie des pertes très importantes, aussi bien en termes de municipalités que de nombre d’élus. Ce sont autant de communes populaires qui ne bénéficieront plus des mêmes efforts de solidarité et de redistribution. Ce constat met en lumière la grande pertinence de l’analyse du philosophe et militant communiste Lucien Sève : le PCF doit se doter d’une autre ligne stratégique que celle dictée par la succession des échéances électorales.

Le fameux mot d’ordre (légèrement galvaudé) qui nous enjoint à « faire de la politique autrement » doit être repensé à cette aune. Faire de la politique autrement, ce doit être d’abord et avant tout sortir du seul rythme des votations que nous impose la Ve République et élargir radicalement nos perspectives. L’abstention populaire, qui a lourdement handicapé nos sortants, nous y invite. Sève propose par exemple de s’intéresser au « déjà-là » communiste (solidarités, mises en commun, espace de partage et de gratuité, coopératives, services publics…), afin d’étayer ces alternatives vivantes et respirantes. À l’instar du Syriza en Grèce, il faut créer des chaines de solidarité quotidiennes qui impliqueront nos dizaines de milliers de militants bien au-delà des pratiques traditionnelles de tractage, affichage, meetings et porte-à-porte. Développer des réseaux d’entraide populaire permettra de recréer une forte solidarité locale au moment où la droite a conquis des villes de la "ceinture rouge" en s’attachant les services de groupes de jeunes, chargés de noyauter les quartiers avec une approche clientéliste et communautaire.

De nouvelles ambitions

À l’issue de ces élections municipales, une seule certitude : le PCF ne peut être un simple « syndicat d’élus » à l’image d’EELV selon Noël Mamère, incarnant une sensibilité plus "sociale". L’agenda du communisme ne peut pas se réduire au calendrier électoral. Nous devons inventer notre propre temporalité, réfléchir à une procédure de conquête démocratique du pouvoir par d’autres voies que les seules élections. Au sein du Front de gauche, le PCF ne peut plus se contenter de l’objectif de "limitation des dégâts" s’agissant de son patrimoine d’élus. Si le travail qu’il réalise dans les communes populaires est à l’évidence formidable, il ne peut se consacrer seulement à ce que ses positions électives « résistent » et « se maintiennent ». Nous devons déployer de nouvelles ambitions !

Et ce d’autant plus que, après trois décennies d’une révolution conservatrice, les choses bougent. Le long reflux du parti s’est achevé. Au cours de ces dernières années, avec une énième crise économique dévastatrice, « le libéralisme a brûlé sa part de rêve » (Serge Halimi). Mieux, certains repèrent une « résurrection du communisme » (Alain Badiou). De fait, après la belle campagne de 2012, le parti a vu ses scores se relever et ses effectifs augmenter. Dans les réunions publiques de la gauche critique, une foule nouvelle se masse. Les publications fleurissent, tout comme les séminaires d’étude de la pensée marxiste. Même la presse grand public ne peut passer outre ce regain : Philosophie Magazine vend comme des petits pains son hors-série sur « Les philosophes et le communisme » ! On y lit que « l’idée communiste connaît une nouvelle jeunesse » [1]. En Grèce, les communistes ont participé à la fondation du mouvement radical Syriza qui est aujourd’hui aux portes du pouvoir et en tête dans tous les sondages. La conjoncture n’est pas révolutionnaire, mais elle est à la recherche d’alternatives véritables à un système économique à bout de souffle.

Pour une réappropriation du concept de communisme

Cela doit conduire le PCF à se réapproprier pleinement ce communisme qu’il est après tout le seul à brandir dans son nom. Car ces élections municipales l’ont montré : la volonté bien légitime de conserver nos communes a conduit la plupart des sortants à gommer cette appartenance pour valoriser des « fronts », des « arcs », des listes d’union élargies. Même la référence au "communisme municipal" a été dédaignée, au profit de mots d’ordres plus neutres, progressistes, républicains et citoyens. Certes, il est impossible de gagner et de garder des positions électives en agitant le drapeau rouge, les scores de l’extrême gauche en attestent. L’ouverture ainsi que le rassemblement de toutes les bonnes volontés de gauche sont indispensables. Mais doivent-ils se traduire par l’abandon du référent-communisme ? Une chose est sûre, malgré l’anticommunisme intuitif des classes moyennes, cet effacement n’est en aucun cas une garantie de victoire.

Il nous faut construire un communisme qui permette de dépasser l’interprétation vague et timorée qui en est faite par certains. Surtout à l’heure où le "socialisme" du PS n’a plus aucune signification. L’absence d’idéologie socialiste au PS est peut-être ce qui explique que ce parti sans programme, sans visée ni armature intellectuelle, n’accède au pouvoir que par défaut, quand les extorsions de la droite la rendent trop impopulaire et l’obligent à céder la place. Pour revivifier notre communisme, il faudra éviter d’une part l’écueil de l’idéalisme abstrait d’un communisme "transcendantal" (communisme hors-sol et jamais là, fait d’invocations de "l’universel", inoffensif parce qu’irréel), et d’autre part la tentative d’édulcoration du programme communiste en une vulgate attrape-tout du "bien-vivre-en-commun".

Socialisme vs. communisme

Lucien Sève insiste sur la grande différence entre socialisme et communisme, une différence dont nous devons nous saisir à nouveau en ce lendemain de défaite de la gauche. Le socialisme, « c’est un projet d’émancipation incomplète », dit le philosophe, « qui fait intervenir le pouvoir d’État comme moyen de dépasser la gestion capitaliste. C’est un moyen qui est solidaire d’une voie démocratique, d’où l’appellation de social-démocratie. Communiste, c’est l’idée d’une émancipation radicale, qui va jusqu’au bout dans l’appropriation en commun par les producteurs eux-mêmes. » Or, toute l’histoire récente de la conceptualisation du communisme dans les textes théoriques de congrès du PCF [2] montre qu’il a eu tendance à le renvoyer à une peu concrète « visée », à un « idéal » à poursuivre, soit d’après Sève, quasiment à « une utopie ».

« Du côté communiste il y a des tendances très fortes à abandonner le mot communisme, considéré comme irrémédiablement défraichi par l’histoire, irrémédiablement solidaire de choses indéfendables ». D’où le retour, notamment en Amérique latine, d’une revendication socialiste — dans le Venezuela de Chavez par exemple. Mais symétriquement, un courant s’est redéveloppé dont la conviction est qu’une « repensée fondamentale du communisme est aujourd’hui à l’ordre du jour ». C’est dans cette direction que nous devons désormais avancer résolument : la mise en commun des richesses par leur appropriation collective et singulière — afin que tous puissent accéder au meilleur.

"Aliénation, Émancipation, Communisme".
En juillet 2013, le philosophe Lucien Sève a accordé à la société Métis Film et à la fondation Gabriel Péri un entretien, conduit par le philosophe Alexis Cukier et filmé par le cinéaste Marcel Rodriguez.

Notes

[1Sur ce sujet, on lira plutôt Claude Morilhat, "Le communisme de retour chez les philosophes", La Pensée n°375, juillet/septembre 2013.

[2Lire Claude Gindin, "Sur le communisme des communistes", La Pensée n°375], juillet/septembre 2013.

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  • J’espère que le PC ne se rangera pas derrière le PS pour les élections européennes !.

    Malheureusement, la « gauche de gauche » ne s’oriente pas vers la remise en question radicale de la dictature européenne et de sa monnaie unique : J.-L. Mélenchon continue en effet de prétendre que « l’Europe est à nous » (sic) et que « l’euro est notre monnaie » (sic), pendant que Pierre Laurent, président du Parti de la Gauche Européenne, se prononce pour une impossible « refondation » de la construction européenne… dans le cadre de cette prison des peuples qu’est l’UE…
    Un parlement européen qui trahit les peuples !

    Au demeurant, le « parlement » européen n’a jamais été autre chose qu’une fiction coûteuse : sa mission est de masquer le fait que l’UE est pilotée par une poignée d’États très puissants qui n’ont d’oreilles que pour les « marchés financiers » et pour les exigences du grand patronat. Pendant ce temps, les parlements nationaux privés de tout pouvoir budgétaire réels par le Traité européen de gouvernance (TSCG), se transforment en chambres d’enregistrement des directives édictées par Bruxelles.

    morel Le 1er avril 2014 à 17:31
       
    • Je ne vois pas pourquoi le PCF se rangerai derrière le PS aux européennes ou pour les prochaines élections "nationales". Il ne l’a jamais fait, pourquoi le ferait-il aujourd’hui ? Merci de ne pas jeter de l’huile sur le feu en racontant n’importe quoi.

      Akasha Le 1er avril 2014 à 18:04
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  • Excellent analyse.
    Pendant longtemps le PCF a eu peur de proposer un vrai programme. Le communisme étant toujours lié pour la majorité des gens à l’URSS, à Staline et à toutes les horreurs possible et inimaginable il était difficile de se revendiquer communiste.
    Jamais lié à Ambroise Croizat, Rosa Luxembourg ou Mandela... Heureusement cela commence à changer et la dynamique de la présidentielle lui a redonné des ailes.
    En Allemagne, je vois le même problème avec Die Linke. Ils ne sont certes pas tous communistes, mais on peut voir que dans leur programme ils n’osent pas proposer des choses très innovantes, tout juste une amélioration de gauche, oserai-je dire. Mais leur tendance (oui car Die Linke n’est qu’un parti mais a des tendances) Marx 21 commence a reprendre la main. A reproposer des choses intéressante, notamment à Berlin où ils sont bien implantés. J’espère que nous arriverons à aller de l’avant.
    Merci en tous cas pour cette analyse.

    Wilhelm M. Le 1er avril 2014 à 19:33
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  • (…)La conjoncture n’est pas révolutionnaire, mais elle est à la recherche d’alternatives véritables à un système économique à bout de souffle (…).

    Comment qualifier alors une conjoncture qui conjugue crise de régime, crise de la représentation et rejet massif des élections ?

    Lorsque "En bas, on n’en veut plus" et qu’"en haut on n’en peut plus"…

    Lorsque tout le "politique" est frappé d’une telle déconsidération (doux euphémisme), d’un tel rejet que même les candidats porteurs d’un message clair, en rupture frontale avec la politique de droite du gouvernement sont touchés par le phénomène et en font les frais… Ce qui se traduit par la perte de bastions "ancestraux"…

    Oui, il faut faire de la politique autrement, mais cela n’exonère personne d’avoir une analyse précise et claire du moment politique dans lequel nous sommes. Comprendre ce qui s’accomplit et y trouver sa place, c’est le point de départ de notre activité à venir.

    Pour preuve, l’erreur d’appréciation quant au rejet du PS a couté très cher à toutes les composantes du Front de Gauche. La casse a été limité là où le message à nos électeurs était clair : rejet de la politique d’austérité, rejet du gouvernement Hollande, pas d’alliance programmatique avec le PS, etc…

    Faire l’économie de cette analyse, méconnaître le moment politique dans lequel nous intervenons, refuser de passer au crible nos succès mais aussi nos échecs… cette attitude serait nuisible et nous interdirait de capitaliser les beaux efforts suivis de beaux résultats obtenus ici ou là.

    Faire n’est pas le point de départ de notre activité. Comprendre ce qui est en mouvement et dans quelles dynamiques ces éléments s’interpénètrent et se renforcent ou se contredisent… ce vieux matérialisme historique dont plus personne n’ose dire le nom. Peu importe après tout le vocable. Il nous reste une méthode qui a fait ses preuves. Sachons nous en servir au mieux des intérêts de notre classe, le "faire" suivra.

    Law Le 2 avril 2014 à 10:38
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  • il y a un manque de perspective politique dans notre peuple
    pour nombrenous sommes facea une machine qui s insta:lle comme un rouleau compresseur ’(economie de marche dans un contexte ultra liberal)ce monstre se deploiavec grand appetit remise en cause des avancees democratiques ecomiques) le monstre avance delocalisation pour une exploitation plus importante des travailleurs au profit du capital
    ondeshabille les travailleurs dans les pays industrialises c est le retour de zola encore un peu et on va nous dire que pour etre competitif et lutter contre le chomage il faudra accepter l epoque de germinalet ces conitions
    comment se mettre en condition de stopper ce monstre, ?
    se donner cette perspective palpable possible realisable

    je pense qu il nous faut avoir uned emarche veritablement anti deploiement de ce capitalisme ultra liberal en france et en europe dans le monde allons vers la constructions un courant internationnal il nous faut combatre le capital par tout les bouts en grand et pas par le petit bout de la lorgnette qui a vu des camarades se presenter avec le ps dans certaine ville et ceux ci se trouvant dans une position inconfortable face a une liste front e gauches ou autres cela rent la lisibilite de notre demarche imconprehensible ainsi le ps a ete sanctionne par notre peuple mais nos CAMARAd ES PAR LA MEME occasion dans se contexte peu clair nous avons bien plus a perdre que quequues sieges et la manne que cela representait pour notre parti et nous renons ainsi les perspectives politiques s eloignees pour le peuple il nous faut il me semble combattre ce brouillar d que nous installons par notre demarche
    ainsi nous avons offert aux anti communistes de tout poil un boulevard pour deployer leur poison
    construire sans arriere pensee unu veritable mouvement nationnal internationnal anti capitaliste c est aussi lutter contre les sociales emocrate qui ne songe qu a accompagner le capital renons lisible la situation a notre peuple ayons ans nos luttes une demarches pedagogique

    pierre Le 2 avril 2014 à 23:57
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  • Le débat sur le communisme n’est pas un débat sémantique. Les mots ne doivent pas occulter le fond qui est qu’il faut entièrement repenser la stratégie conduisant à l’émancipation des "travailleurs" (entre parenthèses car l’émancipation doit dépasser largement le seul monde du travail) Notre pays et l’Europe connaissent aujourd’hui un important monde du non travail qui se sent hors société et qui de fait ne se reconnait plus dans les institutions et dans les partis politiques. Il est en train de se créer un monde à lui et rejette l’autre monde.
    Pour ceux qui sont abonnés à Médiapart je signale un parti pris qui me parait ouvrir un juste débat.
    C’est ici : http://blogs.mediapart.fr/blog/vincent-goulet/260314/le-peuple-de-gauche-existe-il-encore
    Quant à savoir si les municipalités dirigées par des communistes ou d’autres progressistes sont des leviers pour les luttes et l’émancipation, je demande que l’on médite sur les résultats des deux villes emblématiques de la politique de l’eau et des transports (gratuité) Viry Châtillon et Aubagne ont été perdues par le PCF et le PG avec des scores sans appels ( 60% et plus pour la droite et l’extrême droite) Quelle signification faut-il donner à ces échecs ?

    Encolère Le 3 avril 2014 à 08:11
  •  
  • Se rénover ou se refonder suppose d’utiliser les bons mots, entre autres.

    Par exemple, peut-on continuer de s’appeler "parti communiste" lorsque 1,4 milliard d’habitants sont sous la férule d’un PC chinois, dans un contexte où ni les syndicats ni les associations sont indépendants et libres d’expression ?

    Que ce même parti soutient à bout de bras une dictature féroce, la Corée du Nord ?

    Je ne parle même pas du Vietnam, Cambodge, et même de Cuba…

    Est-ce cela le socialisme, stade transitoire au communisme ?

    Comment se fait-il que la fête de "L’Humanité" continue de recevoir des stands du PCC, vaste stand, parmi les plus vastes de la fête ?

    Serge Marquis Le 6 avril 2014 à 12:34
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